Touristes otages: Kadhafi actionne les services secrets libyens

AFFAIRE DES 15 TOURISTES OTAGES DU GSPC

Kadhafi actionne les services secrets libyens

Le Quotidien d’Oran, 8 juillet 2003

L’affaire des 15 otages européens détenus par le GSPC dans le Sahara algérien semble avoir basculé dans les coulisses des officines de renseignements et les tractations diplomatiques secrètes. Et à ce jeu, le gouvernement libyen de Muammar Kadhafi déteint, probablement, les clefs de la libération.

Alors que des informations contradictoires font état du déplacement du groupe de ravisseurs de la région de Tamelrik, au nord d’Illizi, vers les frontières libyennes, à travers Bordj Omar Idriss et le point de passage d’El-Borma, des sources sécuritaires algériennes indiquent que les otages sont toujours «détenus dans le massif montagneux de Tamelrik» sans «aucun mouvement vers la Libye».

Le quadrillage de la zone à 110 km au nord d’Illizi par les unités militaires algériennes est tel que les ravisseurs ne peuvent se dégager de cet étau qu’après un règlement au niveau diplomatique. Or, Berlin semble davantage fonder ses espoirs sur une éventuelle médiation libyenne que sur une coopération réelle avec Alger. Sur ce plan, les services de sécurité sont catégoriques: il n’y aurait pas d’avions espions allemands dans le ciel d’Illizi. La difficulté pour Berlin qui a 10 otages retenus depuis 135 jours, ainsi que Berne (4 otages) et La Haye (1 otage), est d’entrer en contact avec les ravisseurs qui n’auraient pas de moyens de communication avec l’extérieur. Les trois Etats européens seraient disposés à payer une rançon qui va de 15 à 20 millions d’euros aux ravisseurs qui devraient accepter les propositions libyennes qui consistent en un versement en territoire libyen, une assurance de non extradition vers l’Algérie et un changement d’identité ainsi qu’une protection officielle de Tripoli.

Sur tous ces aspects, Alger pourrait être favorable à en croire la dernière déclaration du président Bouteflika à Vienne indiquant qu’il laissera «une porte de sortie» aux ravisseurs. Tripoli étant tout indiqué depuis que le président algérien s’est rendu, durant 7 heures, auprès du guide de la révolution libyenne, Muammar Kadhafi, le 15 mai dernier, lors d’une visite à bord d’un Glam comprenant une délégation réduite, dont des officiers du DRS, et qui n’a pas été annoncée officiellement.

Ce déplacement qui visait à préparer une éventuelle retraite des ravisseurs dans le sanctuaire libyen, était motivé également par les informations alarmantes faisant état de déplacements de groupes terroristes algériens le long des frontières communes sans que l’armée libyenne s’en émeuve.

Alors que le black-out autour de cette affaire persiste du fait de la complexité de l’opération, que peuvent faire les Libyens ? Muammar Kadhafi a besoin de réussir à solutionner cette affaire des otages depuis que son fils, Seif El-Islam, a déclaré, publiquement, à Berlin que la Libye était disposée à faire la médiation. L’avantage pour les Allemands est que les tractations sur ce genre d’affaires n’est pas nouveau puisque le chancelier Schröder avait déjà eu à tester l’efficacité des Libyens dans l’affaire des otages de Jolo aux Philippines qui avait abouti à la libération de 6 otages, dont 2 Allemands, par le groupe Abou Sayyaf. Schröder avait, alors, délégué le secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, Christoph Zoepel, pour coordonner avec le négociateur libyen, Rajab Azzarouk, membre des services secrets libyens, spécialiste de l’islamisme, dont on pourrait retrouver la trace avec l’affaire des 15 otages. La fondation de Bienfaisance Kadhafi avait négocié une remise de rançon dont le montant n’a jamais été divulgué. Mais Tripoli veut absolument réussir une autre médiation alors que l’Italie l’accuse d’être une «passoire» de l’immigration clandestine vers l’Europe, selon le mot du MAE italien le qualifiant d’un pays «où tout le monde entre et d’où tout le monde part».

Si Alger accusait, récemment, la Libye, sa permissivité aux frontières terrestres, Rome l’accuse, pour sa part, de ne pas maîtriser la mafia et les contrebandiers qui utilisent les frontières maritimes communes pour déverser des bateaux entiers d’immigrants clandestins vers les côtes de Sicile et des îles de Lampedusa. Réponse: la Libye n’est pas en mesure de contrôler la totalité de ses frontières côtières ou terrestres. En d’autres termes, l’armée libyenne n’a pas les moyens en matériel militaire de surveiller ses côtes et ses frontières désertiques à cause de l’embargo qu’elle a subi suite à l’affaire Lockerbie. Plus explicitement, Tripoli brandit les mêmes arguments qu’Alger pour accélérer les recherches sur les otages européens.

En définitive, les services secrets libyens sont tentés de jouer la carte de la médiation au profit de la nouvelle réputation de leader «fréquentable» de Kadhafi avec le consentement de Berlin et d’Alger. Le leader libyen, qui vient de limoger l’inamovible ministre des Affaires étrangères, Abdesselam Triki, à la tête de la diplomatie depuis 25 ans, s’est entouré de spécialistes du renseignement qui travaillent d’arrache-pied sur cette affaire des touristes sous la supervision du chef des renseignements libyens, Moussa Kousa.

Mounir B.