Recrudescence du terrorisme et montée de l’islamisme

GESTION POLITIQUE DU PAYS

Recrudescence du terrorisme et montée de l’islamisme

Le Soir d’Algérie, 20 août 2008

La situation sécuritaire se caractérise par une recrudescence des attentats. Tout en maintenant la pression au centre du pays, le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC, affilié à Al-Qaïda) se redéploie dans les wilayas de l’est. Sur les plans politique et social, la situation est marquée par un retour significatif de l’islamisme religieux. Tarek Hafid – Alger (Le Soir) – Des dizaines d’actions terroristes ontété enregistrées ces dernières semaines dans différentes régions dupays. Au centre, notamment dans les wilayas de Boumerdès, Tizi-Ouzou etBouira, les actes sont quasi-quotidiens. Les premiers jours du moisd’août ont été marqués par un attentat-suicide contre la directionrégionale des Renseignements généraux à Tizi-Ouzou. Vingt-cinqpersonnes, dont quatre policiers, ont été blessées lors de cette attaqueperpétrée au cœur de la ville. Les services de sécurité ripostentquelques jours plus tard. Dans la soirée du 7 au 8 août, douzeterroristes à bord de deux véhicules sont pris en chasse par les forcesde l’Armée nationale populaire. Les éléments du Groupe salafiste pour laprédication et le combat seront tous éliminés lors d’un raid mené pardes hélicoptères. L’opération est une réussite, plusieurs responsablesterroristes font partie du groupe. Le ministère de l’Intérieur,département chargé de gérer l’information sécuritaire, annonce larécupération d’un important lot d’armes et de moyens de communication :«Sept PMAK (pistolets mitrailleurs kalachnikovs), deux fusils Seminov,un fusil à pompe, une carabine, un pistolet automatique de marqueBeretta, une grenade, un poste radio émetteur/récepteur et troistéléphones cellulaires. » Le satisfecit ne sera qu’éphémère. Dans lanuit du 10 août, un attentat kamikaze cible la brigade de la gendarmerieainsi que la caserne des gardes-côtes de Zemmouri-El-Bahri. Le bilanofficiel fait état de 8 morts et 19 blessés. Parmi les victimes, oncompte plusieurs estivants. Mais les actes ne concernent pas uniquementles wilayas de Tizi-Ouzou, Bouira ou Boumerdès. Le GSPC s’est égalementredéployé vers l’est du pays. Certains spécialistes de la questionsécuritaire estiment que ce mouvement tactique vise à «desserrer l’étau»sur les islamistes armés du Centre. C’est dans les wilayas de Jijel etde Skikda que la situation est la plus préoccupante. Ancien bastion del’Armée islamique du salut (AIS), ces régions ont été «reprises» par leGSPC. En l’espace de quelques jours seulement, plusieurs actionsd’envergure y ont été enregistrées. Le 14 août dans la localité deChekfa, le commandant du secteur opérationnel de Jijel et son chauffeurmeurent dans l’explosion de leur véhicule. Deux jours plus tard, lesforces combinées tombent dans une embuscade tendue à Oued-Zeggar, àl’ouest de la wilaya de Skikda. L’attaque fait 13 morts, dont lecommandant du sous-secteur opérationnel de Skikda. Il y a également lieude citer le cas de la localité de Aïn-Chedjra, petit village situé entreles villes de Aïn-Beïda et de Meskiana, dans la wilaya d’Oum-El-Bouaghi,qui a été le théâtre d’un faux barrage sanglant ayant coûté la vie à 4militaires. Une action des plus étranges puisque cette zone, place fortedu GIA durant les années 90, avait été sécurisée par les forcesantiterroristes. L’été 2008 a également été marqué par une montéesignificative de l’islamisme. Les signes ne manquent pas. Les agressionsdans certaines stations balnéaires sont là pour le prouver. Autreexemple : la fusillade de l’hôtel Naga de Sidi Aïssa (wilaya de M’sila).Bien qu’ayant débuté par le décès d’un sexagénaire, agressé par le filsdu propriétaire de l’établissement, cette affaire aurait été «récupérée»par certains «clans». Des sources proches du dossier évoquent uneconnexion entre des islamistes et des barons de la drogue. Ce sont euxqui seraient derrière l’attaque qui a ciblé l’hôtel Naga. Sur le planpolitique, la situation est tout aussi préoccupante. Les responsables duFIS dissous, terroristes notoires des années 90, revendiquent haut etfort la création d’un parti politique. Et de son côté, le président s’enva rendre un «vibrant hommage» à l’ayatollah Khomeiny. Le gouvernement,dirigé actuellement par un «éradico- réconciliateur», tente, quant àlui, de sauver les apparences. «L’Etat combattra inlassablement leséléments terroristes, par ses forces de sécurité appuyées par lescitoyens qui ont fait preuve de vigilance. Qu’ils sachent (lesterroristes, ndlr) qu’ils n’ont d’autre issue que de se rendre»,déclarait hier le ministre de l’Intérieur en se rendant aux Issers surles lieux de l’attentat-suicide qui a fait 43 morts et 38 blessés.T. H.