Algérie: Le vrai-faux attentat

Algérie: Le vrai-faux attentat

Par Marianne ENAULT, leJDD.fr, 09 Juin 2008

Rumeurs d’attentat en Algérie. Lundi, en début d’après-midi, Reuters annonce une attaque à Bouira, à l’est d’Alger. Selon une source au sein des services de sécurité algériens, citée par l’agence de presse, l’attaque aurait fait vingt morts. Mais quelques heures plus tard, la radio nationale algérienne dément cette information. Retour sur ce cafouillage médiatique.

Emballement médiatique en Algérie. Lundi, peu après 15 heures, Reuters annonce une attaque à Bouira, située à 120 kilomètres à l’est d’Alger. Selon les services de sécurité algériens, l’attentat aurait tué vingt personnes. L’information est reprise par de nombreux médias, dont leJDD.fr. Mais peu avant 17 heures, la radio nationale algérienne, porte-voix du gouvernement, dément toute attaque. Et Reuters retire sa dépêche. Que s’est-il passé?

Joint par leJDD.fr, le service international du bureau parisien de Reuters dit avoir « traduit une dépêche de l’anglais au français, en provenance d’Afrique du Nord », et confirme que l’information émanait d’une source au sein des services de sécurité algériens. « Il y a eu une faute dans l’intention de notre source », commente l’un des responsables du service. Reste à savoir quelle pourrait être l’intention de ladite source.

Razel rappelle son personnel

En Algérie, le principal quotidien, El Watan, confirme le démenti. « Ce ne sont que des fausses rumeurs », a expliqué un journaliste au JDD.fr. « Il n’y a eu aucun mort et aucun attentat », précise-t-on encore. Joint quelques minutes auparavant, le service de presse de l’ambassade d’Algérie à Paris, s’était dit « non habilité à commenter ce genre d’informations ». « Mais si la radio nationale algérienne le dit, c’est qu’il n’y a pas eu d’attentat », s’autorise-t-on toutefois à commenter.

Ce cafouillage intervient au lendemain d’une double explosion meurtrière qui s’est produite dans une gare de Kabylie, sur lequel, là encore, le flou règne. Dimanche soir, le bilan faisait état de treize victimes, dont un ingénieur français. Mais ce lundi, le ministère algérien de la Défense, cité par l’agence officielle APS, a communiqué pour le revoir largement à la baisse: selon lui, deux personnes « seulement » sont mortes dans la double explosion, un ingénieur français et son chauffeur. Une valse des chiffres bien étrange, tout de même.

L’attentat a été commis dimanche à la gare de Beni Amrane, dans la province de Boumerdès, à une cinquantaine de kilomètres d’Alger. Les bombes ont explosé quasi-simultanément devant la gare de Beni Amrane de la ville de Lakhdaria, située dans la province de Boumerdès, à une cinquantaine de kilomètres à l’est de la capitale. Suite à cette attaque, l’entreprise française de BTP Razel, pour laquelle travaillait l’ingénieur, a rapatrié lundi les trois autres Français qui travaillaient sur un chantier de réparation d’un tunnel ferroviaire. « Nous ferons avec eux le point de la situation et nous verrons si nous pourrons renvoyer du personnel français. Pendant un certain temps, le chantier peut fonctionner sans personnel français », a expliqué Jean-Marie Sifre, le directeur de la communication de l’entreprise.

« Pas de consignes particulières »

Le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a appelé lundi à la prudence, sans décréter pour autant de « consignes particulières » aux Français sur place. « Il faut évidemment être prudent, il ne faut ne pas être seul, mais il n’y a pas de consignes particulières », a-t-il déclaré sur RTL, estimant que l’Algérie était « un pays dangereux » en raison de la recrudescence des attentats ces derniers jours. Après la mort du Français, le parquet de Paris a ouvert une enquête pour « association de malfaiteurs et assassinat », le tout « en relation avec une entreprise terroriste ». La procédure a été confiée à la Direction des la surveillance du territoire (DST).

Jeudi, ce sont six soldats qui ont été tués dans la province de Boumerdès, dans l’explosion d’une bombe au passage de leur convoi. Enfin mercredi, deux personnes ont été victimes d’engins explosifs près de la caserne militaire de Bordj El Kiffan, située à 25 kilomètres à l’est d’Alger. Cette série d’attentats visant l’est du pays, souvent présenté comme un repaire des terroristes appartenant à la branche nord-africaine d’Al-Qaïda s’est produite après plusieurs mois de calme relatif. La dernière attaque meurtrière remonte à décembre, quand Al-Qaïda au Maghreb islamique, ex-GSPC, avait visé les bureaux des Nations unies à Alger.