Le GSPC demande le versement d’une rançon

Affaire des otages autrichiens détenus au Mali

Le GSPC demande le versement d’une rançon

Par :Rédaction de Liberté, 17 mars 2008

L’Autriche mène d’intenses efforts diplomatiques et policiers pour libérer ses deux ressortissants enlevés au Maghreb par Al-Qaïda, dont l’ultimatum pour la libération de militants détenus en Algérie et en Tunisie devait expirer hier à minuit.
Un émissaire autrichien, l’ancien ambassadeur Anton Prohaska, est arrivé samedi pour “une mission d’information” à Bamako, pays où les ravisseurs et leurs deux otages (Andrea Kloiber, 44 ans, et Wolfgang Ebner, 51 ans) ont été localisés, à 150 km de Kidal (Nord), selon des informations concordantes. La chef de la diplomatie autrichienne Ursula Plassnik a annoncé hier dans un communiqué que M. Prohaska “a rencontré le président malien Amadou Toumani Touré pour l’informer personnellement sur l’affaire”, soulignant que les autorités autrichiennes n’avaient “pas d’indications précises pour le moment sur l’endroit où se trouvent actuellement les deux Autrichiens dans la région”. Les ravisseurs “sont en contact via plusieurs canaux avec le gouvernement autrichien”, ont indiqué dimanche des sources locales dans le nord du Mali où les membres d’Al-Qaïda au Maghreb et leurs captifs sont recherchés par les autorités maliennes.
Le chef de la police antiterroriste de la région de Salzbourg (Autriche), d’où sont originaires les otages, Burkhard Vouk, avait signalé dès le 14 mars que des “contacts avaient été établis”.
Si l’Autriche, notamment avec l’aide de services secrets occidentaux, en particulier le service d’espionnage français (DGSE), dont le concours a été ordonné par le président Nicolas Sarkozy, s’efforce de nouer des contacts avec les ravisseurs, elle se refuse à toute négociation : le chancelier Alfred Gusenbauer a exigé “la libération immédiate et sans condition de ces otages”, soulignant que “l’Autriche ne négocie pas avec des terroristes”. Le couple a été enlevé le 22 février, alors qu’il se trouvait en Tunisie et, le 13 mars, la branche d’Al-Qaïda au Maghreb a lancé un ultimatum aux autorités autrichiennes soulignant que “l’Autriche est responsable de la vie des deux otages si les revendications n’étaient pas satisfaites”.
Outre la libération de militants emprisonnés en Algérie et en Tunisie, le versement d’une rançon, dont le montant n’a pas été dévoilé, figure également parmi les revendications des ravisseurs, indiquait-on de source proche de l’état-major de crise constitué à Vienne. “Les ravisseurs ne sont pas contre le paiement d’une rançon”, ont indiqué hier des sources locales dans le nord du Mali.

Synthèse Agence


L’ultimatum d’Al Qaïda au Maghreb prolongé

Incertitudes sur le sort des otages autrichiens

El Watan, 17 mars 2008

Le groupe terroriste Al Qaïda Maghreb, auteur de l’enlèvement, en Tunisie le 22 février, des deux touristes autrichiens, a repoussé son ultimatum qui devait expirer hier à minuit, a indiqué le ministère autrichien des Affaires étrangères.

L’ultimatum « a été étendu », a fait savoir le porte-parole du ministère, Peter Launsky-Tieffenthal, lors d’une conférence de presse. « Nous avons reçu un avis à cet effet. » Cela nous donnera plus de temps dans nos efforts pour garantir la sécurité des otages », a-t-il commenté. M. Launsky-Tieffenthal a précisé qu’il ne pouvait pas fournir de nouveaux détails, afin de ne pas mettre en danger la sécurité des otages ou de ceux qui essaient de les libérer. Concrètement, la décision des terroristes d’Al Qaïda Maghreb de revoir les délais de leur ultimatum pourrait confirmer l’hypothèse que le gouvernement autrichien, acculé par son opinion publique et par les terroristes d’Al Qaïda, a en définitive accepté le principe de négocier pour libérer les otages. Ce revirement peut signifier aussi que les kidnappeurs sont convaincus de l’impossibilité, pour eux, d’obtenir la satisfaction intégrale de leurs revendications (libération, entre autres, de leurs éléments faits prisonniers en Algérie et en Tunisie). A ce propos, l’agence britannique Reuters, citant des sources sécuritaires maghrébines, a fait savoir que Vienne a donné son feu vert pour payer une rançon qui avoisinerait les cinq millions d’euros. Malgré cela, le sort des otages aurichiens demeure toujours incertain. Probablement dans le but de ne pas faire capoter les « discussions », les autorités maliennes ont annoncé de leur côté ne détenir « aucune information » permettant d’affirmer que les deux ressortissants autrichiens enlevés par Al Qaïda Maghreb se trouvent sur leur territoire, démentant ainsi des informations relayées par plusieurs radios locales. Le ministre malien de l’Administration du territoire, le général Kafougouna Koné, a confirmé néanmoins avoir « reçu le diplomate autrichien Anton Prohaska ». L’ancien ambassadeur Anton Prohaska est officiellement arrivé samedi pour « une mission d’information » à Bamako, pays où les ravisseurs et leurs deux otages – Andrea Kloiber et Wolfgang Ebner – ont été localisés, à 150 km de Kidal, selon des informations concordantes. Durant la journée d’hier, des sources locales dans le nord du Mali, où les membres d’Al Qaïda au Maghreb et leurs captifs sont recherchés par les autorités maliennes, ont indiqué que les ravisseurs « sont en contact via plusieurs canaux avec le gouvernement autrichien ». Le chef de la police antiterroriste de la région de Salzbourg (Autriche), d’où sont originaires les otages, Burkhard Vouk, avait signalé dès le 14 mars que des « contacts avaient été établis ».

Aniss Z.

 


H’mida Layachi, journaliste, spécialiste de la mouvance islamiste

« La rançon n’intéresse pas le GSPC »

El Watan, 17 mars 2008

– Les exigences « politiques » d’Al Qaïda Maghreb pour libérer les otages autrichiens ne sont-elles pas qu’un vulgaire habillage pour envelopper une motivation première, à savoir le versement d’une rançon ?
– Sur le plan religieux, c’est conforme au principe d’Ennassera, qui signifie aider son frère d’armes à vaincre, qu’il soit en prison ou au maquis. Demander la libération de chefs du GSPC a pour objectif de susciter la sympathie des familles des détenus et des islamistes en général et de se conforter dans son projet d’Etat islamique, etc. Aussi de telles exigences politiques ne sont nullement un fait nouveau. Rappelons-nous du détournement par le GIA de l’Airbus d’Air France qui était accompagné de revendications du même type : remise en liberté des chouyoukh Abassi Madani, Ali Benhadj et d’autres islamistes de la Salafia Djihadia, Abdelhak Layada et 4 Saoudiens emprisonnés en Algérie. Cela vise à créditer auprès de l’opinion que l’action armée des islamistes n’est pas que du terrorisme mais fondée sur des revendications politiques. Contrairement aux attentats kamikazes, cette opération ne coûte rien au GSPC. On pense qu’au contraire on suscite la sympathie des Algériens en s’attaquant aux étrangers. L’impact est aussi grand.

– Quelle issue prédisez-vous pour le rapt des deux Autrichiens par le GSPC, dit Al Qaïda Maghreb ?
– Personnellement, je ne crois pas que ce qui motive les ravisseurs soit le versement d’une rançon. La rançon ne vient qu’après que les objectifs politiques et médiatiques ont été atteints. Je ne crois pas que le GSPC coure derrière l’argent. Cela ne l’intéresse pas.

– Vous pensez vraiment que les gouvernements algérien ou tunisien relâcheront les chefs terroristes tel que cela a été conditionné par Al Qaïda Maghreb ?
– Un tel scénario, il est vrai, paraît invraisemblable. Mais l’objectif premier d’une telle exigence, de telles pressions, est de savoir jusqu’à quelles concessions ces deux gouvernements peuvent se laisser aller. Peut-être qu’en place et lieu de la remise en liberté des chefs du GSPC, un autre marché, qui demeurera bien évidemment occulte, sera conclu entre les parties.

– Quel type de marché ?
– Il se peut que ce marché soit conclu autour de la remise en liberté de terroristes qui ne sont pas connus, mais sont néanmoins proches des ravisseurs. Et même s’ils n’atteignent pas cet objectif, ils auront quand même la possibilité, en relâchant leurs otages, d’humaniser, si je peux me permettre, Al Qaïda Maghreb.

– Les otages seront relâchés ? Vous y croyez ? Sans versement de rançon ?
– Je pense que oui. Même si cela doit prendre du temps. L’intérêt d’un tel épilogue pour le GSPC est de renvoyer une autre image que celle d’une organisation qui verse dans les attentats kamikazes, et autre que celle que renvoie quotidiennement Al Qaïda en Irak. En les relâchant, on gagne la compassion des officiels autrichiens, des Européens en général, et on se parera d’un visage nettement plus humain, plus compatissant avec la douleur des familles des otages, et on rompra avec l’idée des « bons » régimes maghrébins et de la « méchante » Al Qaïda Maghreb. Ce n’est pas négligeable comme dividende.

– Croyez-vous à une intervention militaire contre les ravisseurs dans une zone aussi instable que Kidal ?
– Cela très difficile. Y compris pour les Français qui ont fait une offre de service en proposant le concours de leurs services. Le gouvernement français aura sans doute peur des retombées d’un tel engagement sur ses ressortissants en Algérie. Militairement, ce n’est pas évident.

– Qu’est-ce qu’une telle opération peut impliquer à l’avenir pour l’ensemble de la région ?
– Il est clair que c’est au bénéficie de la politique américaine. Et aussi européenne. En ce sens qu’elle en appelle à l’interventionnisme et le justifie.

Aziri M.