Une libération dans la confusion

AFFAIRE DES OTAGES DETENUS PAR LE GSPC

Une libération dans la confusion

Le Quotidien d’Oran, 19 août 2003

Jusqu’au bout, la confusion aura marqué l’affaire des otages du Sahara. Finalement regroupés, les 14 otages européens, détenus depuis 5 mois par le GSPC, ont été libérés et transférés par avion médical vers Gao.

Iyad Ag Aghaly, le négociateur targui, aura réussi, en l’espace de 23 jours, à convaincre les ravisseurs salafistes, avec à leur tête Abderezak El-Para, de libérer des otages au bout d’un cauchemar qui a mobilisé une dizaine de gouvernements, services spéciaux, armées et opinions publiques. Les touristes, éparpillés par petits groupes dans le désert de Kidal, de crainte d’une opération militaire, ont été difficilement regroupés dans le village de Tessalit à cause de mauvaises conditions météorologiques, pour être acheminés vers Bamako dans un airbus médicalisé de l’armée allemande, avec à son bord le secrétaire d’Etat allemand aux Affaires étrangères, Juergen Chrobog, l’homme qui gère le dossier en Allemagne.

Même s’il est encore trop tôt pour déterminer la teneur des négociations entre les salafistes et les Allemands, via le gouvernement malien et le médiateur Aghaly, les conditions réelles de cette libération demeurent inconnues. «Tous les problèmes ont été évacués», a indiqué une source proche de la médiation, sans pour autant expliquer ce que cela suppose.

Trois conditions majeures ont été posées par les ravisseurs et le tout est de savoir si elles ont été remplies. D’abord la rançon. Abderezak El-Para exigeait 64,4 millions d’euros au gouvernement Schröder, soit 4,6 millions d’euros par otage. Les observateurs ont trouvé cette rançon excessive, d’autant plus qu’elle n’a pas été suffisamment réfléchie par les ravisseurs, notamment sur les voies de paiement. Abderezak El-Para négociait au nom du GSPC et, de ce fait, il avait récemment demandé à «contacter sa base», soit le QG de Hassan Hattab avec son téléphone satellite. Si l’opération a été coordonnée par Abou Hamza, les salafistes disposent de suffisamment de relais en Europe et de comptes bancaires pour assurer un virement sans risque. Les Allemands, malgré leurs réserves, étaient disposés à payer la rançon depuis le début des négociations entamées au Mali. Les Algériens avaient refusé de jouer les intermédiaires et s’en tenaient à un refus catégorique de parler avec les salafistes. Ensuite, le lieu de repli. Les ravisseurs, au nombre de 25 terroristes, avaient formulé le voeu de demeurer dans la région de Kidal et de vivre sur place.

Ils ont exclu un retour en Algérie où leurs jours seraient comptés. Cette condition a été rejetée par les habitants de la région, essentiellement des Touarègues, qui se disent incommodés par la présence encombrante de ces «invités». La région de Kidal, dont l’économie informelle et le commerce de première nécessité dépendent des villes de Tamanrasset et Bordj Badji Mokhtar, en Algérie, craignent que les autorités algériennes ne bloquent ces transactions, vitales pour une ville de 70.000 habitants, tant que les éléments du GSPC y trouvent refuge.

L’hypothèse vaut également pour le président malien, Touré, qui, malgré les assurances allemandes, ne pourrait pas se mettre à dos son allié du Nord. Si l’on ajoute les tensions que peut provoquer, à long terme, la sédentarisation d’éléments islamistes dans une zone travaillée par la rébellion, les conflits ethniques, le tribalisme islamisé et le trafic d’armes, cette condition devient quasi non négociable.

Enfin, la sécurité des ravisseurs. Abderezak El-Para, dont le salut était lié au maintien en détention des 14 otages, gage de sa survie, voulait des garanties quant à sa sécurité et celle de ses hommes. Sur ce plan, les Allemands ne peuvent logiquement négocier d’Etat à Etat, avec Bamako ou Alger, pour que les charges retenues contre les ravisseurs soient abandonnées. Les salafistes redoutaient qu’aussitôt le marché conclu, ils ne soient poursuivis par des forces combinées de l’armée algérienne au Nord, des forces maliennes au Sud, ainsi qu’une aide tactique et logistique des 15 agents de la BND allemande (services secrets), qui ont installé un QG dans la région de Gao.

De toutes ces conditions, aucune ne semble être vraisemblablement remplie, alors que les 14 otages ont bel et bien été libérés et pas pour des raisons strictement humanitaires. Le tout est de savoir comment.

Mounir B.