La Libye veut récupérer Abderrezak El-Para

Lançant un ultimatum au mouvement rebelle tchadien :

La Libye veut récupérer Abderrezak El-Para

par Zouaoui M. , Le Jeune Indépendant, 10 juillet 2004

La Libye a lancé un ultimatum aux rebelles du Mouvement de la justice et la démocratie au Tchad (MJDT) pour qu’il lui livre les terroristes du GSPC, dont Amari Saïfi, alias Abderrezak El-Para, qu’il détient depuis mars dernier, faute de quoi elle engagerait des représailles militaires.

C’est ce qu’a affirmé le porte-parole du MJDT dont les propos ont été rapportés, avant-hier, par des agences de presse. «Les services secrets libyens nous ont donné 48 heures pour qu’on leur remette les prisonniers salafistes, encore entre les mains du MDJT, faute de quoi nous subirons les foudres des forces libyennes», a déclaré Aboubakar Radjab-Dazi, sans préciser quand cet ultimatum a été formulé par les Libyens.

Il s’est contenté d’indiquer que l’ultimatum a été communiqué par les services secrets libyens par téléphone satellitaire au président du MDJT, Hassan Abdallah Merdigué. Cet ultimatum interviendrait au lendemain de l’annonce par Tripoli de l’élimination par ses forces de sécurité de deux terroristes du GSPC dans un accrochage à la frontière tchadienne en fin juin dernier.

Le porte-parole du mouvement établi en France a fait savoir que le MJDT n’a aucune intention de respecter cet ultimatum, précisant que les Libyens ont l’habitude de proférer de telles menaces sans les mettre à exécution. «C’est quotidien.

Pour un oui, pour un non, les Libyens nous menacent.» Toutefois, le responsable rebelle n’écarte pas une action de l’armée tchadienne contre son mouvement, basé au Tibesti, un massif désertique et montagneux de l’extrême Nord tchadien, qui serait appuyée par l’aviation libyenne.

Le mouvement rebelle a, d’autre part, fait état de mouvements de troupes de l’autre côté de la frontière avec la Libye, ainsi que de mouvements similaires dans l’armée tchadienne. En dépit de ses menaces, le mouvement a fait savoir qu’il ne remettrait aucun membre du GSPC à la Libye.

Pour le MJDT, la Libye devait jouer un rôle de médiateur avec les pays tiers qui réclament la tête d’Abderrezak El-Para, mais n’a pas respecté son engagement. Le MDJT qui affirme détenir tenir une vingtaine d’éléments du GSPC, dont leur numéro un du groupe, avait fait savoir qu’il avait entrepris des contacts avec plusieurs pays impliqués dans la lutte contre le terrorisme, dont l’Algérie, les Etats-Unis et l’Allemagne.

Il avait d’ailleurs annoncé avoir remis, lundi dernier, deux éléments du GSPC à la Libye qui devaient servir d’intermédiaire et les remettre à son tour à «un pays tiers», sans le citer, qui réclamait ces deux hommes. Le MJDT n’avait pas précisé l’identité des deux hommes de même que les Libyens.

L’implication de la Libye dans la traque du GSPC intervient au moment où des experts militaires américains avaient entamé la formation de militaires tchadiens à la lutte contre le terrorisme dans le grand désert dans le cadre de l’initiative Pan-Sahel lancée par le département d’Etat américain destinée à battre la route à l’organisation El-Qaïda soupçonnée d’utiliser cette région comme rampe de lancement de ses attaques contre les intérêts occidentaux.

Les autorités libyennes ont, dès lors, annoncé la couleur en soutenant qu’elles participaient aux efforts de lutte contre le terrorisme international. Longtemps mis au banc des accusés par l’Occident comme étant un Etat alimentant «le terrorisme international», la Libye, connue autrefois pour ses soutiens aux mouvements et organisations de libération, a changé de fusil d’épaule depuis sa décision de mettre fin à son programme nucléaire et d’ouvrir une nouvelle page avec l’Occident.

Z. M.