Guerre secrète autour d’Abderezak El-Para

Le MDJT donne jusqu’à janvier 2005 à Berlin et Alger pour récupérer l’émir salafiste

Guerre secrète autour d’Abderezak El-Para

L’affaire Abderezak El-Para se complique. Alors que le GSPC vient de diffuser un communiqué s’attaquant au MDJT tchadien qui détient l’émir salafiste, le président du mouvement rebelle tchadien donne un ultimatum aux Algériens et aux Allemands, jusqu’à début 2005 pour récupérer El-Para. Et ceci alors que les Allemands seraient prêts à «acheter» le ravisseur des touristes allemands enlevés en 2003.

Le communiqué n°25 du GSPC, signé par le nouvel émir, Abdelmalek Droukdel, alias Abou Mossab Abdelouadoud, s’en prend violemment au MDJT tchadien qu’il accuse d’être une «organisation criminelle» et d’être à la solde des «services de renseignements français». «Le MDJT doit libérer Abderezak immédiatement et sans conditions sinon il sera exposé à une vengeance à la mesure de son crime», indique le GSPC qui ajoute qu’il est déterminé à: «rendre deux coups pour un coup en gardant, pour nous, la manière de riposter et le timing».

L’émir Droukdel, proche d’Abderezak Abou Haider depuis qu’il a fait ses «classes» en tant qu’artificier avec Okacha El-Para, a mis en cause les services français «responsables de sa détention» en soulignant que: «le MDJT vient de déclarer la guerre au groupe salafiste en agressant un de ses symboles et de son commandement en sachant qu’ils n’ont aucun intérêt à le détenir». La réaction tardive du GSPC, quant à la détention d’El-Para est justifiée par les Salafistes par le fait que: «les conditions difficiles traversées par le groupe salafiste nous ont empêchés de nous exprimer», faisant certainement allusion à l’élimination des principaux émirs du GSPC, le 18 juin dernier à El-Kseur dont l’ancien émir, Nabil Sahraoui alias Mustapha Abou Ibrahim.

Les menaces du GSPC contre le mouvement rebelle tchadien ont fait réagir le porte-parole MDJT, Aboubakr Radjab Razi, contacté à Paris, qui a déclaré au «Quotidien d’Oran» que: «ce sont-là des menaces intempestives. Nous avons pris la décision de rendre publique la capture d’El-Para et nous assumons ce choix» avant de préciser que le MDJT: «n’est pas aller chercher El-Para en Algérie mais qu’il est entré dans notre territoire, au Tibesti, et on ne cherche pas à polémiquer avec le GSPC car nous ne partageons rien avec eux et nos objectifs divergent».

Le GSPC qui possède encore un groupe de 35 membres disséminés dans le Sahel, entre le Niger et le Mali, n’a pas l’habitude de lancer des menaces en l’air mais le MDJT ne croit pas en une possibilité d’action armée contre leur base au Tibesti, au nord du Tchad: «Les Salafistes ne sont pas en mesure de nous attaquer. Ils peuvent s’agiter au Mali ou au Niger mais nous ne craignons rien de la part du GSPC».

Quant aux accusations portées par les Salafistes indiquant une collusion entre la DGSE française et le MDJT, le mouvement rebelle indique que: «les Français ne nous ont pas aidés. Le MDJT n’est pas une création française et on ne demande pas le label du GSPC pour pouvoir exister».

Ce chassé-croisé entre le GSPC algérien et le MDJT tchadien dissimule mal les enjeux qui entourent l’affaire El-Para et qui a connu des rebondissements secrets, ces dernières semaines. D’abord, le 11 octobre dernier, le colonel Hassan Abdallah Mardegue, président du MDJT, a fait un discours dont le «Quotidien d’Oran» possède une copie, à Zoumri, baptisée zone libérée du Tchad, dans lequel il lance un ultimatum aux pays intéressés par la récupération d’Abderezak El-Para: «en étroite concertation avec le bureau exécutif du mouvement, nous avons décidé, si aucune volonté réelle et sincère pour récupérer ces prisonniers ne se manifeste pas jusqu’au 1er janvier 2005, de prendre des mesures irréversibles à propos de cette affaire. Nous avons bien voulu apporter notre modeste contribution dans la lutte contre la négation de l’humanité, mais hélas, on constate, amèrement, que la lutte contre le terrorisme a du plomb dans l’aile».

Le colonel Mardegue, qui était l’ancien chef des services de renseignements militaires sous Hissen Habré, accuse également la Libye d’avoir une main dans la manipulation du GSPC dans la région: «le MDJT ne s’est pas arrêté à une justification verbale mais malgré le différend qui l’oppose à la Libye (le MDJT accuse Tripoli d’avoir fait assassiné Youssouf Togoimi, fondateur du MDJT. NDLR), a remis deux prisonniers aux Libyens afin qu’ils soient remis à la justice d’un pays tiers. Et comme il fallait s’y attendre de la part de la Libye, cette dernière n’a pas remis ces prisonniers au pays demandeur. Sans doute la Libye a voulu ainsi éviter que sa collusion avec les terroristes algériens ne soit mise à jour». On ignore si les deux adjoints d’El-Para, Billal et Okba, ont été liquidés ou remis à un pays tiers. En substance, le MDJT est résolu à rendre El-Para. Reste à savoir quelle est la contrepartie et à qui? Si la logique veut que le mouvement tchadien est disposé à livrer Abderezak El-Para à Alger, rien ne dit que les transactions menées actuellement en France, à Libreville ou à Berlin soient destinées à le rendre aux Algériens. Selon des sources de l’opposition tchadienne à Paris, le MDJT a contacté l’ambassadeur allemand en France pour négocier une remise d’El-Para à Berlin, via un pays tiers. La récente tournée de Gerhard Shrödoer en Libye et en Algérie devait permettre à la diplomatie allemande, accusée d’avoir financé les Salafistes à travers l’argent de la rançon estimée à 5,6 millions d’euros, de récupérer El-Para. Ce dernier joue le jeu puisque s’il a reconnu sur France 2, qu’une rançon a bien été versée par l’Allemagne pour récupérer ses 17 otages kidnappés dans le Sahara algérien, il a refusé, malgré sa captivité, d’en dévoiler le montant. Le MDJT sait qu’Abderezak El-Para vaut son pesant d’or et qu’il intéresse davantage Berlin, qu’Alger. Les Allemands ne seraient pas mécontents de récupérer El-Para, le juger à Karlsruhe, qui a diffusé le mandat d’arrêt international contre lui, pour que l’ancien émir de la zone 5 ne dévoile les dessous des transactions entre le BND (Services secrets allemands) et le GSPC menée à travers l’antenne de Bamako. Seule ombre au tableau à ce plan, l’attitude des Américains qui ont fait savoir soit par le général Wald, le coordinateur antiterroriste, Cofer Black ou le département d’Etat américain, que l’idéal est que l’Algérie récupère El-Para «dans les meilleurs délais» et qu’elle le juge. Le MDJT est accusé par diverses sources de faire du porte-à-porte pour livrer El-Para, sinon le vendre, accusation qu’ils renient: «c’est archifaux», disent les membres du bureau exécutif du mouvement tchadien qui ne veulent pas organiser une «livraison» du terroriste algérien via le Niger.

Le MDJT se contentant de dire aux autorités algériennes selon le Dr Brahim Tchouma, de «venir le chercher au Tibesti», en plein territoire tchadien au moment même où le Président Bouteflika reçoit le ministre tchadien de la Défense qui participait à la conférence africaine de lutte antiterroriste. Infaisable.

Mounir B.

 

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