Un sommet des pays du Sahel à l’horizon

Terrorisme

Un sommet des pays du Sahel à l’horizon

El Watan, 24 juin 2004

Un sommet qui sera consacré à la menace terroriste au Sahel devrait réunir, d’ici à la fin de l’année, les chefs d’Etat de l’Algérie, du Mali, du Niger, du Tchad et de la Mauritanie.

L’idée de l’organisation d’une telle rencontre peut s’expliquer par la dégradation de la situation sécuritaire au niveau de cette région.
Depuis 2001, celle-ci est en effet devenue un eldorado pour une kyrielle de groupes terroristes représentant une menace constante pour les Etats. Le plus actif d’entre eux est le GSPC, dont l’un des chefs, Abderrazak Le Para, est d’ailleurs détenu en captivité depuis plusieurs semaines par le MJD, un groupe rebelle tchadien. Incontrôlable en raison de son étendue et de son relief rocailleux, la bande sahélienne sert également de base arrière à d’autres groupes terroristes africains et maghrébins, dont certains sont affiliés à El Qaîda. A l’instar du GSPC, ces derniers transitent souvent par ce no man’s land pour s’approvisionner en armes, en munitions et en vivres. Des sources occidentales indiquent, à ce propos, que ce sommet auquel pourrait se joindre le président du Nigeria contribuera dans une large mesure à jeter les bases à une véritable coopération dans le domaine de la lutte antiterroriste entre les différents pays ayant accès à cette région. C’est d’ailleurs cette absence de coopération et d’accords entre les différents pays de la région qui complique aujourd’hui l’extradition vers l’Algérie de Abderrazak El Para. En plus de l’absence d’une stratégie de lutte efficace, les groupes terroristes activant dans la région doivent surtout leur prospérité au manque flagrant de moyens militaires caractérisant certains Etats. Pour pallier cette carence et afin de donner le temps aux pays du Sahel de s’organiser, il est à rappeler que le département d’Etat américain a, dans le cadre du programme Pan-Sahel, consenti, il y a quelque mois, une aide financière de 125 millions de dollars et a ventilé 200 experts militaires entre le Mali, le Niger, le Tchad et la Mauritanie. Ces instructeurs ont reçu pour mission de former, durant les cinq prochaines années, les armées de ces pays aux techniques de la lutte antiterroriste. Au titre de leur coopération en matière d’échange de renseignements, les Etats-Unis ont également aidé l’Algérie, à travers notamment la fourniture de photos satellites, à pister les éléments du GSPC activant dans le Sud. Afin d’encourager la coopération sahélo-maghrébine en matière de lutte contre le terrorisme, il est à signaler également qu’à l’initiative du commandement des forces américaines en Europe, le parrain du programme Pan-Sahel, il s’est déjà tenu au mois de mars dernier un sommet à Stuttgart ayant regroupé les chefs d’état-major des armées du Maghreb et du Sahel. Cette rencontre, à laquelle a pris part le chef d’état-major de l’ANP, le général de corps d’armée Mohamed Lamari, était également consacrée à la lutte globale contre le terrorisme. C’est probablement dans la continuité du travail et engagements pris à Stuttgart que les pays de la région songent aujourd’hui à organiser ce sommet consacré au terrorisme au Sahel. En tant que «pionnière» dans cette lutte, l’Algérie ne verrait pas d’un mauvais œil cette initiative, surtout qu’elle s’est toujours montrée soucieuse, en matière de lutte antiterroriste, d’agir sur la base d’un cadre légal fondé sur la coopération. A ce propos, des sources indiquent même qu’elle défendra et tentera de convaincre de l’utilité du projet lors des prochains rendez-vous de l’Union africaine.

Par Z. C.