Les Allemands ne veulent pas d’action militaire

JOSCHKA FISHER A ALGER

Les Allemands ne veulent pas d’action militaire

Le Quotidien d’Oran, 13 mai 2003

Joschka Fisher avait de nombreuses questions en arrivant à Alger. Mais rien n’indique que le chef de la diplomatie allemande a eu les réponses qu’il voulait sur le sort des 16 Allemands, depuis la disparition d’un autre touriste germanique dans le sud algérien.

Fisher aura longuement été reçu par le président Bouteflika. Envoyé par un Gerard Shreoder, de plus en plus impatient, alors que l’affaire des disparitions commence à faire tache d’huile en Allemagne, Joschka Fisher est venu en soulignant qu’il : « était important de pouvoir faire rentrer dans les meilleurs délais, sains et saufs, nos compatriotes ». En d’autres termes, Fisher veut des réponses convaincantes d’Alger sur la suite des opérations surtout que les, dorénavant, 32 touristes européens (et non plus 31) ne sont pas officiellement des «otages» mais encore des «disparus».

«Je voudrais dire merci aux autorités algériennes et au gouvernement algérien pour tous les efforts déployés pour trouver une solution à ce problème» a-t-il déclaré d’emblée. Comme pour rassurer Alger sur ses intentions et sur l’intention, de Berlin de ne pas gêner la démarche algérienne dans la conduite des recherches ou des « négociations » avec les ravisseurs.

Pour ce faire, Fisher était flanqué d’une importante délégation parmi laquelle se trouvent des membres des services spéciaux allemands de la BND, dirigée par son directeur, August Hanning, également présent lors du long et copieux déjeuner offert par Bouteflika au siège de la présidence. Alors que la délégation allemande, faisant trêve de civilité, n’est venue que pour avoir un seul menu : le sort des 16 Allemands.

Bouteflika s’est entouré, pour l’occasion, de Yazid Zerhouni, ministre de l’Intérieur qui est depuis, deux mois, l’interlocuteur de Berlin avec son homologue allemand, Otto Shilly. Zerhouni devant faire un exposé des motifs et de la genèse de cette affaire qui semble embarrasser autant Alger que Berlin du moment que la terminologie n’est pas la même. Joschka Fisher accréditera, indirectement, à la sortie de son audience la thèse de l’enlèvement en déclarant : « Nous ne voulons pas une solution par la force (…) mais une solution fondée sur la raison ».

Alors que la presse allemande évoque le GSPC de l’émir Belmokhtar et des demandes de rançons, Alger ne pipe mot de cette affaire, continuant à évoquer « diverses hypothèses ». Ce qui a du chic à énerver les Allemands, Suisses et autres Autrichiens en attente d’une solution. Avec ses 5000 hommes déployés au sud algérien — 1000 seulement selon la presse allemande, les autorités algériennes ont mis le paquet pour localiser les touristes et leurs… ravisseurs. Ce qui est chose faite, dira Berlin. Mais la question qui était le centre de toutes les discussions hier, entre Algériens et Allemands, – ou au centre des négociations -, est : que faire maintenant ?.

Un opération commando pour libérer les « otages » devrait avoir l’aval des Allemands et des autres pays de l’UE qui ont des ressortissants disparus. Alger peut le faire, mais ne veut pas assumer, seule, les conséquences politiques et médiatiques. L’affaire des moines de Tibherine et celle de l’Airbus d’Air France avait démontré aux Algériens toute la délicatesse d’une gestion politique après coup.

Les Allemands, au regard de leur expérience lamentable dans le domaine depuis la prise d’otages de Munich en 1972, vivent dans le traumatisme de ce type d’action. Pas question de « frapper » et privilégient les « négociations », tout en continuant à préparer des commandos des unités d’élite paramilitaire GSG-9, spécialisées dans les prises d’otages et les enlèvements, dans le sens d’un coup de force militaire. Ce qu’espèra Fisher en disant que Berlin est entièrement disponible à tout type de coopération.

Et la coopération algéro -allemande ? Personne n’avait la tête à cela, hier, certainement pas les diplomates allemands rencontrés qui évitaient les journalistes comme s’ils étaient porteurs du virus de pneumonie atypique. On aurait à peine effleuré le dossier du probable retour de Lufthansa ou de l’investissement, mais sans grand intérêt pour les Allemands, obnubilés par l’affaire des 32 touristes.

D’ailleurs, les diplomates allemands avaient du mal à accréditer les motifs de la « tournée maghrébine programmée de longue date » de Joschka Fisher tant son déplacement dans la région était centré sur…Alger.

D’ailleurs, la délégation allemande aurait annulé l’étape marocaine et Fisher devait, arriver tard dans la soirée de ce lundi, à Tunis.

Fisher est reparti en espérant «une solution positive» à cette affaire complexe, tout en exprimant «sa profonde confiance» dans les efforts des Algériens et sa «profonde inquiétude». Ce qui est d’une ambivalence intenable dans la bouche d’un diplomate, et dans celle, d’un Fisher, puisque l’ancien député Vert est un fervent partisan de la transparence dans une affaire qui ne dévoile que son côté opaque.

Mounir B.