Affaire des 1 200 prisonniers évadés de Tazoult

Affaire des 1 200 prisonniers évadés de Tazoult

Les révélations

Le Jour d’Algérie, 12 mars 2007

Deux des organisateurs de l’évasion de la prison de Tazoult, en 1994 à Batna, ont été remis aux services de sécurité par leurs homologues tchadiens et nigériens, après leur arrestation l’un au Tchad et l’autre au Niger.

Auditionnés par les services de sécurité algériens, ces deux accusés apportent des révélations sur une affaire qui avait défrayé la chronique de l’époque. Le procès en première instance de ces deux accusés qui ont fait partie du groupe des organisateurs de l’évasion de 1 200 détenus de la prison de Tazoult est programmé pour la session criminelle en cours au tribunal de Sidi-M’hamed,.
Ces deux terroristes sont K.A., alias «Assam Abou Okba», né en 1958, agriculteur résidant à Oum El Bouaghi, et A.N., né le 9 novembre 1963, résidant à Batna. Leur audition par les services de sécurité a fait ressortir que «Abou Okba» avait rejoint en 1993 le groupe dirigé par K.L., alias «El Hadj Lakhdar», qui activait dans la région de «Kraà» à Saïda, et avait pour adjoint B.C., alias «Cheikh Moslim». Son groupe était composé de son frère K.T., alias «Abou Der», K.S., B.H., alias «Zoubir», M.C., alias «Ayoub», Houara, alias «Amirouche» et Ghanem.

Quant à A.T., alias «Salah Abou Yacoub», il a décidé de rejoindre les groupes terroristes en 2003 après que les services de sécurité, qui le soupçonnaient de coller des affiches subversives, se furent présentés chez lui. Il avait alors contacté N.T. (abattu) qui lui a prêté aide et assistance pour rejoindre les groupes armés. Ils s’étaient fixé rendez-vous le lendemain de leur rencontre au lieu-dit pont Barka Fourache où les attendaient deux personnes dans une voiture de marque Peugeot 205 de couleur rouge, à bord de laquelle ils furent conduits au mont Chlaàlaà. Là, il fut reçu par «Tahar», un repenti, «Soheib» (abattu en 2004), «Djahid» (abattu en 1997), «Aràar», alias «Yacoub» (abattu en 1995), A.M. (abattu en 1995), B.D. (abattu en 1996), «Abou Zakaria» (qui active actuellement au sein des groupes terroristes dans les monts Chlaàlaà), et «Djaber» (qui active actuellement au sein des groupes armés dans les monts Oustili).

Il fut par la suite transféré vers un autre maquis dans la région d’El Manara, près de la commune de Oued El Ma (Batna), où un fusil traditionnel lui fut remis. Il y est resté jusqu’au mois de Ramadhan de l’année 1994. A cette date, 79 terroristes activant dans la région comme éléments du groupe de Taghda se sont joints à eux. Ce groupe comptait 12 éléments dirigés par Nabil Sahraoui, alias «Abou Ibrahim», «Abou Der» (abattu en 2000) et I.N. (abattu en 2002), ainsi que d’autres terroristes.

Au cours de son audition par les services de sécurité, «Salah Abou Yacoub» a révélé que durant cette période, M.K. (abattu en 1994) était en contact avec deux gardiens de la prison de Tazoult, le nommé «Assad» (abattu en 1996) et le nommé «Fateh» (abattu en 1998) pour préparer l’évasion de détenus impliqués dans des affaires liées au terrorisme. «Salah Abou Yacoub» a demandé à M.K. de lui fixer rendez-vous avec ces deux gardiens de prison pour mettre au point ces préparatifs. Il s’est déplacé avec M.B., alias «Abou Abdallah» (abattu durant l’opération de Taghda) et «Nadjmeddine» (abattu en 1996) au lieu-dit pont Barka Fouradj, dans le centre de la wilaya de Batna où les attendait M.K. Ce dernier les a transportés au domicile de «Abdelfettah» où devait avoir lieu la réunion de préparation de l’opération d’évasion des prisonniers de Tazoult.
A cette réunion ont assisté Nabil Sahraoui, alias «Abou Ibrahim», M.M. (abattu en 1997), M.K., D.B. (abattu en 1996), F.M., alias «Mouadh» (abattu en 1996), en plus des deux gardiens de prison susmentionnés. Ces derniers ont informé les terroristes que cette prison enfermait 1 200 détenus et que le meilleur moment pour attaquer serait celui de l’appel du muezzin à la rupture du jeûne, car à ce moment-là, les gardiens seraient au restaurant pour rompre le jeûne, et donc désarmés. Il fut ainsi décidé que les deux gardiens de prison présents à cette réunion ouvriraient les portes de cette prison au moment voulu. On leur remit deux pistolets et un kalachnikov à remettre à deux détenus afin qu’ils les aident dans cette opération.
Au 28e jour du mois de Ramadhan de l’année 1994, «Salah Abou Yacoub» et les terroristes cités ci-dessus forcèrent la porte de la prison de Tazoult et organisèrent l’évasion de 1 200 détenus ; un des gardiens de ce pénitencier fut tué au cours de l’accrochage qui s’ensuivit. «Salah Abou Yacoub» a, lui, été blessé par balle au ventre ; «Yacoub» (abattu en 1996) a également été blessé ainsi qu’un autre élément.

Les terroristes, après s’être emparés de 50 pistolets Makarov et Tokarev, trois mitrailleuses lourdes, 50 mitrailleuses de marque Thomson et Matt 49, 25 pièces d’armes de marque Mat 51, Mat 36 (sortes de fusils semi-automatiques) et 15 grenades de gaz lacrymogènes, se sont, par la suite, enfuis avec les détenus, dont 200 ont pris la direction des monts Ain Kercha, 200 la direction de Taghda, 200 la direction de Chlaàlaà tandis que les autres étaient restés dans les monts Oustili. Après cette opération réussie, «Yacoub» s’est rendu dans les monts Oustili. Les terroristes et les détenus évadés se sont scindés en cinq groupes de 50 éléments chacun, avant de se disperser pour éviter les frappes de l’armée.
Après le départ de ces détenus des monts Oustili, «Salah Abou Yacoub» a déclaré aux services de sécurité, lors de son audition, qu’il avait rejoint le groupe terroriste de F.M., alias « Mouadh », qui perpétrait des attentats dans la ville de Batna. Il reconnaît avoir participé à plusieurs de ces attentats, dont l’attaque d’un bureau de poste sis à la cité des Roses, où les assaillants prirent 40 millions de centimes, ainsi qu’à l’assassinat d’un policier au lieu-dit Fzazna, à Batna. «Salah Abou Yacoub» ajoute qu’en août 1995, il a participé, avec «Abou Imad», (M.A.) (repenti) et environ 70 terroristes dirigés par «l’émir» Nabil Sahraoui, alias «Abou Ibrahim», au guet-apens tendu à une patrouille de l’armée au mont oued Chlaâlaâ, qui s’est soldé par l’assassinat de 25 militaires, auxquels on subtilisa 25 kalachnikovs, environ 10 000 balles ainsi que leurs tenues et leur matériel. «Salah Abou Yacoub» s’est, par la suite, joint à katibat «el Feth» qui comprenait 114 éléments, en plus de Nabil Sahraoui, de peur d’être encerclés par l’Armée populaire nationale. Il a participé, à la demande de Nabil Sahraoui au sein de cette katiba, avec 65 autres terroristes, au faux barrage sur la route reliant la commune de Ain Touta à la ville de Batna, et dans lequel 12 citoyens ont été assassinés.
M. AbI

Commentaire: Cette version des faits est totalement invraisemblable

Djamaladine Benchenouf, 12 mars 2007

Cette version des faits est totalement invraisemblable. Ces révélations sont très en dessous de ce qui s’est passé réellement. Il faut rappeller que cette évasion a eu lieu dans la plus grande prison d’Algérie, un pénitencier quasi inexpugnable, qui date de la période coloniale et dont l’administration pénitentiaire en avait gardé l’organisation. Les doubles murs d’enceinte, les verrouillages des accès, le cloisonnement entre les différents blocs, les règles,consignes et mesures conservatoires diverses pour empêcher toute évasion, serait elle individuelle, rend quasi impossible à réaliser une entreprise d’une telle ampleur, sans une implication autrement plus sophistiquée d’acteurs au sein même du commandement militaire. D’autant que des tranchées avaient été creusées quelques instants avant le déclenchement de l’opération, sur les routes menant à Tazoult par plusieurs bull dozer qui avaient été sabotés et abandonnés sur la chaussée et que les lignes de téléphones avaient été coupées en des endroits qui ont permis l’isolation quasi totale de Tazoult. Il faut rappeller que le téléphone portable n’éxistait pas encore en Algérie. Affirmer avoir réussi de manière parfaitement coordonnée, une évasion de 1200 prisonniers de la prison la plus surveillée du pays, avec la seule complicité de deux agents pénitentiaires subalternes relève de la grossière affabulation. Les vrais secrets de cette extraordinaire aventure, qui devrait figurer dans le livre des records, ne sont pas encore connus. Certains observateurs ont avancé que les trop nombreux détenus islamistes étaient devenus gênants et qu’il aurait été décidé de les lâcher dans la nature pour pouvoir les exterminer. Les périmer comme on dit dans le jargon éradicateur. L’opération aurait également servi à infiltrer les maquis islamistes par des détenus qui avaient été préparés pour cette mission. Ces thèses restent encore à vérifier. Mais les suites de l’affaire laissent penser qu’elles sont très plausibles. Il faut savoir que quelques heures seulement après l’évasion, après que des voitures rapides aient évacué plusieurs « émirs » accompagnés de certains détenus, vers de lointaines destinations du pays, y compris vers l’Ouest, le Général major Mohamed Lamari, débarqua à Batna. Après avoir vulgairement injurié et même boxé le Wali, selon des témoins, Lamari entreprit lui-même de donner la chasse aux fuyards. Des milliers de soldats entreprirent un ratissage très serré et de nombreux hélicoptères décollèrent de leurs bases de toute la région pour canarder les évadés qui tournaient en rond dans les montagnes environnantes. Lamari aurait donné l’ordre de ne pas faire de prisonniers. Une bande d’évadés qui avait été encerclée par la troupe s’était rendue. Le détachement qui la gardait en respect attendait les ordres. Arrivé sur les lieux, le Général Lamari aurait ordonné de ne pas faire de quartier et ces malheureux furent abattus puis enterrés sur le lieu même de leur exécution. Ce charnier et d’autres encore, pourraient servir plus tard à démontrer la vraie nature des « sauveurs de la République ». Il semble en tout cas qu’un grand nombre des évadés ait été exécuté. Des hommes dont pas un seul n’était armé !
Cette évasion spectaculaire garde encore tous ses secrets. A-elle été menée par les seuls islamistes pour faire évader les leurs et ridiculiser les Généraux ? Si c’est le cas, cette affaire mériterait que des journalistes d’investigation se consacrent à nous en révéler tous les détails. Ce serait, à n’en pas douter, et de façon objective, un coup de maître digne d’être porté à l’écran. Si au contraire l’opération est un coup tordu, comme seuls savent les concevoir les sinistres comploteurs qui ont plongé l’Algérie dans le chaos, cela finira par se savoir tôt ou tard. Car les Généraux ne pourront pas liquider tous les témoins gênants qui ont exécuté leurs ordres. Et il y en a beaucoup qui attendent juste leur heure, pour libérer leurs consciences. D.B