L´Algérie demande la prohibition internationale du versement de rançons

Enlèvements de personnes et terrorisme

L´Algérie demande la prohibition internationale du versement de rançons

par Mustapha A., Le Jeune Indépendant 27 mai 2004

L´Algérie a demandé officiellement que le versement de rançons, dans le traitement des cas d´enlèvements de personnes, soit «internationalement prohibé», allusion faite au versement par les autorités allemandes d´une rançon de 5 millions d´euros aux éléments du groupe du GSPC que dirigeait Abderezzak «El-Para», actuellement détenu au Tchad par le Mouvement pour la justice et la démocratie au Tchad, ravisseurs des 32 otages européens au sud du pays.

Au cours de la séance de travail, tenue mardi dernier au siège de l´ONU, du Comité du Conseil de sécurité des Nations unies contre le terrorisme, le représentant permanent de l´Algérie, Abdallah Baâli, a estimé que «les enlèvements sont un autre moyen de financement du terrorisme» en demandant, au nom de l´Algérie, de prohiber «internationalement» le versement de rançons.

Pour la libération du deuxième groupe d´otages, Berlin avait versé aux ravisseurs, rappelle-t-on, une rançon de 5 millions d´euros. Le paiement de cette rançon avait suscité alors moult réactions, notamment de la part des autorités algériennes après l´élimination, au courant de la dernière semaine de janvier, de 13 terroristes et l´arrestation de deux autres, dans la région d´In Salah, qui étaient à bord de 4 véhicules Land Cruiser (Toyota) bourrés d´armes de guerre.

L´état-major de l´ANP avait indiqué, à cet effet, que l´arsenal récupéré dans cette opération avait été acheté «grâce à l´argent de la rançon versée par un pays occidental concerné par la prise d´otages». Cet armement était à même «d´augmenter la capacité de nuisance des terroristes et faire plus de victimes parmi la population algérienne», avait indiqué l´ANP.

C´est dans ce contexte précis qu´il faut inscrire l´intervention du représentant algérien auprès des Nations unies qui pointe le doigt sur le manque de cohérence et de cohésion au sein des Etats membres du comité dans la lutte antiterroriste.

L´Algérie, qui jouit dans ce contexte d´une expérience inégalable, a montré, dans l´opération de libération des 17 otages européens, qu´il n´y avait nul besoin à la négociation avec les ravisseurs. Dans le même sens, M. Baâli a souhaité que les questions évoquées avec l´Algérie, à l´issue de la dernière visite à Alger du président du Comité des sanctions contre El-Qaïda et les Talibans, M. Heraldo Munoz, «soient prises en charge», notamment les informations fournies par l´Algérie concernant les fonds dont disposent les organisations terroristes, la soumission de noms à ajouter à la liste consolidée, l´embargo sur les armes et l´assistance.

La mission qu´a menée M. Munoz en Algérie, en Tunisie, en Espagne et au Sénégal lui a permis notamment de tirer les enseignements des expériences de ces pays dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et de comprendre leurs préoccupations dans le manque de coopération internationale.

C´est à l´issue de cette mission que le comité du Conseil de sécurité a jugé «importante» cette coopération entre les pays du Maghreb, notamment l´Algérie qui possède de nombreuses informations sur le terrorisme, et les pays occidentaux qui disposent des ressources «nécessaires» au renforcement de la lutte contre le terrorisme.

Sur ce plan, les pays du Maghreb ont, au cours de la visite du représentant du Conseil de sécurité, souligné la nécessité de lutter plus fermement contre la propagande qui est, selon eux, «parfois un problème plus grave que le financement du terrorisme».

Ce qui a obligé le représentant permanent de l´Algérie, durant cette séance de travail, à appeler la communauté internationale, plus spécialement les Etats membres du comité, à examiner d´une manière un peu particulière la question de la propagande et de l´apologie du terrorisme, en commençant d´abord à mettre fin à la distinction entre le terrorisme international et le terrorisme transnational.

Par ailleurs, il faut signaler que le Comité des sanctions contre El-Qaïda et les Talibans, créé en 1999 en vertu de la résolution 1267, a reçu déjà 126 rapports nationaux des Etats membres sur les activités terroristes, alors que quinze Etats ont expliqué, dans des correspondances, les raisons de leur retard.

Sur un autre volet, l´instance onusienne a relevé dans les approches des Etats membres une certaine confusion entre les concepts de blanchiment d´argent et de financement des activités terroristes, en déplorant, en conséquence, la rareté des informations concernant les transferts de fonds et les mesures spécifiques pour mettre en oeuvre l´embargo sur les armes.

M. A.