Signé Mokhtar Belmokhtar

Signé Mokhtar Belmokhtar

L’Expression, 05 janvier 2005

L’émir du Sud, contraint de quitter le Mali en catastrophe, signe avec force son retour en Algérie.

L’attentat de Biskra rappelle trop celui qui l’avait précédé de quelque deux années, dans lequel une quarantaine de parachutistes d’élite avaient succombé. L’attentat de 2002, comme chacun le sait, était signé Amari Saïfi, alias Abderrezak El-Para, lui-même ancien parachutiste comme le montre son surnom. Si ce dernier a été interpellé à la suite d’une longue cavale qui l’a mené jusqu’au Tchad, son acolyte, Mokhtar Belmokhtar, MBM, court toujours. A la tête de plusieurs dizaines d’hommes bien entraînés, connaissant chaque recoin du Sahel et du Grand-Sud algérien, forts des entraînements dispensés par El-Para, il semble que ce soient eux qui aient commis cet attentat. Des informations qui nous avaient été fournies depuis une semaine par des sources sécuritaires faisaient état du retour de MBM en Algérie,après un assez long séjour au milieu des tribus maliennes avec lesquelles il était en «négoce». MBM, en effet, est particulièrement versé dans la contrebande, qui fait florès dans certaines régions sud du pays. Il arrive ainsi à «financer» ses actions armées sans grande difficulté. Depuis que les maquis nord du Gspc ont été décapités par les services de sécurité, MBM s’est retrouvé à la tête du plus puissant groupe terroriste encore actif dans le pays. Un groupe d’autant plus redoutable qu’il est très bien armé grâce aux différents produits de la contrebande, et qu’il est d’une mobilité telle que sa localisation se fait extrêmement difficile. Preuve en est, en attendant d’en obtenir confirmation absolue, qu’il semble être monté en quelques jours à peine jusqu’aux portes du Nord algérien, Biskra en l’occurrence, afin d’y commettre ce terrible attentat et de s’éclipser de nouveau sans que personne ne puisse rien y faire. Ce n’est pas un hasard, du reste, si le chef de cette Région militaire, nous dit-on, a été relevé de ses fonctions. L’Algérie, depuis que sa coopération avec l’Otan ainsi que bon nombre d’armées occidentales a progressé, s’est dotée d’un matériel de pointe lui permettant de traquer et de débusquer les mouvements suspects, y compris dans les régions désertiques du Grand-Sud algérien. Cette attaque, qui intervient à un moment où tous les voyants étaient au vert et où la rumeur indiquait que les terroristes encore actifs étaient en «stand by» par rapport à l’amnistie générale du président, relance avec acuité le débat sur le traitement de la question sécuritaire dans le pays. Si, sur les plans militaire et politique l’efficacité de l’Algérie n’est plus à démontrer, force est de souligner que très peu de choses sont faites en matière de traitement des causes «plus ou moins objectives» de ce véritable fléau. Cela est d’autant plus préoccupant que c’est précisément Alger qui a réussi à imposer au monde entier, notamment à l’Otan, le fait que pour en finir avec le terrorisme il faut lui couper ses «relais idéologiques» en mettant fin aux injustices. En Algérie, hélas, ce ne sont pas toutes les libertés qui sont respectées, ni les expressions politiques et autres. L’exclusion sociale et le système des deux collèges continuent, quant à eux, de faire florès. Ajouter à cela l’école qui, en attendant l’aboutissement des réformes, continue de former des jeunes psychologiquement fragiles et prédisposés à ce genre de manipulations de masse. Ce sont toutes de bonnes raisons qui font que si le terrorisme reste quand même sur le point d’être vaincu, c’est loin d’être le cas pour l’intégrisme, mais aussi l’islamisme politique. Le Gspc, indice qui ne trompe hélas pas, recruterait toujours plus d’hommes qu’il n’en perd…

Mohamed ABDOUN