Le silence de Berlin et les revendications d’Abderezak El Para

Affaire des touristes otages libérés

Le silence de Berlin et les revendications d’Abderezak El Para

Le Matin, 22 août 2003

Les touristes otages sont libres, le groupe terroriste qui les a enlevés, il y a plus de six mois dans le désert algérien, l’est aussi. Une rançon a été payée pour que les 14 otages dont 9 Allemands, 4 Suisses et 1 Néerlandais recouvrent « sains et saufs » leur liberté. Une rançon de 5 millions d’euros, dont on ne sait si elle a été versée par le Mali, que l’Allemagne remboursera sous forme d’aide au développement local, par la Libye ou par le truchement d’un autre pays. Une seule certitude : l’argent a bel et bien été versé aux terroristes. Jeudi dernier, l’AFP citant des sources diplomatiques rapportait que la rançon a été payée « à l’initiative de la Libye elle-même et que l’argent n’a transité ni entre les mains maliennes ni entre des mains allemandes ». Fait qui met l’Allemagne et les pays concernés par cette affaire dans une inconfortable situation. Le paiement de la rançon, une autre des concessions faites aux ravisseurs à qui l’on a permis de mettre les voiles – faits qui vont à l’encontre des conventions internationales en matière de lutte antiterroriste -, a été l’un des points soulevés par les journalistes lors de la conférence de presse donnée hier par le ministre allemand des Affaires étrangères. Joschka Fischer, rapporte l’AFP, a refusé de s’exprimer sur le versement de la rançon. « Le gouvernement allemand a toujours eu une position claire » dans l’affaire, s’est-il contenté de dire avant de souligner que Berlin se « réjouit de l’heureuse issue » de la crise pour 14 otages et déplore la mort d’une otage. « Pour ce qui est du reste, nous ne le commenterons pas. » Le porte-parole de son département avait, pour sa part, indiqué bien avant la conférence de presse qu’il s’en tenait aux déclarations faites mardi par le chancelier Gerhard Schroeder, qui avait refusé de commenter « de telles questions pour de bonnes raisons ». Quelles raisons font que l’Allemagne ne dément pas le versement de la rançon au groupe terroriste ? Groupe dont le chef Abderezak El Para, numéro 2 du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), a revendiqué l’enlèvement des 32 touristes. Dans son édition d’aujourd’hui, le journal El Khabar publie un communiqué dans lequel le chef terroriste informe de la libération des 14 otages. Un communiqué que notre confrère dit authentique, daté du 18 août 2003 et intitulé : « De l’« émir » de la zone 5, Abou Haïdara Abderezak Amari El Aurassi, à tous les moyens d’information. » Il y est souligné que les « otages ont été libérés lundi 18 août à 4 h 45 GMT sains et saufs à la demande d’un groupe et les bons offices de notables de la région ». Si le communiqué ne précise pas de quel groupe il s’agit, il n’omet pas, en revanche, d’indiquer que les 17 otages « n’ont pas été libérés par l’armée algérienne » mais par « les moudjahidine » qui ont choisi de les laisser partir. Sujet qu’il dit ne pas pouvoir détailler faute de temps. L’armée algérienne a également été citée par le président du comité des médiateurs. Le colonel Amadou Baba Touré, commissaire de la région de Gao, qui revient sur le film des négociations et de la libération, révèle que la situation s’est compliquée « quand le groupe, disposant de moyens de communication sophistiqués, s’est dit avisé d’un assaut imminent de militaires algériens, armés et postés non loin de la frontière algéro-malienne. Les ravisseurs ont alors décidé pour prévenir toute attaque surprise de séparer les otages, mais la médiation a réussi à ne pas faire déraper la situation ». Le colonel raconte que « les douze derniers jours, nous étions sans armes, et nous vivions, mangions et dormions avec eux. Une fois la confiance définitivement installée, ils ont décidé de nous remettre les otages ». Un épilogue qui suscite une multitude d’interrogations sur la gestion de cette affaire.
Pour rappel, les 32 otages ont été enlevés dans le Sud algérien par un groupe du GSPC, il y a près de six mois. Un groupe de 17 otages, en majorité des Autrichiens, a été libéré le 13 mai dernier dans la région de Tamanrasset, après une opération de l’ANP. Lundi dernier, le second groupe a été libéré dans la région de Gao, au nord du Mali. Pays que les ravisseurs ont rejoint avec les otages après qu’Abdelaziz Bouteflika leur a laissé une « porte ouverte ». Aujourd’hui, les 32 otages, « touristes » aventuriers, qui se déplaçaient dans le désert sans guide et sans en informer les autorités algériennes, ont retrouvé leur liberté. Le groupe des 32 terroristes qui les avait kidnappés, grâce à « la solution politique », a empoché 5 millions d’euros, qui serviront certainement à l’achat d’armes pour tuer des Algériens, et se promène en toute impunité dans la région du Sahel. Bel exemple de coopération internationale que la gestion de l’affaire « des otages du Sahara ».
Saïda Azzouz