Des navires de l’OTAN la semaine prochaine à Alger

 

MANOEUVRES OTAN-ANP AU LARGE D’ALGER

Les pipelines sous haute protection

L’Expression, 01 décembre 2004

L’ANP doit bénéficier d’un programme d’entraînement spécial et de renouvellement de ses équipements.

Les décisions prises à l’occasion de la visite à Alger du secrétaire général de l’Otan, Jaap de Hoop Scheffer, n’ont guère tardé à être mises en application. C’est ainsi que nous apprenons que cinq navires de guerre de l’Otan doivent accoster au port d’Alger, dès ce samedi, pour une escale de quatre jours. L’objectif très discrètement affiché est de permettre à l’ANP de mieux se préparer à parer à toute attaque terroriste pouvant viser les infrastructures pétrolières situées sur la rive nord de la Méditerranée.
Les bâtiments de guerre, spécialisés notamment dans la détection et la destruction des mines, font partie de la Mine Countermeasures Force Southern Europe (Mcm Force South), équivalent de la Mcm Force North. Cette force de maintien de la paix dans le Sud semble vouloir faire de notre pays le principal fer de lance lors de ses actions et éventuelles interventions futures. Force dotée d’un pouvoir d’intervention et de déploiement ultrarapide, elle jouit de ce que la technologie a produit de meilleur.
Notre armée, depuis la participation du chef d’état-major, Gaïd Salah, à la rencontre qui a eu lieu récemment en Turquie, est « courtisée » par l’Otan. Sur invitation de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord, le chef d’état-major de l’Armée nationale populaire, le général major Ahmed Gaïd Salah, avait pris part, le 17 novembre dernier, au siège de l’Alliance à Bruxelles, aux travaux de la première réunion du comité militaire de l’Otan en session de chefs d’état-major de la Défense avec les pays participant au dialogue méditerranéen. Cette réunion au niveau des chefs d’état-major a été la première du genre. Elle s’inscrit dans le cadre des perspectives de renforcement des relations de coopération entre les pays de l’Alliance et ceux du dialogue méditerranéen.
Il est vrai que notre capital expérience en matière de lutte antiterroriste ne laisse insensible aucun pays occidental devant le péril permanent que fait peser Al Qaîda sur le monde entier. Ce n’est pas tout. Le poids militaire et stratégique que représente notre pays dans la rive sud de la Méditerranée, mais aussi vis-à-vis de tout le monde arabe, en fait le principal allié de l’Alliance dans la rive sud de la Méditerranée.
C’est ce qui explique, du reste, que le secrétaire général de cette puissante organisation ait choisi Alger, jeudi dernier, pour effectuer sa toute première sortie vers un pays qui n’est pas membre de l’Otan et qui se trouve sur la rive sud du Bassin méditerranéen.
Officiellement, la mission de cette flotte, comme l’indique un communiqué rendu public par l’ambassade allemande, sera surtout d’ordre « culturel et social », avec même à la clé, une visite guidée dans les vieilles rues d’Alger pour les membres de l’équipage. Il n’en demeure pas moins que l’Otan, qui reste quand même discrète sur ce rapprochement stratégique avec notre pays, considère que « ce programme constitue un des engagements les plus prééminents au quartier général de Naples », comme l’admet le même communiqué. Le commandant de cette flotte est le capitaine Paolo Polidoro de la marine italienne.

Une tradition bien « ancrée »
La Mcm Force South se compose de navires représentant différentes nationalités. Elle a pris part à plusieurs manoeuvres navales et opérations de par le monde. Elle considère le port d’Alger comme étant l’un des plus stratégiques et des plus importants pour le moment. Le journal londonien Asharq al-Awsat, paraissant à Londres, rapporte à ce propos que « des manoeuvres communes sont prévues en vue d’assurer la protection des pétroliers assurant la navette entre les principaux ports pétroliers d’Alger et le Vieux Continent ». L’accord en aurait été conclu à la suite de la visite qu’a effectué, le week-end dernier, à Alger, M. Jaap de Hoop Sheffer et les rencontres qu’il a eues avec les plus hautes autorités du pays. Les troupes marines algériennes, qui devraient bénéficier d’un programme d’entraînement spécial, mais aussi d’armements plus appropriés, seraient également chargées, comme le rapporte le journal, de protéger les principaux pipelines reliant l’Algérie à l’Europe ainsi que les sites pétroliers situés sur notre bande côtière. Il s’agit, principalement, des gazoducs passant par le détroit de Gibraltar, l’Italie et l’Espagne. Ce dernier, le plus important de tous, est toujours en chantier. Le journal rapporte que « des informations recoupées » (sans doute récoltées par les services secrets de l’Otan, mais aussi de notre pays), font état de menaces d’attaques d’Al Qaîda contre ce genre d’infrastructures. La rumeur, du reste, avait circulé il y a de cela quelques semaines.
Les infrastructures du Sud étant quasi intouchables, il semble que les activistes d’Al Qaïda aient décidé de « se rabattre » sur les pipes et les infrastructures énergétiques situées dans le nord du pays. Après l’attentat commis contre la centrale électrique du Hamma, en plein centre d’Alger, officiellement revendiqué par le Gspc, de nombreux incidents, devenus « routiniers », se produisent au niveau du complexe de Skikda, ce qui ne laisse pas de soulever moult interrogations.
Il convient de rappeler qu’il s’agit là de la troisième, et sans doute la plus importante, mission de l’Otan en Algérie. Les deux premières avaient consisté, notamment, à préparer les arraisonnements des vedettes rapides et autres cargos organisant le trafic de drogue en provenance du Maroc, ainsi que les « boat people » venant eux aussi principalement de ce royaume.

La France aux premières loges

L’ANP, qui se trouve en pleine mutation, aspire à une véritable professionnalisation afin d’assumer les missions constitutionnelles dont elle est investie. C’est dans ce cadre que des achats d’armements modernes ont été effectués ces derniers temps, notamment en faveur de la marine et de l’aviation.
En effet, si l’on en croit l’AFP, qui cite un expert russe du centre d’analyses sur les stratégies et les technologies, proche de l’industrie militaire russe, l’Algérie et la Russie auraient un contrat pour la vente de 50 chasseurs Mig 29. D’après ce même expert, il s’agit d’un record absolu de ventes dans ce secteur, y compris à l’époque de l’Union soviétique. Dans le même cadre, des contrats pour l’achat d’avions de chasse de l’Otan et de bâtiments de guerre récents seraient également sur le point d’être acquis. Il est vrai que ce genre de contrats se passent dans la discrétion la plus absolue. Il en va de même pour les manoeuvres communes effectuées avec l’Otan dans le cadre de la poursuite d’objectifs stratégiques importants dont la poursuite de la lutte antiterroriste.
Il convient de signaler que l’escale de la flotte de l’Otan a été précédée par celle d’un navire français, la Motte-Picquet. Cette frégate, au cours d’une escale de trois jours, a effectué des « manoeuvres tactiques » avec deux navires algériens, le Raïs Corso et le Raïs Hamidou.
Ces manoeuvres qui ont été menées « conformément aux normes internationales » de l’Otan, ont permis, selon les responsables de la marine nationale, de « comprendre certains concepts » à travers un échange d’informations visant à « renforcer et maîtriser » les techniques dans ce domaine.
Au cours de cette escale, les officiers de La Motte-Picquet ont eu une série de rencontres avec les responsables de la marine algérienne qui ont permis aux deux parties de passer en revue les échanges et la coopération dans le domaine maritime entre l’Algérie et la France.
A cet égard, le commandant de bord du bâtiment français, Xavier Gabiel, avait affirmé que cette escale s’inscrit dans le cadre d’une reprise « très forte » de la coopération algéro-française dans le domaine maritime.
L’Algérie, qui entre de plain-pied dans la grande stratégie militaire de l’Alliance atlantique, est appelée à y jouer un rôle déterminant, compte-tenu de son irremplaçable expérience en matière de lutte contre le terrorisme planétaire.

Mohamed ABDOUN

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LA COOPERATION S’INTENSIFIE

Des navires de l’OTAN la semaine prochaine à Alger

 Le Quotidien d’Oran, 1 décembre 2004

Peu de jours après la visite historique à Alger du secrétaire général de l’Otan, le Néerlandais Jaap de Hoop, voilà qu’on annonce l’accostage durant trois jours au port de la capitale de cinq navires de guerre de l’Organisation transatlantique.

Ces bâtiments seront commandés par un officier de la marine italienne et feront escale en Algérie du 4 au 7 décembre 2004. Ils appartiennent à quatre pays alliés: l’Italie (avec deux navires), la Grèce, l’Espagne et la Turquie, tandis que leur mission consistera, pour leurs équipages, à faire connaissance avec Alger et «lier des contacts amicaux» avec leurs homologues algériens, a indiqué hier un communiqué publié par l’ambassade d’Allemagne, «pays de contact» entre l’Algérie et l’Alliance. La formule est délicieuse. Mais il s’agit bien de coopération militaire pour laquelle l’Algérie s’est fermement engagée en rejoignant le «dialogue méditerranéen» en 2000. Son programme, englobant les aspects militaire, politique, économique, social et environnemental, n’en est actuellement qu’à ses débuts. Mais il indique déjà à quel point l’ANP, et la marine algérienne en particulier, s’est rapprochée de l’horizon de l’Otan. Les cinq navires attendus la semaine prochaine à Alger ne constituent peut-être pas une «première» dans les annales, mais ce sont des bâtiments qui appartiennent à la Mine Counter Measures Force Southern Europe (MCMFORSOUTH). Cette force de réaction rapide a été créée par l’Otan en 1997 et avait pour nom d’origine la Mine Counter Measures Force South Mittelmeer (MCMFORMED). Son quartier général à Naples est sous commandement américain et l’une de ses principales missions est de prévenir les menaces en Méditerranée.

L’escale de ces navires, qualifiée comme «un des engagements les plus prééminents au quartier général à Naples», constitue véritablement un fait nouveau. Il représente un bon qualitatif, dont le moins qu’on puisse dire est qu’il augure une intensification de la coopération entre l’Algérie et les pays de l’Alliance. Toute la question est de savoir jusqu’où ira Alger dans ce rapprochement. Et quelles en seront les conséquences.

Dans son discours à Club des Pins, Jaap de Hoop a bien affirmé que «rien n’est imposé, que tout peut être discuté». Il a déclaré que l’Algérie bénéficie de toutes les marges de manoeuvre possibles pour «bâtir de nouvelles relations» avec l’Otan. Il a également précisé que l’Algérie est «un partenaire fort, qui fait savoir clairement ses priorités et ses besoins» et qui expose tout aussi clairement les atouts qu’elle souhaite partager avec l’Otan.

Certes. Mais l’entreprise reste très délicate. D’autant que l’Algérie évolue dans un contexte stratégique extrêmement contraignant au regard de ses forces et de ses fameux atouts. Elle doit faire face à une autre réalité: celle d’une Europe qui, bien que présente dans l’organisation, entend s’émanciper et revendiquer auprès des Américains une place prépondérante dans le commandement des forces de l’Alliance. Une Europe pour laquelle la notion de complémentarité avec l’Otan ne va pas de soi. «Evitons les duplications inutiles et travaillons ensemble dans un souci de complémentarité et de coordination. Il me semble notamment que l’Otan et l’Union européenne gagneraient à se parler davantage à ce propos», a confessé Jaap de Hoop dans son discours d’Alger.

Kader Hannachi