Un pacte entre la maffia de la cigarette et les terroristes

Un réseau très organisé

Un pacte entre la maffia de la cigarette et les terroristes

Le Quotidien d’Oran, 3 avril 2005

Le trafic de cigarettes se porte bien. Les dispositifs mis en place par les services de sécurité ne peuvent venir à bout d’un réseau très organisé et qui jouit, selon des sources sécuritaires, du soutien de Mokhtar Belmokhtar, l’émir régional du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC).

En dépit de l’interdiction de l’importation de cigarettes étrangères encore en vigueur en Algérie, les vendeurs de tabac ne trouvent aucun mal à s’approvisionner. Et pour cause, une grande partie des Marlboro, Gauloises et autres American Legend ne viennent pas d’outre-mer mais des fins fonds du Mali, du Niger et de Mauritanie. Les services en charge de ce dossier s’interrogent sur les propriétaires des usines africaines de fabrication de cigarettes. Le tabac étant assez rare dans ces pays, il est difficile de croire qu’ils ne bénéficient pas d’un appui étranger, notamment, estime-t-on, de la part des grands producteurs de cigarettes qui pourraient, grâce à cette formule, échapper au fisc.

Cependant, l’acheminement des cigarettes vers les revendeurs ne se déroule pas sans encombre. Les contrebandiers profitent de l’immensité du désert algérien (5.754 km2) et de la présence des terroristes du GSPC pour acheminer leur marchandise.

Selon des sources bien informées, les contrebandiers ont conclu récemment un pacte de non-agression avec le GSPC. Le groupe de Mokhtar Belmokhtar sécurise ainsi le passage pour les contrebandiers; il leur indique même les chemins qu’ils doivent emprunter moyennant des quotes-parts et du carburant.

Il y aurait également des connexions entre les trafiquants de drogue et la contrebande de cigarettes. Les services de sécurité ont, en effet, remarqué que les trafiquants de drogue qui transportent leur marchandise via la Libye ne rentrent jamais les mains vides. Au retour, leurs camions sont chargés de cartons de cartouches de cigarettes.

Certains transporteurs de marchandises sous-traitent également avec les barons du trafic de cigarettes. Les éléments de la Gendarmerie nationale ont intercepté, à maintes reprises, des camions de marchandises ayant sous les toitures un nombre impressionnant de cartouches de cigarettes.

Mais les contrebandiers ont trouvé récemment une nouvelle astuce pour transporter leur marchandise: les camions-citernes. Les éléments de la Gendarmerie nationale ont en effet saisi, jeudi dernier à Biskra et M’sila, une quantité importante de cartouches de cigarettes à bord de quatre camions, dont deux camions-citernes. Les barons des cartouches de cigarettes sont généralement situés à Ouargla.

Il est à signaler, par ailleurs, qu’une bonne partie des cartouches de cigarettes trafiquées arrive via le port d’Alger. Les réseaux de trafic de cigarettes étant également très répandus en Europe, la douane a intercepté en décembre dernier près de 100.000 cartouches.

Le nombre de saisies effectuées par les éléments de la Gendarmerie nationale est également en constante hausse. Il est passé de 35.701 cartouches saisies en 2002 à 45.606 en 2004, et à 91.705 les deux premiers mois de l’année en cours. Le phénomène prend de telles proportions dans notre pays que même les cigarettes Rym sont imitées.

Les services qui se chargent de ce dossier estiment que ce problème se poursuivra tant qu’il n’y aura pas d’autorisation d’importation des cigarettes étrangères. En plus de la qualité suspicieuse des cigarettes contrefaites, des milliards de dinars échappent au contrôle de l’Etat.

Amel Blidi