Touristes européens disparus dans le Sahara algérien

Touristes européens disparus dans le Sahara algérien

La piste de l’enlèvement relancée…

Le Quotidien d’Oran, 19 avril 2003

Les autorités algériennes auraient localisé 11 des 31 touristes disparus dans le Sahara algérien et entamé des négociations avec les preneurs d’otages, rapporte l’hebdomadaire autrichien Profil, alors que la piste de l’enlèvement semble fédérer les observateurs.

«Des Bédouins auraient aperçu les kidnappeurs et onze otages quittant leur campement de nuit», selon l’envoyé spécial de Profil en Algérie qui ajoute que «les autorités algériennes n’ont pas utilisé le terme de preneurs d’otages pour qualifier les auteurs de l’enlèvement, afin de pouvoir mener des négociations (qui ont déjà commencé) avec eux», écrit Profil qui évoque la «livraison d’une rançon». Cette information a aussitôt été démentie par le ministère autrichien des Affaires étrangères, la qualifiant de «spéculations et hypothèses». «Chaque jour, il y a de nouvelles suppositions.

Ce sont des spéculations et des hypothèses que nous ne pouvons ni confirmer, ni exclure», dira le porte-parole du ministère, Harald Guenther. «En ce qui nous concerne, il n’y a pas de nouvelle information concernant les otages». Une attitude qui semble respecter la volonté des autorités algériennes qui auraient demandé aux pays européens dont les ressortissants ont disparu de ne pas trop spéculer et laisser l’armée algérienne «faire son travail». Quinze Allemands, dix Autrichiens, quatre Suisses, un Néerlandais et un Suédois sont portés disparus dans le triangle Ouargla (800 km au sud d’Alger), Djanet (1.700 km au sud-est) et Tamanrasset. Certains n’ont plus donné signe de vie depuis le 19 février (voir liste détaillée).

Selon Profil, les autorités algériennes négocient les conditions d’une libération des otages avec les kidnappeurs, en raison de l’attention internationale que l’affaire a suscitée. Pour l’hebdomadaire autrichien, les otages allemands auraient été séparés des 16 autres, ce qui laisse penser que l’enlèvement pourrait être dirigé contre l’Allemagne et que son objectif serait d’obtenir la libération de quatre terroristes algériens récemment condamnés dans ce pays. Or, le dernier procès d’islamistes algériens, ceux du réseau de Frankfurt, s’est soldé par l’acquittement d’un prévenu, faute de preuves, et de la condamnation de quatre autres pour tentative d’attentats contre une synagogue et un marché public à Strasbourg. Mais les spécialistes sécuritaires ne voient pas de «lien tangible» entre ces deux affaires, surtout que le groupe Belmokhtar, vers lequel se dirigent les accusations, appartient au GSPC alors que les inculpés étaient affiliés aux réseaux du GIA en Europe depuis 1996. Sur un autre plan, une solidarité entre groupes de touristes qui continuent d’affluer au Sud est en train de naître sur le net. Forums de discussions, avertissements, messages de sympathie sont diffusés par les amoureux du désert en Europe. Jean Marc Tourailles, un des animateurs du site sahariens.info propose même une «charte du voyageur saharien» en expliquant que «la disparition de cette trentaine de voyageurs est déjà un drame en soi, n’en faisons pas en plus une pomme de discorde, le durcissement des positions de chacun pouvant entraîner des conséquences graves pour l’avenir du tourisme saharien. Je ne parle pas ici seulement des intérêts financiers et sociaux des populations locales, mais aussi du préjudice pour les authentiques amoureux du désert s’ils devaient se voir interdire une certaine forme de voyage libre». Il ajoutera que cette charte non officielle pourrait servir de base aux raiders et agences de tourisme et sera proposée en août 2003 aux professionnels du Sahara. En tout état de cause, les prochaines 48 heures risquent d’être décisives dans l’optique de «négociations» avec les ravisseurs. Certaines sources évoquent même le mot «libération» et «otages» sans, pour autant, donner des indications précises.

Mounir B.