L’affaire des otages du Sahara : Un point de vue touareg

L’affaire des otages du Sahara :
Un point de vue touareg

Abdoulahi Attayoub, 26 août 2003

La fin du calvaire vécu par les otages du Sahara, est un grand soulagement pour tous ceux qui s’intéressent à cette partie du monde et à ses habitants. Outre le fait que cette affaire comporte toujours des zones d’ombre quant à la véritable identité des preneurs d’otages, leurs réelles motivations, et le rôle qu’ont pu y jouer certains Etats de la région, elle soulève un certain nombre de questions et suscite nos inquiétudes concernant ses répercussions sur la vie des populations locales.

Pour les populations touarègues de la région, les conséquences prévisibles de cette affaire sont effectivement désastreuses, à court comme à moyen terme.

Avant toute considération, nous pouvons noter que le transfert des otages du territoire algérien vers le Nord du Mali, qui reste d’ailleurs une énigme dont les objectifs demeurent obscurs, a eu pour conséquence immédiate de donner une dimension transnationale à cette affaire et d’en étendre l’impact sur toute cette région Saharo-sahélienne.

Dans un premier temps, on pense naturellement à l’impact négatif sur le tourisme, qui représente une source importante de revenus pour nombre de familles. La prochaine saison touristique s’annonce déjà compromise, au moins en partie.

Ensuite, les déclarations, faites par certains gouvernements, comme celui de l’Algérie, indiquent clairement que cette région pourrait devenir un terrain d’affrontement pour des enjeux qui n’ont aucun rapport avec les intérêts des populations locales. Ces dernières risquent, en effet, de se retrouver prises en tenailles entre les protagonistes d’un conflit étranger à leurs préoccupations immédiates.

Enfin, il est à craindre que l’espace touareg du Sahara central et du Sahel, qui a toujours été considéré par les Etats comme une zone militaire, ne le devienne davantage. Cette militarisation a d’ailleurs toujours été perçue par les populations locales comme une manière pour les Etats de les surveiller et non de les protéger. Il faut dire que les armées de ces pays se sont souvent comportées en véritables forces d’occupation dont la mission première a été de sévir contre leurs propres populations civiles.

Aujourd’hui, on peut légitimement craindre que le Mali, l’Algérie, le Niger et la Libye ne se servent de la situation créée par cette prise d’otages pour étouffer davantage la revendication principale du peuple touareg qui est de disposer de son droit inaliénable à assurer sa survie.

L’expérience montre que toute vraie politique sécuritaire, dans la région, devrait impliquer une large participation des populations locales qui, seules, maîtrisent le terrain et sont capables d’assurer leur propre sécurité. Cela ne pourra se faire, de manière efficace et durable, que dans le cadre d’une réelle politique de régionalisation qui permettrait à ces populations de prendre en charge leur développement. Une approche qui permettrait aux régions touarègues de construire des rapports apaisés avec leurs Etats respectifs et qui pourrait désamorcer les tensions liées à la forte centralisation actuelle des pouvoirs et des décisions.

Abdoulahi ATTAYOUB
Vice-président du Congrès Mondial Amazigh
Lyon, 26 août 2003