Le Tchad provoque un incident diplomatique avec Algérie

L’Affaire Abderezak El-Para se complique

Le Tchad provoque un incident diplomatique avec Algérie

Le Quotidien d’Oran, 20 juillet 2004

Le MDJT a fini par mettre le feu entre Alger et N’Djamena. Alors que le ministre des Affaires étrangères, Abdelaziz Belkhadem a démenti tout contact avec le mouvement rebelle tchadien qui détient l’»émir» salafiste Abderrezak El-Para, le gouvernement tchadien a convoqué l’ambassadeur d’Algérie à N’Djamena.

Ainsi, le ministre tchadien de la Communication, Moctar Wawa Dahab, qui assure l’intérim de son collègue des Affaires étrangères absent, a convoqué lundi, l’ambassadeur d’Algérie à N’Djamena pour lui signifier la «désapprobation» du Tchad au sujet des négociations engagées entre Alger et la rébellion du MDJT, a rapporté l’AFP, de source officielle tchadienne.

N’Djamena, étant convaincue que les Algériens discutent directement avec les rebelles tchadiens a indiqué que: «nous avons convoqué l’ambassadeur d’Algérie au Tchad pour lui signifier notre désapprobation et notre surprise face à cette attitude inamicale».

C’est la première fois que le gouvernement tchadien s’exprime sur l’affaire d’Abderezak El-Para alors que le chef terroriste est détenu, sur son territoire, quoique incontrôlé et sous l’autorité de mouvements de rébellion du Tibesti dont le MDJT. N’Djamena qui refuse de reconnaître le MDJT est courroucée par l’attitude algérienne: «nous protestons contre cette manière de faire, surtout de la part d’un pays ami avec qui nous entretenons des bonnes relations (…) Il est inadmissible qu’un pays ami puisse traiter, sur notre dos, avec une opposition armée».

La colère tchadienne n’est pourtant pas argumentée par des faits avérés. Est-ce que N’Djamena n’a pas digéré qu’un représentant du mouvement du MDJT soit reçu à Alger, le 27 mars dernier? Ou est-ce que le gouvernement d’Idriss Deby, qui n’a absolument rien fait pour récupérer El-Para des mains du MDJT, souhaite se saisir, dorénavant, de l’affaire? Les observateurs dans le domaine antiterroriste sont perplexes quant à l’attitude officielle tchadienne, surtout que Deby s’est prévalu d’une lutte implacable contre le GSPC lorsqu’un convoi salafiste avait pénétré le territoire tchadien avant d’être décimé, ce qui au Tchad a valu les félicitations de Washington. Depuis N’Djamena est demeurée en retrait dans l’affaire El-Para, se contentant de soutenir le principe qu’ils vont chasser les mouvements terroristes implantés au Tchad alors qu’elle était incapable d’investir le quartier général du MDJT au Tibesti. Cette attitude est d’autant plus incompréhensible que les Tchadiens n’ont pas bougé d’un iota lorsque la Libye a amassé des troupes d’intervention, le long des frontières tchado- libyennes, en donnant un ultimatum au MDJT de livrer Abderezak El-Para. Cela est encore plus troublant lorsque N’Djamena décide de convoquer un ambassadeur algérien alors que le ministre de l’Intérieur, Yazid Zerhouni qui a fait, en premier, état de «discussions» pour récupérer El-Para n’avait jamais dit que ces négociations se faisaient avec le MDJT.

Le MDJT qui avait répété dimanche qu’il était disposé à «livrer sans conditions» Abderrezak El-Para à l’Algérie a réussi, ainsi, à piéger le gouvernement tchadien en créant un incident diplomatique qui n’a pas lieu d’être, du moment qu’Alger avait refusé de traiter directement avec les rebelles tchadiens.

Mounir B.

 

Voir:

Touristes enlevés dans le Sahara et les dessous de l’affaire (act. 19.07.04)