Un Targui pour sauver les otages

Bamako désigne son médiateur

Un Targui pour sauver les otages

Le Quotidien d’Oran, 3 août 2003

Le gouvernement malien a décidé de confier la médiation avec les ravisseurs du GSPC à l’ancien chef des Touaregs Azawad, Iyad Ag Agaly, qui possède une autorité incontestable dans la région de Kidal, où sont détenus les 14 otages européens.

C’est ce Targui, la cinquantaine, issu des camps d’entraînement militaire en Libye qui a le sort des otages entre ses mains. Sa première rencontre avec deux émissaires des terroristes du GSPC a failli mal tourner du moment que les éléments de l’»émir» Mokhtar Belmokhtar «ont clairement affirmé leur agacement devant la multitude des médiations et ont également souhaité ne plus retourner dans le désert algérien pour leur sécurité», indique-t-on de sources maliennes. Iyad Ag Agaly jouit également de la confiance des Allemands qui lui ont fourni deux véhicules 4×4 pour faire la navette entre la zone de détention, au nord de Kidal et le quartier général des services secrets de la BND à Bamako afin de mener les pourparlers dans de bonnes conditions. Mais la médiation de ce Targui malien chevronné n’est pas la seule. Des chasseurs de primes qui infestent cette région se sont mêlés à ces tractations afin de prélever une commission sur les 70 millions de dollars que réclame le GSPC.

Bamako compte considérablement sur le savoir-faire d’Agaly. Ce dernier a été un des chefs militaires du mouvement populaire Azawad (MPA) et un des négociateurs, côté Touaregs, des accords du pacte national scellant la paix entre les mouvements targuis (ARLA, FPLA, FIAA) et le gouvernement malien en 1992. Agaly présente également l’avantage de parler arabe, de connaître parfaitement les réseaux du Sahel, pour avoir lui-même convoyé des armes depuis la Libye dans les années 90 et a été également recommandé par Alger. Car Agaly a vécu durant des années à Tamanrasset, dans le quartier africain, en compagnie de son état-major. C’est depuis le sud algérien qu’Agaly avait eu, via les Algériens, les premiers contacts avec le gouvernement malien pour préparer une entente éventuelle et un cessez-le-feu. D’ailleurs, ce notable, fils d’un haut dignitaire targui, s’était rendu à Alger, plusieurs fois, afin de rencontrer Ahmed Ouyahia, alors chargé au MAE du dossier Afrique et médiateur entre la rébellion targuie et le gouvernement malien. Sa présence aux négociations n’est donc pas fortuite même si les Allemands ont tenté de multiplier les contacts avec les ravisseurs via d’autres intermédiaires inconnus. Ce qui a provoqué le premier accroc avec les Maliens qui ont souligné que: «si les otages sont toujours en vie, il faut que nos amis Allemands acceptent que nous coordonnions les médiations, parce que le temps presse». C’est dans la région du massif de l’Adrar des Iforas que les négociations ont débuté et risquent de durer du fait de la nervosité des ravisseurs.

Mounir B.