Hacène Hattab entre en jeu

TOURISTES EUROPEENS PRIS EN OTAGES DANS LE SUD

Hacène Hattab entre en jeu

L’Expression, 11 août 2003

La capture de Abderazak El Para n’est pas faite pour arranger les affaires du Gspc.

Dans le but d’accélérer la traque des ravisseurs des 14 touristes européens otages de Abderazak El Para, le numéro 2 du Gspc proche de l’organisation Al-Qaîda d’Oussama Ben Laden, une dizaine d’agents des services de renseignements allemands du GSG 9, unité allemande spécialisée dans la lutte contre le terrorisme, et deux autres agents helvétiques se sont rendus sur les lieux des pourparlers dans le but de contribuer à la libération des otages (neuf Allemands, quatre Suisses et un Néerlandais). Ces négociations parallèles risquent d’être préjudiciables aux otages selon des informations émanant de Bamako qui n’excluent pas une intervention armée à la suite de la tournure prise par les événements. Cette option de dernier recours aurait été adoptée par les autorités allemandes en concertation avec les parties concernées, l’Algérie et le Mali, à l’orée des derniers événements qui ont vu la mort par insolation d’une Allemande et l’état de santé déclinant de quatre autres otages. En effet, lors de sa visite en Algérie en mai dernier, le chef de la diplomatie allemande, Joschka Fischer, avait déclaré son opposition à l’emploi de la force tout en exprimant la disponibilité de l’Allemagne à coopérer avec les autorités algériennes pour que les touristes «rentrent sains et saufs chez eux». Mais depuis les choses ont évolué dans le mauvais sens.
En effet, sachant que leurs conditions ne seront pas satisfaites dans leur totalité, les ravisseurs seraient sur le point de passer à l’action. D’autant plus que l’arrivée des agents de renseignements allemands, de fins limiers, n’est pas faite pour arranger les affaires du Groupe salafiste pour la prédication et le combat ( Gspc ). Un assaut militaire, au-delà du fait qu’il mettrait en péril la vie des otages, permettrait la capture de Abderazak El Para. Une telle prise, si elle devait s’effectuer, travaillerait beaucoup plus les services algériens qui auront ainsi une source digne de foi des mouvements des éléments de Hacène Hattab. C’est dans ce sens que certaines informations font état d’un déplacement d’un commando spécial du Gspc en terre malienne. Dans ce contexte, Hacène Hattab dispose de deux options. La première est de faire aboutir dans un premier temps les négociations pour empocher la rançon de 60 millions d’euros exigée.
Dans le cas contraire, Hattab serait dans l’obligation de passer à la seconde étape qui consiste à se débarrasser de témoins gênants en éliminant les otages et leurs… ravisseurs. Ces informations laissent croire que Hacène Hattab serait déjà entré en contact avec les trafiquants du coin en particulier Mokhtar Benmokhtar alias Laouar, qui n’est autre que l’émir régional de la zone Sud du Gspc.
Benmokhtar s’est déjà signalé par une opération similaire dans le Sud algérien lorsqu’il a tenté de détourner le tracé du rallye Paris-Dakar, en 1999-2000, qui traversait le nord du Niger. Les menaces terroristes avaient dissuadé les organisateurs du Rallye de poursuivre la course dans la région et de lancer un pont aérien vers le Mali.

Smaïl ROUHA

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RAVISSEURS, AUTORITES MALIENNES ET AGENTS ALLEMANDS

Ravisseurs, autorités maliennes et agents allemands

 

Voilà le monde qui entoure aujourd’hui les otages européens.

Agent spéciaux, autorités maliennes, émissaires, négociateurs, militaires, diplomates et ravisseurs, voilà le monde qui entoure aujourd’hui les otages européens et qui reste à ce point divergent, composite et aux visées contradictoires pour inciter à un optimisme mesuré, quant à la libération rapide des 14 otages encore détenus par le groupe armé qui se réclame du Gspc. D’un côté, nous avons affaire à un groupe de ravisseurs qui veut avoir la rançon et sortir indemne du bourbier. C’est-à-dire récupérer l’argent et quitter les lieux. Ce qui est quasi improbable face aux agents spéciaux. Ceux-ci, Algériens, Allemands et Suisses, ont d’autres impératifs. Si le DRS algérien capture Amari Saïfi, le chef des ravisseurs, vivant, il bénéficiera d’un fil conducteur d’un incomparable intérêt pour remonter vers le n°1 du Gspc, l’émir Hacène Hattab. Le GSG-9 allemand, pressé par ses responsables politiques, va essayer de «mettre le paquet» et de remettre la rançon exigée par les ravisseurs au négociateur malien Iyad Ag Ghali pour sauver la vie des ressortissants allemands.
Au moins une dizaine d’agents spéciaux allemands sont à Bamako. Le Dfae suisse va lui aussi tout permettre pour récupérer ses quatre ressortissants. Deux agents de la police fédérale sont «opérationnels» dès aujourd’hui. Pour les autorités maliennes, il s’agit de «réussir» coûte que coûte et se doter d’une nouvelle réputation. Mais sa réussite passe par le négociateur Iyad Ag Ghali, lui-même ancien opposant au régime malien, et qui peut avoir l’«oreille attentive» des ravisseurs.
Or, dans tout ce patchwork politico-médiatico-sécuritaire, il y a quelque chose de grave qui se passe: les otages, dont la santé décline à vue d’oeil. On annonce déjà que six sont «gravement malades» et les négociations – si le montant de la rançon est obtenu – butent toujours sur l’insoluble problème de quitter les lieux, pour le groupe preneur d’otages. Car il devient de plus en plus clair pour lui que le piège se referme sur lui chaque jour davantage et que tout l’argent récupéré peut devenir d’une inanité totale. On devine, de fait, que les négociations tournent en rond, parce que le groupe est aujourd’hui préoccupé par l’après-rançon.
En fait, la partie serrée, qui dure depuis plus de cinq mois, risque de l’être encore plus, et on imagine mal le groupe preneur d’otages remettre tous les touristes aux autorités maliennes, même après obtention de la rançon. Il est alors tout à fait clair que jusqu’à la fin (quand? Où?) le Gspc en gardera quelques-uns , les plus aptes à effectuer encore des déplacements, afin de sécuriser sa fuite et son repli.

Fayçal OUKACI