Le casse-tête de la protection des étrangers

Après un attentat déjoué contre un diplomate africain près de Bordj Menaïel

Le casse-tête de la protection des étrangers

Par : Rédaction de Liberte, 24 juin 2007

C’est le troisième attentat contre des étrangers en Algérie depuis l’attaque contre un bus transportant des employés de la société Brown and Root-Condor (BRC), le 11 décembre 2006 à Alger, et l’attentat à la bombe contre un autobus transportant des employés d’une société russe près de Aïn Defla en mars dernier.

L’attentat manqué contre un convoi transportant un diplomate africain jeudi dernier sur la route reliant Bordj Ménaïel à Tizi Ouzou remet sur le tapis la question de la sécurité des ressortissants étrangers en Algérie. Des terroristes ont fait exploser une bombe au passage de ce convoi, blessant un policier qui faisait partie de l’escorte du diplomate et causant des dégâts légers à un véhicule du convoi. Peu de temps après l’explosion, des artificiers des forces de sécurité ont réussi à désamorcer au même endroit deux autres bombes. C’est le troisième attentat contre des étrangers en Algérie depuis l’attaque contre un bus transportant des employés de la société Brown and Root-Condor (BRC), filiale de la Sonatrach et de la société américaine Halliburton, le 11 décembre 2006 à Alger, et l’attentat à la bombe contre un autobus transportant des employés d’une société russe près de Aïn Defla en mars dernier. L’attentat contre le bus de BRC avait fait un mort, le chauffeur du bus un Algérien, et neuf blessés : un Américain, 4 Britanniques, 2 Libanais, un Canadien et un Algérien. Un ingénieur russe a été tué, avec trois Algériens, dans l’attentat de Aïn Defla. Les deux attaques avaient été revendiquées par le Groupe salafiste pour la prédication et le combat algérien (GSPC), devenu la branche d’al-Qaïda au Maghreb.
Après ces attentats, plusieurs ambassades ont discrètement rappelé à leurs ressortissants les consignes de sécurité en vigueur depuis plusieurs années, notamment l’obligation de ne pas s’éloigner des grandes métropoles urbaines, relativement sûres, et de rester en contact avec leur chancellerie. Au lendemain des attentats à la voiture piégée du 11 avril qui avaient fait 30 morts et plus de 200 blessés à Alger et à Bab Ezzouar, les ambassades occidentales avaient lancé un avis à la prudence à leurs ressortissants. La plupart des ambassades occidentales avaient alors réduit l’activité de leurs représentations diplomatiques en Algérie et demandé à leurs ressortissants de limiter au minimum leurs déplacements.
La France avait notamment invité ses ressortissants à “la plus grande prudence”, en leur demandant de limiter leurs déplacements vers les villes par les grands axes, “les voyages par avion étant préférables”.
L’ambassade de France à Alger avait recommandé aux Français vivant en Algérie “d’éviter les déplacements répétitifs à des heures et selon un trajet fixes”. L’ambassade américaine avait, quant à elle, décidé de limiter les déplacements de son personnel au cours du week-end algérien le jeudi et vendredi.
De son côté, la Grande-Bretagne avait recommandé à ses ressortissants de limiter leurs déplacements à Alger.
Pour sa part, le ministère allemand des Affaires étrangères avait conseillé la prudence aux Allemands se rendant en Algérie car, “des attentats terroristes visant les entreprises et les ressortissants étrangers ne peuvent pas être exclus”. Mais toutes ces précautions sont-elles pour autant suffisantes pour parer aux menaces d’attentats ? Il est vrai que les autorités algériennes ont à chaque fois pris des mesures pour assurer la protection des ressortissants étrangers en imposant aux étrangers une escorte policière lors de leurs déplacements, notamment à l’intérieur du pays. Mais le problème se pose parfois lorsque des étrangers, en quête de discrétion, préfèrent être dispensés de la protection des services de sécurité, les mettant ainsi face à un véritable dilemme.
Autant dire que la sécurité des étrangers pose un sérieux problème d’autant plus que le GSPC, depuis son ralliement au réseau d’Ousamma Ben Laden, a fait savoir qu’il allait s’en prendre “aux intérêts étrangers” en Algérie. Des spécialistes des questions sécuritaires n’écartent pas que les éléments de la branche armée d’al-Qaïda au Maghreb islamique s’inspirent des méthodes qu’al-Qaïda d’Oussama Ben Laden en prenant pour cible des étrangers.

R. B.

 


Le cortège diplomatique mitraillé sur la route de Naciria

Les services de sécurité sont intervenus à temps

Par : Madjid T., Liberté, 24 juin 2007

Un ambassadeur africain a été pris pour cible, jeudi dernier, aux environs de 11h30 sur la RN12 au niveau de la localité de Chender, près de Naciria, par un groupe terroriste de l’ex-GSPC, alors qu’il se dirigeait vers Tizi Ouzou pour une mission de travail.
Le véhicule blindé de l’ambassadeur a ainsi essuyé des tirs nourris des terroristes embusqués non loin de l’autoroute, puis quelques secondes après, c’est une bombe qui explose juste après le passage de deux Toyota de la gendarmerie et de la police qui assuraient l’escorte. On déplore un policier blessé parmi les éléments de la BMPJ des Issers, alors qu’un véhicule appartenant à la délégation diplomatique a été légèrement endommagé.
Les membres des services de sécurité ont immédiatement dressé un cordon de sécurité autour du véhicule de l’ambassadeur pendant que d’autres policiers se sont chargés de réguler la circulation automobile craignant d’autres explosions.
Ils auront raison puisque deux autres engins explosifs, dissimulés dans un sac et reliés à des téléphones portables, seront découverts et désamorcés aussitôt par une équipe d’artificiers de la police dépêchée sur les lieux. Les renforts des gendarmes et de policiers affluent vers les lieux, tandis qu’une patrouille de militaires appuyés par des éléments de la BMPJ s’est mise à la poursuite des auteurs de l’attentat. Selon des témoins oculaires, une panique indescriptible s’est emparée des automobilistes, dont certains ont tenté vainement de rebrousser chemin alors que d’autres craignant pour leur vie ont préféré s’enfuir à pied, laissant leur véhicule sur place.
L’ambassadeur décide alors d’annuler son déplacement à Tizi Ouzou et revient sur Alger, laissant derrière lui un embouteillage monstre.
Il aura fallu plus de trois heures pour que la situation se normalise sur cet axe routier très fréquenté, notamment les week-ends.
Beaucoup se sont interrogés sur la manière dont ce groupe terroriste a pu être informé du passage du diplomate africain en cet endroit. On sait que les terroristes utilisent le téléphone portable pour suivre les déplacements et les mouvements de leurs cibles potentielles, mais de là à connaître l’agenda d’un diplomate, ce n’est pas à la portée de n’importe qui.
À moins que les terroristes, qui visaient les patrouilles des services de sécurité, sont tombés par hasard sur ce cortège diplomatique.
Ce qui est loin d’être évident quand on connaît l’engouement de l’ex-GSPC pour ce genre de cibles qui lui assure l’impact médiatique et le satisfecit des chefs d’al-Qaïda. Rappelons que l’attentat de Bouchaoui visant une entreprise américaine a été une occasion pour Abdelmalek Droudkel, alias Abou Moussab Abdelouadoud, de se voir décerner le label al-Qaïda.
Cet attentat sera d’ailleurs suivi quelques mois plus tard par un autre perpétré à Aïn Defla contre des ressortissants russes.
Mais l’attentat de jeudi a été déjoué grâce à la vigilance des services de sécurité qui ont acquis une grande expérience dans la prévention en la matière. Ils savaient que les terroristes utilisent désormais le “simultané” pour assurer leur coup et en même temps brouiller les pistes.
C’est pourquoi ils sont allés “cueillir” d’autres bombes sur les lieux, qu’ils ne tarderont pas à désamorcer.
On impute cet attentat à l’“émir” Bicha Abdenour dit Brahim Abou Chaïb de Ouled Aïssa qui dirige seriat Ali Bounab, dont le champ d’action s’étend de Naciria à Bordj Menaïel en passant par une partie des maquis de Sid-Ali Bounab.
Ainsi, les groupes terroristes complètement déboussolés ces derniers temps par les coups assénés par les forces de sécurité, où plusieurs “émirs” ont été éliminés dans la wilaya de Boumerdès et Tizi Ouzou, tentent de se rabattre sur les actions à moindres frais, mais à impact médiatique retentissant.

M. T.