Les petites affaires du Grand sud

Edito international du 02/06/2004 RFI

Les petites affaires du Grand sud

Richard Labévière
(Photo RFI)
Numéro deux du GSPC algérien – le Groupe salafiste pour la prédication et le combat – Amara Saïfi – alias – Abderrezak el-Para – (pour parachutiste), ou encore «el-Ourassi», l’Aurassien, l’un des hommes les plus recherchés d’Algérie est libre.

Depuis quelques semaines le Para et plusieurs de ses complices étaient emprisonnés dans le nord du Tibesti, aux mains des rebelles tchadiens du MDJT – le Mouvement pour la démocratie et la justice au Tchad.

Auteur de la prise d’otages des 32 touristes européens, l’année dernière dans le Grand sud, le Para et son groupe (devenu au fil du temps plus bandit de grand-chemin que guerrier de l’islam) se sont retrouvés à la tête d’un véritable trésor de guerre puisque Berlin, Vienne et Bern avaient fini par verser une rançon de 5 millions de dollars pour la libération de leurs ressortissants. Fort de ce butin, qui attise bien des convoitises régionales, les activistes algériens ont voulu – dernièrement – acheter des armes chez les Touaregs du Tchad.

C’est une fois l’affaire conclue qu’ils ont été attaqués par les rebelles du MDJT.

En recherche de moyens logistiques et de nouvelles ressources, le MDJT tchadien a surtout cherché à se dédouaner et se démarquer des islamistes algériens, dans une région où, désormais il ne fait pas bon être associé à la mouvance djihadiste-salafiste. Les rebelles tchadiens ont alors essayé de vendre le Para aux autorités d’Alger qui n’ont montré ni empressement, ni véritable intérêt à récupérer cet homme pourtant officiellement – nous le disions – l’un des plus recherchés du pays.

Finalement, ce sont d’autres activistes du GSPC qui ont versé une rançon de 200 000 Euros aux rebelles tchadiens pour la libération du Para et de deux autres activistes algériens.

Après leur élargissement, les trois hommes ont regagné le sud Algérien – plus exactement la région de Djanet. Le Para – certes – un peu moins riche, mais libre, étrangement libre, ce sont les petites affaires du Grand sud.. où sont désormais installées les forces spéciales américaines. En effet, le Commandement des forces américaines en Europe a installé une petite base d’une capacité de quatre cents-hommes en Algérie, très exactement au sud de Tamanrasset. Cette unité des forces spéciales américaines initialement basée à Heidelberg et Munich a pour mission de former des personnels spécialisés dans la lutte anti-terroriste.

Ce centre de formation américain a déjà coordonné plusieurs opérations menées conjointement dans la zone sahélienne par les armées algérienne, malienne et mauritanienne. Les forces armées libyennes coopéreraient – semble-t-il – à cette structure anti-terroriste transfrontalière. Mais les capitales de la région ont instamment demandé aux soldats américains de ne pas trop sortir de leur base du sud-algérien AFIN d’éviter d’indisposer les populations locales, sinon d’«Irakiser» la situation… Les groupes locaux étant plutôt versés dans la contrebande et le banditisme que dans la guerre sainte et le terrorisme.

Richard Labévière
Article publié le 02/06/2004