L’ambassade US à Damas attaquée

L’ambassade US à Damas attaquée

Le Quotidien d’Oran, 13 septembre 2006

Les forces de sécurité syriennes ont déjoué, hier, un attentat contre l’ambassade des Etats-Unis à Damas.

Des hommes armés de grenades et de pistolets-mitrailleurs ont tenté de prendre d’assaut le siège de l’ambassade, située dans le quartier d’Abou Remmana abritant aussi bien des représentations diplomatiques que des sièges des services de sécurité, mais ont été vigoureusement contrés par les forces antiterroristes syriennes. L’accrochage a fait trois morts parmi les assaillants, des islamistes présumés, et un membre des services de sécurité. Survenant au lendemain de la commémoration du cinquième anniversaire des attentats du 11 septembre 2001, cette attaque avortée n’a causé aucun dommage parmi le personnel de l’ambassade. La fusillade a fait également quatorze blessés, un membre du commando, deux agents de sécurité syriens et onze passants parmi lesquels un Chinois.

Des témoins cités par des agences de presse indiquent avoir vu des hommes en civil, armés de grenades et d’armes automatiques courir en tirant vers le bâtiment et en lançant des slogans religieux. Mais d’autres informations indiquent que les assaillants disposaient de lance-roquettes.

La télévision syrienne a montré une camionnette remplie de bonbonnes de gaz munies de détonateurs, des taches de sang sur le trottoir et une voiture blanche criblée de balles. Le projet d’attentat semble beaucoup moins élaboré, comparativement aux opérations plus sophistiquées des djihadistes saoudiens. C’est ce qui a d’ailleurs poussé l’ambassadeur de Grande-Bretagne en Syrie à relever que l’attaque ne s’apparentait pas « à une opération majeure du style Al-Qaïda mais plutôt à une opération menée par un petit groupe ».

Il est clair cependant que la réaction rapide des services de sécurité syrien a évité le pire aussi bien en pertes humaines qu’en conséquences politiques pour le régime de Damas. Les autorités syriennes qui sont soumises à des pressions constantes des responsables américains sous l’accusation de « soutenir le terrorisme » auraient été dans une bien mauvaise posture en cas de réussite de l’attentat. C’est donc avec un réel soulagement que le ministre syrien de l’Intérieur, Bassam Abdel Majid, a annoncé, devant l’ambassade des Etats-Unis, l’échec de l’attaque qui « n’a pas réalisé les objectifs souhaités par les criminels ». Les Syriens sont d’autant plus soulagés qu’à la suite d’une fusillade opposant en 2004 les forces de sécurité syriennes à des djihadistes, les Américains ont suggéré qu’il s’agissait d’une « mise en scène ».

Washington prend acte

Si l’attentat d’hier n’avait pas été déjoué, le gouvernement syrien aurait été sans aucun doute accusé de l’avoir fomenté et orchestré. Les rapports entre Damas et Washington déjà détestables se sont encore détériorés à la suite de la guerre israélienne contre le Liban et du soutien proclamé de Damas à la résistance islamique libanaise.

Hier, la Syrie l’a échappé belle. Les responsables américains ont été forcés de prendre acte de la célérité et de l’efficacité de la réaction des services de sécurité syriens. La secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice a dit sa « gratitude » à la Syrie pour la réaction de ses forces de sécurité à l’attaque. « Nous apprécions la réaction des forces de sécurité syriennes pour contribuer à assurer la sécurité de notre ambassade », a-t-elle déclaré en soulignant qu’il « était trop tôt pour dire qui peut avoir été responsable de l’attaque ». Même ton de reconnaissance à la Maison Blanche mais où l’on s’empresse, par « pureté idéologique » sans doute, de conclure que Damas doit s’engager davantage en matière de lutte contre le terrorisme. Le porte-parole de la Maison Blanche, Tony Snow, a relevé que l’attentat confirmait « l’importance que la Syrie se montre une alliée importante dans la guerre contre le terrorisme (…) Nous espérons qu’ils deviendront un tel allié et feront le choix de combattre les terroristes ».

La notion de « terrorisme » chez les Américains étant extensible aux mouvements de résistance nationale, il est peu probable que Damas, malgré les pressions, accepte de considérer le Hamas ou le Hezbollah de la même manière que les Américains. Mais la remarque de Tony Snow est significative: la Syrie aurait été bien accusée du pire si ses services de sécurité n’avaient pas réagi aussi vite à cette tentative d’attentat.

Par M.Saâdoune