Qui et pourquoi ?

Qui et pourquoi ?

par M. Saâdoune, Le Quotidien d’Oran,  8 septembre 2007

Le mot a été lâché par le président de la République et conforté par son ministre de l’Intérieur: « Les terroristes servent des intérêts étrangers, des capitales étrangères et des dirigeants étrangers ». S’il ne s’agit pas d’une réaction émotive, de qui parle-t-on ?

Difficile de considérer Oussama Ben Laden ou Ayman Edhawahiry comme étant des dirigeants étrangers ou les représentants de « capitales étrangères », c’est-à-dire, dans le langage diplomatique et journaliste usuel, des Etats. Personne ne prend de gants avec ceux-là pour les désigner comme des terroristes. Alors à qui pensait Abdelaziz Bouteflika en désignant des « capitales étrangères » et des « dirigeants étrangers » ?

L’Iran ? Outre que le régime des mollahs n’a pas d’atomes crochus avec les radicaux salafistes, on peut constater que, contrairement à la décennie 90 où l’on ne manquait pas de le désigner comme un soutien au terrorisme, les rapports entre Alger et Téhéran sont plutôt bons et que sur de nombreuses questions ils sont dans la convergence d’intérêts. Mieux, lors de sa dernière visite, Ahmadinejad a reçu un appui remarqué de la part du Président sur le délicat dossier nucléaire qui oppose l’Iran aux Occidentaux, Etats-Unis en tête. Téhéran, en dépit de la manière dont elle est présentée dans les médias occidentaux, a une attitude très rationnelle. Elle n’a pas de raison objective de créer des problèmes à l’Algérie et à son gouvernement.

Le Maroc ? On peut supposer qu’il est désormais suffisamment brûlé par le fléau pour qu’il ne se risque pas à jouer avec ce feu. Qui alors ?

Les Américains ? Voilà une thèse déjà suggérée par Louisa Hanoune, à la suite de l’épisode de « l’alerte imminente » aux attentats lancée par l’ambassade des Etats-Unis en avril dernier et qui avait provoqué des scènes de panique dans la capitale. C’était dans un meeting public. La présidente du PT avait affirmé que les attentats contre le Palais du gouvernement et le commissariat de Bab-Ezzouar n’étaient pas du « terrorisme aveugle » mais une attaque ciblant « l’Etat algérien ». Ses arguments ? La « renationalisation » des hydrocarbures découlant de l’abrogation de la loi sur les hydrocarbures libéralisée qui déplairait à Washington, son refus d’accepter la présence de bases étrangères. C’est le privilège de celui qui n’exerce pas de fonctions officielles que de pouvoir exprimer ses convictions et analyses sans grandes contraintes que celles de la vraisemblance. Yazid Zerhouni avait à l’époque évité d’aller sur le terrain de Louisa Hanoune en recourant à une formule imagée pour exprimer sa colère: « Ils nous prennent pour des canards sauvages ! ».

Mais ce n’est pas un secret de dire qu’il ne manque pas de gens à partager les suspicions exacerbés de Hanoune, même s’il est clair qu’on est dans le domaine de la présomption et non celui de l’information. Même la « qaïdisation » du GSPC a été perçue comme une forme d’américanisation du jeu, qui serait celle d’un activisme radical sans attaches nationales qui justifierait la réponse « antiterroriste globale » des Américains. Et qui couvrirait aussi, « en dernière instance », diraient les marxistes, des appétits économiques comme l’énergie et les matières premières. Bien sûr, il y a beaucoup d’éléments qui ne cadrent pas avec cette lecture qui est une prise de position politique et non de l’information.

Alors, quelles sont donc ces capitales étrangères ? Il faudra se contenter de l’équivoque de la situation, car ni Bouteflika ni Zerhouni ne semblent en mesure d’aller plus loin dans la désignation « des intérêts étrangers, des capitales étrangères et des dirigeants étrangers » qui profitent des actes terroristes. Si c’est un langage codé, il a peut-être été compris par les destinataires.

« Il n’y a personne en Algérie qui pourrait tirer profit de ce genre d’attentats », a dit Zerhouni, comme s’il incitait à regarder ailleurs. Mais on n’est pas très avancé d’entendre dire que l’Algérie est « revenue en force sur la scène internationale, notamment dans le domaine économique » et que « cela a peut-être gêné certains intérêts étrangers ».