Statu quo pour les 15 otages encore détenus


Affaire des touristes disparus
Statu quo pour les 15 otages encore détenus

Le Matin, 26 juin 2003

L’information donnée par le journal régional allemand Nordseezeitung relative à la présence de drones allemands dans le Sud algérien pour aider à localiser les 15 touristes européens toujours détenus en otages par un groupe armé du GSPC dans les montagnes de Tamelrik, non loin d’Illizi, a laissé « indifférentes » aussi bien les autorités algériennes qu’allemandes qui restent très discrètes sur le sujet. Le journal germanique a révélé que l’escadron envoyé à Illizi est composé de six appareils dont trois de type Tornado et a pour mission essentielle de détecter avec précision l’endroit où se trouvent les otages et les ravisseurs. D’un côté comme de l’autre, aucun démenti n’est venu récuser cette information. Information qu’un notable de la ville d’Illizi nous a confirmée hier. Se basant sur une indiscrétion d’un officier de la gendarmerie et le témoignage de citoyens, il affirme que « l’armada allemande » est présente sur les lieux depuis près d’une semaine. Pour rappel, l’éventualité de l’envoi d’avions de reconnaissance et d’appareils espion sans pilote « drones » dans le désert algérien a été évoquée la première semaine du mois en cours. Elle est intervenue quelques jours après la visite à Alger du ministre allemand des Affaires étrangères. Joschka Fischer, qui, dès le début de cette affaire, a refusé le recours à la force pour libérer les touristes « disparus », aurait lui-même formulé le souhait de voir ce matériel sophistiqué mis à la disposition des militaires algériens. Militaires qu’il n’a pas manqué de remercier après la libération le 13 mai dernier de 17 des 32 touristes suite à un assaut des unités de l’ANP, alors que l’on disait l’Allemagne hostile à une « solution militaire », à moins qu’elle soit menée de concert avec un commando allemand des GSG9. Un cas de figure écarté d’emblée par les officiers de l’armée algérienne et ce, en dépit du « forcing » en Algérie et en Europe des diplomates et des politiques. Pour les militaires qui, dès l’annonce de la disparition en mars dernier des touristes européens, ont mobilisé de très grands moyens matériels et humains pour l’opération de recherches, « la coopération » ne pouvait se faire que si les européens mettaient à disposition « un matériel de pointe dont les algériens ne disposent pas ». Et c’est ce qui apparemment vient de se produire. Reste à connaître les motivations de la « concession » allemande. Il demeure incompréhensible que l’on rejette la solution de force, donc militaire, tout en mettant à disposition des avions de « chasse ». D’autant plus incompréhensible que le Président de la République a une fois encore fait montre de sa disponibilité à laisser « filer » les terroristes s’ils venaient à libérer les otages. Il l’a affirmé la semaine dernière à Vienne lors du forum austro-algérien. Quelques jours auparavant, au siège du Parlement européen, il avait indiqué qu’il laissait « une porte ouverte » aux ravisseurs. Quatre mois après sa disparition dans le désert, le sort du groupe des touristes composé de 10 Allemands, 4 Suisses et 1 Néerlandais demeure inconnu. Seule certitude : « Ils sont toujours en vie », et c’est Abdelaziz Bouteflika qui précise de « ne rien faire sans consulter Berlin », qui l’a affirmé.
Saïda Azzouz