Les 20% algériens de l’OTAN

Les 20% algériens de l’OTAN

par Ghania Oukazi, Le Quotidien d’Oran, 10 mars 2007

«L’Algérie coopère avec l’Alliance atlantique Nord à hauteur de 20%. » Ce qui laisse le général d’armée, Raymond Hénault, président du Comité militaire de l’OTAN, affirmer: « vous êtes très impliqués.»

Sur les sept pays de la rive-sud de la Méditerranée dont Israël, qui ont accepté depuis 1994, de «dialoguer» avec l’Organisation Atlantique Nord (OTAN), l’Algérie, qui les a rejoints un peu plus tard en raison de la détérioration de sa situation sécuritaire à l’époque, semble «émerger» du lot. A en croire les hauts responsables de l’Alliance, «la coopération entre l’OTAN et ces pays s’améliore de plus en plus, particulièrement avec l’Algérie.» En visite officielle à Alger mercredi et jeudi derniers, c’est le plus haut gradé de l’Organisation de Jaap De Hoop Scheffer, le général d’armée, Raymond Henault, qui l’a déclaré. Il dira même plus. «L’Algérie est le pays le plus actif dans le dialogue méditerranéen et par sa participation dans nos programmes qui sont assez vastes», a-t-il affirmé. D’aucuns ne pourraient anticiper avec précision sur quoi déboucherait, sur le long terme, ce caractère «actif» de l’Algérie, mais l’on pourrait d’ores et déjà partir de deux importantes hypothèses qui pourraient en planter le décor, à savoir que l’OTAN ne s’est pas gênée pour exercer la pression sur les autorités algériennes aux fins de les convaincre du bien-fondé de ses offres de services et ces dernières n’ont pas marqué de «retenue» en s’empressant de les accepter au risque de diluer d’éventuelles possibilités de les négocier convenablement.

Pour l’instant, on en est à qualifier et à quantifier les contacts entre les responsables de haut rang d’un côté comme d’un autre et le degré de participation du pays dans les programmes que lui propose l’Alliance. «L’Algérie participe dans nos programmes à hauteur de 20%, vous êtes très impliqués», a lâché le général lors du point de presse qu’il a animé jeudi à la résidence de l’ambassadeur d’Espagne à Alger. L’Espagne étant le pays de contact (contact country) entre l’OTAN et l’Algérie. Au même titre que ses pairs, responsables de l’Alliance, le général d’armée prendra la précaution de préciser au besoin que «l’OTAN n’impose rien à ces pays, chacun décide de qu’il veut faire et du programme qu’il veut mettre en oeuvre pour saisir les opportunités de l’interopérabilité qu’elle lui offre.»

L’interopérabilité est le vocable qu’utilise l’OTAN pour faire admettre aux pays du dialogue que la coopération qu’elle leur propose les place non pas comme ses «subordonnés» mais comme ses «partenaires.» Ray Henault la définit ainsi comme étant cette «gradualité dans la participation (qui) va être décidée par l’Algérie.» Il affirme sans ambages que «nous sommes fiers que ces pays collaborent aussi bien au plan politique qu’au plan militaire» et «dans le respect mutuel.» La précision étant faite, le général revient à l’essentiel, ce qui intéresse l’OTAN, du moins pour ce qui est de ses premières visées sur la Méditerranée. «Nous travaillons pour améliorer l’échange de l’information et du renseignement.» En ajoutant pour les besoins diplomatiques, que cet échange se fait «dans le cadre du respect de votre sécurité et de votre souveraineté.»

L’Algérie a depuis quelque temps un programme militaire qui repose entre autres sur la formation. Ray Henault le confirme en soulignant que «nous avons toute une gamme de programmes que ce soit d’éducation ou de participation dans nos cours de formation au collège de Rome», une des institutions militaires de l’OTAN. «Votre participation est déjà très accrue», dit-il. Encore une fois, il fait valoir les bienfaits de «l’interopérabilité, c’est-à-dire de vous munir des connaissances de commandement et de contrôle, des critères et des consignes sur la base desquelles nous échangeons nos informations.» Il fait part aussi des «cours» que donne l’OTAN à l’Algérie en matière de «procédures et de capacités technologiques, de cueillette du renseignement» enfin «toute la gamme opérationnelle.» C’est évidemment au plan militaire que s’exerce cette coopération dans laquelle le général répète que «l’Algérie est très impliquée.» En bonne élève, elle observe ainsi «nos opérations et nos exercices, ses représentants sont présents dans toutes nos réunions, sauf une fois où il y avait des contraintes», dira-t-il en s’abstenant de préciser de quelles contraintes il s’agissait. «Votre chef de défense a été le plus présent à Bruxelles que tous les autres et certainement vous êtes bien représentés dans le cadre du dialogue, aussi bien au niveau militaire que politique», a-t-il indiqué. Persuadé d’avoir convaincu de la bonne foi des deux parties, l’OTAN et l’Algérie, le général lancera «vous faites ce que vous pouvez et vous faites beaucoup, vous démontrez quand même un leadership aussi important que tous les autres pays de la Méditerranée.» L’OTAN, dit-il «a beaucoup d’avantages à continuer cette collaboration.» Ce qui aidera, selon lui, «à avoir des connaissances opérationnelles sur la Méditerranée.»

Il mettra à cet effet, en exergue «l’expérience de l’Algérie en matière de lutte antiterroriste qui est très intéressante pour nous, vous avez des connaissances et des capacités opérationnelles qui peuvent aider les autres pays de l’OTAN…» Voilà des propos qui pourraient être interprétés selon les convictions qu’on a sur le bien-fondé ou pas d’un tel échange. Tout dépendra, bien sûr, de quel côté on se place.

Le général d’armée rappellera au besoin que «l’Algérie s’intéresse à notre opération Active Eandevour qui repose sur un échange d’informations et de renseignements pour la stabilité de la Méditerranée.» Il indiquera que l’Algérie discute avec l’Alliance des modalités de sa participation dans cette opération de lutte contre le terrorisme en mer, «comme le font l’Egypte et nos autres partenaires, ils décident eux-mêmes du degré et jusqu’à quel point ils peuvent participer surtout dans l’échange de renseignements et d’informations qui pourraient nous aider dans d’autres missions et qui aussi augmenteraient votre sécurité et votre stabilité surtout sur la côte méditerranéenne. Il déclare en outre, que «nous voulons la développer autant que possible (…) et vos responsables veulent faire tout autant.»

Interrogé sur le «risque» de voir les projets de l’OTAN contrecarrés par ceux initiés par les Etats-Unis dans et pour la région, le général commencera par souligner qu’il y a des relations bilatérales dans la lutte antiterroriste «comme entre l’Algérie et les Etats-Unis» et «l’OTAN est une combinaison de toutes les données, celles des Etats-Unis et d’autres pays qui nous fournissent des informations sur le terrorisme et sur d’autres défis et menaces que nous avons.» Et «c’est sur la base des décisions des 26 pays membres que nous menons nos opérations et avec des partenaires particuliers.» Il estime à cet effet que «les programmes de lutte antiterroriste des Etats-Unis ne sont pas contradictoires mais plutôt complémentaires.» Et ce qui se fait avec l’Algérie se fait dans «une très bonne concordance entre les objectifs qu’elle s’est fixés et ceux que nous nous sommes fixés», dit-il. Le général fait savoir que sa venue à Alger – première du genre – est «pour connaître vos objectifs à long terme.» A son retour à Bruxelles, il en discutera, dit-il, «dans le comité militaire et surtout dans le groupe de coopération pour réfléchir sur comment améliorer davantage cette coopération.»

Le tout se fait, selon lui, «pour assurer la sécurité et la stabilité de la région.» Mais, lui demandons-nous, puisque vous êtes pour la paix, pourquoi n’intervenez-vous pas en Irak et au Moyen-Orient ? «Ce sont des décisions des 26 pays et nous répondons des directives politiques du Conseil de l’OTAN. Ce sont eux qui décident de nos interventions», affirme-t-il. Ray Henault ne sera pas reçu par le chef de l’Etat parce qu’a-t-il dit, «il n’est pas disponible.» Il se dit cependant, satisfait de ses discussions avec le chef du gouvernement, le ministre des Affaires étrangères et le président du Conseil de la nation qui, tout autant que «tous vos autres responsables, ont démontré un intérêt accru à l’OTAN…»