Un attentat au cœur du pouvoir exécutif

Un attentat au cœur du pouvoir exécutif

El Watan, 12 avril 2007

Alger renoue avec les attentats à la voiture piégée. Au-delà de l’effroi provoqué par une telle reprise avec l’horreur, on ne peut se retenir de nous demander comment cela a pu arriver ?

A peine sortie du cycle infernal de l’effusion du sang, voilà que la capitale est touchée dans son cœur. L’édifice abritant un des symboles du pouvoir exécutif, la chefferie du gouvernement en l’occurrence, a été pris au piège d’un kamikaze qui a déjoué la vigilance des services de sécurité pour conduire aisément son explosif véhicule vers la mort. Comment cette capitale qu’on disait à « l’abri de toute atteinte » s’est-elle trouvée projetée par un souffle de terreur, une dizaine d’années en arrière ? Comment un édifice, qui au plus fort des années noires n’a pas été touché, s’est trouvé aujourd’hui conduit à l’autel des cibles terroristes ? Selon une source sécuritaire citée par l’AFP, « un attentat semblable ne peut pas avoir été le fait d’une voiture piégée abandonnée sur place dans un lieu aussi bien gardé, au nez et à la barbe de la sécurité du Palais ». La même source indique que le kamikaze a même pris le temps de bien étudier sa cible avant de se faire exploser : « Il a d’abord fait une simulation en contournant le rond-point conduisant à l’entrée du Palais, avant de revenir dix minutes plus tard et de lancer sa voiture à toute vitesse contre le poste de garde. » Le dispositif sécuritaire en poste n’a-t-il donc pas vu dans ces dix minutes écoulées avant l’attentat le kamikaze venir ? Une source sécuritaire contactée par nos soins estime que les attentats de ce 11 avril sont un signe que les groupes terroristes cherchent à produire un impact fort d’où le choix de la cible du Palais du gouvernement. « Il s’agit d’une nouvelle méthode adoptée par Al Qaïda du Maghreb, à laquelle on doit faire face, d’ailleurs la fusion entre différents groupes est un signe de faiblesse de leur part, ils recherchent donc à se redéployer et se médiatiser », explique notre source qui a requis l’anonymat. Il est utile de noter que les attentats d’Alger et ceux de Casablanca démontrent que les membres de la branche maghrébine d’Al Qaïda constituent une menace certaine pour la sécurité dans la région. Notre interlocuteur déplore que l’habitude de l’accalmie ait fait oublier certains réflexes de vigilance : « La guérilla urbaine est la forme la plus difficile du terrorisme, à plus forte raison lorsqu’il existe des candidats désespérés de la vie qui sont prêts à se faire exploser. Les citoyens sont appelés à rester alertes. » Le relâchement et le manque de vigilance sont souvent fatals. Après un tel drame, l’on se demande comment des charges explosives d’une telle intensité ont-elles pu franchir toutes les barrières de sécurité de la capitale pour venir exploser devant des cibles bien gardées. Ceci dénote vraisemblablement que le réseau dormant de soutien au terrorisme n’a pas été éradiqué et qu’il a toujours la capacité d’alimenter les groupes terroristes de la logistique nécessaire. « Il est pratiquement impossible d’éradiquer le réseau dormant. C’est là où le rôle des citoyens peut être d’une grande aide pour les services de sécurité en signalant tout mouvement suspect. » Notre interlocuteur souligne en outre que la multiplication et la simultanéité des attentats sont aussi un facteur indiquant que les groupes terroristes veulent créer un mouvement de panique chez les services de sécurité. « Après la série d’attentats sur la région de Kabylie, arrivés quasiment simultanément, ainsi que les attentats de ce mercredi à Alger, il semble qu’il y ait une volonté de brouiller les cartes et de perturber les services de sécurité », dira l’expert de la question sécuritaire qui place ce double attentat dans la conjoncture électorale qui est de mise en Algérie.

Nadjia Bouaricha