Touristes disparus: Une demande de rançon de 30 millions d’euros

AFFAIRE DES 31 TOURISTES DISPARUS

Une demande de rançon de 30 millions d’euros

Le Quotidien d’Oran, 12 mai 2003

20 à 30 millions d’euros. C’est la somme qu’exigeraient les ravisseurs des 31 touristes disparus dans le Sud algérien, selon les révélations du magazine suisse «Hebdo». Ce journal indique qu’Alger aurait reçu trois demandes de rançon en ce sens.

C’est le journaliste suisse, Richard Labévière, qui rapporte le prix exigé pour la libération des «otages» occidentaux disparus dans le désert algérien depuis deux mois. Labévière est connu pour être un éminent spécialiste des questions islamistes et terroristes et auteur notamment du best seller «Les dollars du djihad». Selon ces révélations, sourcées par des membres des services de sécurité algériens: «Les autorités algériennes ont reçu 3 demandes de rançon, l’une au commandement militaire de la zone sud, deux autres aux directions de la police d’Alger». Les ravisseurs exigeraient, ainsi, 30 et 45 millions de francs suisses (20 et 30 millions d’euros) pour les 31 otages, des Allemands, des Autrichiens et des Suisses. Toujours selon l’Hebdo, les autorités algériennes ont «parfaitement localisé» les otages, grâce à la découverte de deux véhicules des ravisseurs dont une Iveco bleue, dans la zone du rapt, en ajoutant qu’Alger voulait lancer un assaut il y a 15 jours, mais que le gouvernement allemand s’y est opposé, ainsi que le ministère suisse des Affaires étrangères, «pour ne pas mettre la vie des otages en danger», estime Mme Micheline Calmy-Rey, le chef de la diplomatie suisse. Ce magazine soulignera que les «otages ont été enlevés par des bandits de grand chemin et non par les islamistes», mais s’égare en affirmant que leur chef, Mokhtar Belmokhtar, surnommé «le parrain de Marlboro», est le commanditaire. Du moment que celui qu’on appelle «le borgne» est considéré comme affilié au GSPC de Hassan Hattab depuis 1998, après avoir déserté les rangs du GIA. Les affirmations du magazine suisse accréditent davantage la thèse d’un enlèvement planifié par des bandes organisées dans le grand sud-est algérien. Pour certains observateurs, les ravisseurs seraient issus, pour la plupart, du GSPC, mais agiraient pour des «motifs pécuniaires» et non sous le couvert du GPSC. Cela étant appuyé par le fait que Abderrezak le Para, autre émir salafiste opérant dans cette zone, serait responsable de la capture et de la détention de 11 touristes sur les 31, qui seraient disséminés en trois endroits complètement différents.

C’est dans cette confusion qu’un autre magazine, Focus, en Allemagne, vient de révéler qu’Alger aurait refusé «toute ingérence» dans cette affaire après que le chancelier allemand Gerhard Schroeder eut offert son aide au président Bouteflika pour retrouver les touristes européens, dont 15 Allemands. Focus indique que les ravisseurs auraient «demandé à négocier directement avec Berlin, ce que les autorités algériennes ont «catégoriquement» refusé. Le hic est que le magazine allemand cite les déclarations du ministre de l’Intérieur, Yazid Zerhouni, qui aurait déclaré devant la commission parlementaire qu’il «n’y a pas d’ingérence allemande, car il s’agit d’affaires algériennes internes». Reste qu’un autre média allemand, prolixe sur des hypothèses de plus en plus contradictoires, vient d’annoncer que Berlin a dépêché, avec l’accord d’Alger, une unité de commando d’une dizaine d’hommes spécialisés dans le traitement des prises d’otages. Information non confirmée officiellement, mais qui risque d’envenimer davantage une situation complexe qui présente des risques avérés pour les «otages».

Mounir B.