Les services secrets occidentaux opèrent à partir de Bamako

Les services secrets occidentaux opèrent à partir de Bamako

Un motard allemand sert d’intermédiaire

Le Quotidien d’Oran, 10 août 2003

Alors que le médiateur targui, Iyad Ag Agaly, est reparti vers Kidal, porteur de propositions aux ravisseurs des 14 otages européens, les diplomates allemands utilisent un otage allemand comme intermédiaire avec Abderezak el-para.

Ces contacts directs, adoubés aux efforts du médiateur targui, permettent aux diplomates allemands depuis Bamako de nouer des discussions avec les ravisseurs qui disposent d’un téléphone satellitaire de l’un des otages. Selon la presse allemande, c’est un motard allemand, Christian Grüne, 38 ans, qui sert d’interprète et de contact entre les officiels allemands et l’émir du GSPC afin de négocier l’envoi des vivres, de l’eau, des médicaments et les détails de la rançon. Grüne se serait lui-même proposé de servir d’intermédiaire.

La presse allemande le présente comme un aventurier «vantard» qui connaît parfaitement l’Algérie. Il est entré seul depuis la Tunisie avec une moto KTM GS 620 et aurait connu les trois autres motards (Hainze, Bracht et le Néerlandais Hilbers) sur la piste de Oued Semane, près d’Illizi. C’est là que les quatre motards ont été interceptés et kidnappés le 21 février dernier par les terroristes salafistes. La description de Grüne est de ce fait assez étrange. On rapporte qu’il aimait sillonner à moto les endroits les plus dangereux en Algérie, particulièrement dans le Nord du pays, et se serait même rendu en Kabylie durant les dernières années. Des 14 otages encore détenus, c’est probablement celui qui connaît le mieux l’Algérie et c’est à ce titre qu’il sert d’intermédiaire.

Der Spiegel rapporte de son côté que les ravisseurs ont tué trois officiers des douanes algériennes près de la frontière algéro-malienne. Ce qui a été démenti par des sources sécuritaires algériennes. Or, ces sources reviennent sur l’épisode de Tamelghik en indiquant que les autorités allemandes ont exercé de «très fortes pressions» sur Alger afin qu’aucun assaut militaire ne soit tenté dans le désert algérien. Les Allemands qui ont détourné deux satellites-espions afin de couvrir la zone d’Illizi durant quatre mois (on évoque un satellite américain et un allemand) n’auraient pas été un modèle de coopération avec l’armée algérienne. Après le départ des ravisseurs de cette zone, les autorités algériennes ont essayé de retrouver la tombe de Mme Spitzer afin de restituer le corps à sa famille pour une inhumation décente. Mais les militaires algériens se sont vu refuser toute photo satellite de cette région. Ce qui a fini par créer une tension entre agents secrets du BND et militaires algériens. Les Allemands se sont seulement contentés de transmettre les coordonnés topographiques réalisées par satellite.

Cette tension est également perceptible dans les déclarations des officiels maliens qui nient tout ultimatum et mettent en exergue les difficultés des négociations en cours avec le GSPC: «Agaly est reparti (de Bamako, NDLR), les négociations sont dures, nous sommes confiants, mais le temps presse», dira une source malienne à l’AFP. Mais ces négociations seraient accélérées après l’information relatives à l’état de santé de quatre des 14 otages qui s’est dégradé et dont le médiateur veut obtenir la libération rapide pour «raison humanitaire». L’option des négociations court toujours même si les services secrets allemands du BND ont obtenu de leurs homologues maliens l’autorisation d’opérer dans le Nord du mali.

Mounir B.