L’énigme El Para

Relâché contre une rançon ou encore en captivité ?

L’énigme El Para

Le Matin, 7 juin 2004

Au moment où le GSPC multiplie les attentats à travers le pays, des informations contradictoires circulent sur le sort de son chef de la région du Sud Abderazak El Para. Jusqu’à présent, on ne sait pas avec certitude si ce terroriste est encore entre les mains du Mouvement pour la démocratie et la justice tchadien (MDJT) ou s’il a été libéré contre une rançon payée par le GSPC. Le silence des autorités algériennes, des pays frontaliers comme le Mali ou le Niger et des pays qui ont lancé un mandat d’arrêt international contre lui à l’instar de l’Allemagne, sur cette question renforce la polémique. Seul le MDJT s’ouvre aux médias, mais en ne faisant que renforcer le doute sur le véritable sort d’El Para, les déclarations de ses différents responsables ne se recoupant pas. Auteur du kidnapping des 32 touristes européens dans le sud de l’Algérie en février 2003, El Para, de son vrai nom Amari Saïfi, a été capturé en compagnie de 7 de ses acolytes, fin mars dernier, par le MDJT opérant essentiellement dans la région du Tibesti. Mercredi dernier, Radio France internationale (RFI), citant des sources sûres, a annoncé sa libération contre une rançon de l’ordre de 200 000 euros. Selon cette radio, le MDJT a accepté de monnayer la libération du numéro deux du GSPC après avoir constaté le peu d’empressement des autorités algériennes à récupérer ce chef terroriste et après que les discussions avec les gouvernements allemand, malien, libyen et nigérien n’ont abouti à rien de concret. Le journal Le Monde dans son édition du 26 mai dernier évoque l’embarras de certains pays à l’égard de cette affaire. Sous la plume de Rémy Jean-Philippe, il titre « El Para, le chef islamiste dont personne ne veut ». Ce quotidien affirme que Brahim Tchouma, chargé des affaires extérieures de la rébellion tchadienne à Paris, s’est déplacé à Alger pour négocier avec les autorités algériennes la livraisonde ce prisonnier encombrant. Le Monde rapporte que le MDJT a proposé à Alger « ses pistes d’atterrissage et ses bases de Tibesti pour organiser cette extradition ». La source du journal français ajoute que l’Algérie a exigé qu’El Para lui soit livré sans qu’elle n’ait à déployer des moyens. L’interlocuteur du Monde réplique que la cause du mouvement auquel il appartient,
« c’est de libérer le Tchad, pas de transporter des terroristes ». Quelques jours après, Brahim Chouma revient à la charge et dément la libération du numéro deux du GSPC contre une rançon. Dans son édition d’hier, le journal arabophone El Khabar croit savoir qu’El Para est toujours captif du MDJT au Tibesti. Dans un entretien accordé à ce journal, Brahim Tchouma déclare que l’information rapportée par les médias français est « loin de la réalité des contacts avec les autorités algériennes », sans s’étaler sur le contenu de ces discussions. Il ne nie pas le fait que des journalistes français se sont entretenus avec des membres du MDJT, mais pense qu’ils ont été induits en erreur. Citant le New York Times et une agence de presse américaine ayant certifié qu’El Para a été remis récemment aux autorités algériennes, ce responsable déclare que ces « informations ne sont pas vraies », et que le MDJT a juste déplacé le prisonnier dans un endroit non loin des centres de ses détentions. Contacté hier, Richard Labévière, chroniqueur de RFI et spécialiste du financement de l’Internationale terroriste, maintient que les informations données par sa chaîne sont authentiques et qu’elles émanent de sources crédibles et recoupées. L’une des sources citées par RFI est justement le responsable du MDJT à l’extérieur, en l’occurrence Brahim Tchouma. « Je confirme qu’il y a eu versement d’une rançon contre la libération d’El Para, la médiation par le biais du Niger ayant échoué. Il est normal que le MDJT démente cette information parce qu’il est gêné de recourir à un tel procédé », nous déclare Richard Labévière. Sur ce point encore, Brahim Chouma nage à contre-courant en soutenant que les négociations entre le MDJT, l’Algérie et le Niger sont encore en cours pour permettre la livraison du numéro deux du GSPC sans « violer les règles du droit international ». Le vice-président du MDJT à l’étranger, Mahamat Mahdi, dans un entretien daté du 27 mai accordé à Liberté, a pourtant affirmé que son mouvement était dans l’incapacité de répondre favorablement à la demande algérienne de livrer le prisonnier et ses acolytes à la frontière nigérienne : « La zone entre le Tibesti et la frontière algérienne est très dangereuse et il nous est impossible d’envoyer des prisonniers dans de bonnes conditions de sécurité. » Revenant sur la capture d’El Para, Mahamat Mahdi affirme que son organisation a agi de la sorte pour deux raisons : la première est qu’il a pénétré avec un groupe composé de 7 personnes la région du Tibesti contrôlée par lui et, ensuite, pour prouver qu’il n’a aucune connivence avec les groupes terroristes. « Nous sommes des laïcs et nous sommes hostiles aux terroristes. Nous avons décidé de livrer ces personnes à l’Algérie pour qu’elles répondent de leurs actes devant la justice », déclare-t-il. Donc le MDJT n’a, du moins au début, à aucun moment été intéressé par des dividendes. Parmi le peu de personnes qui se sont exprimées sur le sort d’El Para, qui dit vrai ? Si cette affaire n’a pas encore révélé toutes ses zones d’ombre, il demeure pas moins que le GSPC dispose encore d’un important maquis salafiste dangereux non seulement pour l’Algérie, mais aussi pour tous les autres pays frontaliers. Selon certaines sources, si les Américains envisagent d’installer des bases militaires dans la région du Sahel, considéré comme le futur Afghanistan, c’est justement pour mettre hors d’état de nuire le groupe de ce chef terroriste.
Nissa H.