Qui veut manipuler l’incident de Kaïs ?

Le ministère de la Défense nationale précise que les 19 gendarmes sont toujours en détention

Qui veut manipuler l’incident de Kaïs ?

Yacine S., Liberté, 17 mars 2007

Le ministère de la Défense nationale a apporté, jeudi, un démenti catégorique aux informations publiées par un quotidien national selon lesquelles la justice civile incarcère les gendarmes de Kaïs (Khenchela) et la justice militaire les libère. “Le MDN apporte un démenti catégorique à cette information infondée et précise que les 19 gendarmes concernés n’ont pas été libérés et se trouvent actuellement au niveau de l’établissement militaire de prévention et de rééducation de Constantine”, a indiqué le communiqué du MDN retransmis sur les ondes de la Chaîne III.
La justice suit donc son cours loin de toutes interventions dans le traitement d’un dossier qui concerne l’ordre public. Pour rappel, un jeune conducteur a été mortellement touché par le tir d’un gendarme dans un barrage dressé à la sortie de Kaïs. Parce qu’il avait peur d’être contrôlé, il a fait demi-tour. Suite à quoi, en refusant de s’arrêter les gendarmes ont tiré sur le véhicule. Le lendemain, quelque 300 personnes, dont des contrebandiers et des repris de justice, ont assiégé la brigade de la gendarmerie de Kaïs pour demander des explications sur ce qui s’est passé. Face à cette situation, le maire de Kaïs, qui est également un proche parent de la victime, est même intervenu pour calmer les esprits sans y parvenir cependant. Les émeutiers saccagèrent la brigade. Ce à quoi les gendarmes ont répliqué. De leur côté, les arouchs de la région, soucieux de préserver la sérénité de la région appellent au calme et dénoncent le saccage des édifices publics enregistrés lors des émeutes. L’état-major de la Gendarmerie nationale dépêche sur les lieux une commission d’enquête afin de déterminer les responsabilités dans cet incident. Suite à quoi 19 gendarmes ont été auditionnés par les autorités compétentes.
L’opinion publique locale et nationale connaîtra très probablement dans les tout prochains jours la suite de cette affaire qui, en fait, n’en est pas une.
Pourquoi est-ce que certaines parties s’acharnent avec véhémence contre la Gendarmerie nationale et sont à l’affût du moindre mouvement pour singulariser cette institution en cherchant à la discréditer, amoindrir son action et la mettre sous la rampe des projecteurs médiatiques ? Une affaire somme toute banale, y compris dans les démocraties les plus avancées, est projetée au devant de la scène et les sources d’information fusent de toutes parts. Ce qu’il y a d’encombrant dans cette histoire, c’est que même des commis de l’État alimentent la rumeur publique en colportant tel un chronographe la durée du phénomène et en insistant sur la gravité de l’acte. Les arouchs de la région, touchés pourtant dans leur chair, ont vite fait de situer les faits dans leur véritable contexte et appelé à plus de circonspection, au moment où la vigilance est de tous les instants. Comment demander à des gendarmes en plein barrage routier de faire preuve de légèreté en faisant mine de n’avoir rien vu ? N’est-ce pas un délit d’omission ? Et si c’étaient des terroristes ?
Après le GSPC qui cible les gendarmes, voilà une nouvelle forme de prédateurs à la recherche de sensations et de scoops, indisposés, semble-t-il, par l’efficacité de leurs investigations en matière de lutte contre la criminalité financière, la corruption et le crime organisé. La Gendarmerie nationale n’a pas perdu pour autant de vue son ancrage dans l’Algérie profonde et la population du monde rural en connaît un bout.
Il faut retenir également que dans son ensemble, la presse nationale, dans un sursaut de clairvoyance dicté par l’intérêt national, a couvert objectivement ce malheureux événement. Pour le moment, laissons au moins la justice instruire l’affaire en toute sérénité, loin de toute surenchère mal intentionnée.

Yacine S.