Vienne sollicite les bons offices de Tripoli

Affaire des otages autrichiens enlevés par Al Qaïda Maghreb

Vienne sollicite les bons offices de Tripoli

El Watan, 18 mars 2008

Mouamar Al Kadhafi a été officiellement sollicité hier par le gouvernement autrichien pour une médiation dans l’affaire de ses deux ressortissants enlevés au sud-est de la Tunisie par Al Qaïda Maghreb.

Le guide de la révolution libyenne, président en exercice de la Communauté des Etats sahélo-sahariens, dont l’effort de médiation a, dit-on, abouti, le 10 mars, à la libération de 22 soldats de l’armée malienne détenus par la rébellion touareg, peut ainsi être appelé à jouer un rôle de premier plan dans l’affaire des deux touristes autrichiens. Vienne a confirmé hier ses contacts avec Tripoli en vue de la libération de Wolfgang Ebner et de sa compagne Andrea Kloiber, enlevés le 22 février dernier par les terroristes du GSPC, dit Al Qaïda Maghreb. « Il y a des contacts partant de Vienne dans les pays de la région, au niveau politique et des fonctionnaires, et la Libye en fait partie », a indiqué, à l’AFP, Martin Gärtner, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères autrichien. Un diplomate libyen en poste à Bamako, cité par la même agence de presse, a confirmé la demande autrichienne. « Mon pays a été sollicité par l’Autriche pour participer à la libération des deux otages et nous ferons tout notre possible pour que les otages retrouvent la liberté », a-t-il indiqué sous couvert de l’anonymat. L’Agence de presse libyenne, Jana, a fait part dans une dépêche laconique d’une communication téléphonique entre le chancelier autrichien et le guide de la révolution libyenne. Un entretien qui a porté, d’après Jana, sur « plusieurs sujets d’intérêt commun ». Sans préciser sa teneur. D’après l’AFP qui invoque « plusieurs sources proches du dossier », la Libye a déjà établi un contact avec les ravisseurs des otages « dans le vaste Sahara ». Les ravisseurs et leurs otages se trouveraient au nord du Mali, mais les autorités de Bamako n’ont officiellement pas confirmé leur présence. La fondation Kadhafi serait « chargée du dossier », selon ces mêmes sources. Une réunion de crise a été convoquée hier matin par le chancelier Alfred Gusenbauer avec son vice-chancelier Wilhelm Moleterer, la responsable de la diplomatie, Ursula Plassnik, le ministre de la Défense, Norbert Darabos, et celui de l’Intérieur, Günther Platter. Une réunion qui intervient après que les ravisseurs aient décidé de repousser leur ultimatum qui est arrivé à expiration dimanche à minuit. Les médias autrichiens s’interrogeaient dans leurs éditions d’hier matin sur les revendications des ravisseurs : libération de détenus d’Al Qaïda ou versement d’une rançon de 5 millions d’euros, ou les deux ? Aucune confirmation officielle n’a pu être obtenue à Vienne sur la demande d’une telle rançon, dont le journal Kurier affirme qu’elle s’élèverait à 5 millions d’euros.

Aziri M.


Vienne a entamé les négociations avec le groupe Salafiste

Le GSPC demande 5 millions d’euros pour les otages autrichiens

Par :Rafik Benkaci, Liberté, 18 mars 2008

Ce qui intéresse avant toute chose les ravisseurs, c’est l’argent. Une chose est certaine, leur démarche ressemble à s’y méprendre à celle adoptée en 2003 par El-Para et ses acolytes.

Les ravisseurs des touristes autrichiens en Tunisie veulent rééditer le scénario de l’enlèvement des 32 touristes européens en 2003 dans le Sahara algérien en réclamant une rançon équivalente à celle demandée à l’époque par Amari Saïfi, dit Abderezak El-Para, l’instigateur de ce rapt. Les ravisseurs des deux ressortissants autrichiens ont exigé, en effet, une rançon de cinq millions d’euros pour la libération de leurs otages, selon le quotidien autrichien Kurier qui se réfère à “une source informée”. Cette demande de rançon n’a pas été confirmée par les autorités autrichiennes, mais les médias autrichiens se sont interrogés, hier, sur les véritables revendications du groupe des ravisseurs : libération de détenus islamistes algériens et tunisiens ou versement d’une rançon de 5 millions d’euros ou les deux ?

Pour des spécialistes des questions sécuritaires, la demande de libération de détenus islamistes en échange de celle des otages autrichiens sera reléguée au second plan, lors d’éventuelles négociations. Car ce qui intéresse avant toute chose les ravisseurs, c’est l’argent. Une chose est certaine, la démarche des ravisseurs ressemble à s’y méprendre à celle adoptée en 2003 par El-Para et ses acolytes. À la différence près que cette fois, l’action des auteurs de l’enlèvement a été approuvée par leur maison mère d’Al-Qaïda, alors qu’en 2003, Abderezak El-Para avait mené son action en solo.

La demande de rançon confirme que l’ex-GSPC est à la recherche de financements comme l’avait révélé la semaine dernière le quotidien à capitaux saoudiens Acharq Al-Awsat, basé à Londres, et qui avait publié une lettre dans laquelle Al-Qaïda au Maghreb avouait que ses éléments ont un “besoin urgent d’argent”. Cette lettre adressée par l’ex-GSPC à ses partisans pour les inciter à les aider à sortir du gouffre et intitulée “Appel au secours du Maghreb islamique”, témoigne de l’ampleur du désarroi dans lequel se trouve le groupe dirigé par Abdelmalek Droukdel.

À l’évidence, si l’Autriche acceptait de verser une rançon pour obtenir la libération de ses ressortissants, comme l’avait fait l’Allemagne en 2003, même si Berlin n’a jamais admis le versement d’une rançon, cet argent servirait sans aucun doute à financer les maquis de cette organisation en Algérie. En 2003, la rançon payée par les Allemands avait permis au groupe d’Abderezak El-Para d’acheter un important arsenal de guerre jamais acquis auparavant par les groupes terroristes algériens. Mais la vigilance des services de sécurité a permis de déjouer les plans de l’ex-GSPC puisque la cargaison d’armes avait été interceptée par l’armée fin janvier 2004, alors que des hommes d’Abderezak El-Para s’apprêtaient à l’introduire en territoire algérien à la frontière algéro-malienne, au sud d’In-Salah. Quatre terroristes, identifiés comme étant des hommes de l’ancien numéro 2 de l’ex-GSPC, avaient été tués au cours de cette opération. Ce groupe tentait de s’infiltrer par la frontière avec le Mali à bord de 4 véhicules tout-terrains.

L’armée avait saisi lors de cette opération un lot d’armements acheté à des trafiquants d’armes de pays limitrophes subsahariens avec l’argent de la rançon payée par l’Allemagne contre la libération de ses otages au Mali en août 2003. Dans le lot figuraient des mortiers, des mitrailleuses, des lance-roquettes, près de 200 kalachnikovs, des fusils à lunettes, des pistolets automatiques et un important lot de munitions.

Rafik Benkaci