Algérie-Tchad- Libye-Allemagne : Comment récupérer El Para ?

Algérie-Tchad- Libye-Allemagne : Comment récupérer El Para ?

Risques Internationaux, 7 Juillet 2004, http://www.risques-internationaux.com

Lancer un mandat d’arrêt international contre un preneur d’otages est une chose. Mais récupérer l’individu recherché, lorsqu’il est tombé dans les mains d’un mouvement rebelle engagé dans un tout autre conflit, au fin fond des montagnes du Tibesti, en est une autre ! C’est bien le dilemme des autorités allemandes qui n’ont jamais totalement cru la version algérienne officielle de l’enlèvement des touristes suisses, autrichiens et allemands, dans le Sahara, l’été dernier, et qui aimeraient bien entendre l’un des deux principaux responsables de leur séquestration, l’algérien Abderrazak El-Para (cf. Risques Internationaux, la rubrique « En bref Maghreb et Moyen-Orient » du n°12), un homme suspecté d’avoir supervisé cette prise d’otage pour le compte du groupe armé GSPC (« Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat »).

Le dernier rebondissement de cette affaire est digne d’un roman d’espionnage. Devant le peu d’empressement d’Alger à récupérer El-Para, en dépit d’interminables négociations quasi-officielles entre Alger et les rebelles du MDJT (« Mouvement pour la Démocratie et la Justice au Tchad ») une formation laïque, opposée au régime tchadien et qui aurait bien aimé se débarrasser de ses encombrants prisonniers, les autorités allemandes ont fini par craindre (non sans raison) qu’El-Para ne soit, in fine, exfiltré du Tibesti – sur ordre d’Alger – pour être purement et simplement exécuté. D’où l’idée allemande de confier aux services libyens la délicate mission d’aller récupérer, pour leur compte, à la frontière libyo-tchadienne (qui passe, notamment, dans le Tibesti, à près de 3000m d’altitude), les membres du GSPC tombés aux mains du MDJT (cela, d’ailleurs, en accord avec les responsable du MDJT, soucieux, pour conforter leur image « d’opposants respectables », d’obéir à la légalité internationale, en s’inclinant devant le mandat d’arrêt lancé par Berlin…).

Tout aurait donc pu s’arranger, si les Libyens avaient respecté leur parole donnée aux Allemands et au MDJT. Pour une raison qui reste à élucider, ce ne fut pas le cas. Mais point trop naïfs quant même, les Allemands et les rebelles du MDJT s’étaient préalablement entendus pour que le transfert des prisonniers affiliés au GSPC se déroule en plusieurs étapes. Au grand dam des services libyens (qui s’en sont offusqués lors du transfert) le MDJT ne leur a remis que deux hommes, adjoints d’El Para, mais pas El-Para lui-même. Ces deux hommes semblent avoir payé de leur vie cette arnaque algéro-libyenne, le ministre libyen de la sécurité nationale Nasser al-Mabrouk venant d’annoncer hier, qu’ils avaient été tués lors d’un accrochage à la frontière (version officielle libyenne : ces deux hommes auraient tenté de pénétrer sur le territoire libyen par la frontière tchadienne).

Le MDJT a fini par comprendre que les circonstances faisaient de lui (bien qu’il n’ait aucun lien avec l’islamisme radical international) le bouc émissaire tout trouvé des arnaques de la région, entre bases américaines sahéliennes, autorités tchadiennes et liaisons d’intérêt américano-algéro-libyennes. D’où son intention affichée d’inviter (à leurs risques et périls – il est vrai -) des journalistes de toute nationalité au Tibesti. A suivre…

Voir:

Touristes enlevés dans le Sahara et les dessous de l’affaire (act. 19.07.04)