Abderrezak El-Para offre une interview à Paris-Match

LE GOUVERNEMENT ALLEMAND A PAYE LA RANÇON SELON LE N°2 DU GSPC

Abderrezak El-Para offre une interview à Paris-Match

Le Quotidien d’Oran, 7 juillet 2004

Le n°2 du GSPC, Amari Saifi, alias Abderrezak El-Para, détenu par les rebelles du MJDT dans le Tibesti est devenu, depuis jeudi, la star du magazine Paris-Match auquel il s’est confié. Aligné dans la rubrique des vedettes de cinéma et du football, le terroriste kidnappeur trône comme le dernier produit «marketing» des laboratoires du show-business.

Contredisant les propos du ministre allemand des Affaires étrangères, El-Para a révélé qu’une rançon lui a été versée pour la libération des 14 otages dans la région de Kidal, le 18 août 2003. Le montant n’a pas été révélé, parce que ce secret faisant partie des négociations, estimé par les spécialistes à près de 5 millions d’euros, l’»émir» régional du GSPC a toutefois expliqué à quoi elle a servi: achats de vivres, d’armes et de munitions.

Cette sortie par le biais du magazine des vedettes et du show- biz répond à la stratégie du MJDT consistant à inviter la presse internationale pour convaincre le monde, qu’il détient le terroriste le plus recherché et d’un autre côté passer l’éponge sur l’étiquette de rebelle et dangereux groupe lié à El-Qaeda dont l’a affublé le régime de N’Djamena.

Rabroué par les différents pays sollicités, au moins pour une médiation, y compris par son ancien soutien, la Libye, le MJDT tente d’imposer son image et de faire parler de lui, et partant de sa cause à travers les médias et éventuellement une reconnaissance des gouvernements qui poursuivent le terroriste. cela intervient après l’échec des négociations conditionnées par une descente dans le Tibesti en territoire tchadien, de la tentative de «vente aux enchères» de l’otage, selon le porte-parole du département d’Etat Richard Boucher et les menaces libyennes d’intervenir militairement dans le Tibesti, si les rebelles ne remettent pas les éléments capturés. Pressé par les Etats-Unis de le remettre en priorité à Alger, par l’Allemagne qui le revendique, Alger qui «jure» de le juger, ce petit «coup» du MJDT risque de ne trouver aucun écho. Sauf, peut-être celui d’être entendu comme une autre manoeuvre de desserrer l’étau «médiatique» et le silence qui suit chacune de ses tentatives d’occuper une scène trop ample pour lui, le groupe minoritaire «fieffé» et cantonné dans le Tibesti.

Allongé dans une grotte, dans un habit traditionnel, poings menottés, Paris-Match fait du terroriste une nouvelle race de star dans un décor hollywoodien. La recherche du sensationnel semble avoir pris le pas sur les questions sécuritaires pour Paris-Match qui offre une vitrine pour le MJDT qui se dédouane devant l’opinion internationale. Paradoxalement, cela intervient au moment où les forces françaises ont pris position à la frontière sud du Tchad et sont prêtes à intervenir dans le Darfour au Soudan, que le magazine français «sort» le scoop.

Au-delà de la quête du sensationnel qui est le principe fondateur de ce magazine, une question se pose: quel intérêt a un magazine du monde des stars à aller interviewer un chef terroriste dans le désert? Dans quel but? Depuis l’élimination de Nabil Sahraoui, «émir» du GSPC et ses principaux lieutenants, en juin dernier, dans la région

d’El-Kseur à Béjaïa, les regards se sont fixés sur El-Para, le n°2, détenu par le MJDT dont la remise à Alger devait signer la fin du groupe salafiste, totalement décapité. Par ailleurs, Paris-Match offre au terroriste le plus dangereux, selon l’acception américaine, l’occasion de «se médiatiser», alors qu’il est détenu et recherché pour des crimes terroristes. Occasion également d’embarrasser le gouvernement allemand sur sa manière d’agir pour libérer les 14 otages.

Les risques de brouille suite aux révélations d’El-Para ne sont pas à écarter.

Cela peut, également, se retourner contre le MJDT qui aura, désormais, fort à faire pour se disculper des accusations américaines, le soupçonnant de liens avec le terrorisme islamiste. Ce n’est sans doute pas en accordant l’autorisation ou leur bénédiction à Amari Saifi pour intervenir dans la presse, que les rebelles prouveront le contraire.

Djilali B.

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