Le GSPC produit un faux enregistrement d’Al-Qaïda

DEUX ANNEES APRES L’ELIMINATION DE L’EMISSAIRE DE BEN LADEN EN ALGERIE

Le GSPC produit un faux enregistrement d’Al-Qaïda

  Le Quotidien d’Oran, 23 octobre 2004

Le GSPC vient de diffuser un enregistrement audio dans lequel s’exprime l’ancien émissaire d’Oussama Ben Laden, Abou Mohamed Al Yamani et qui donnerait la caution d’Al-Qaïda aux Salafistes algériens. Or, selon les témoignages de deux terroristes récemment arrêtés, il s’agit d’un faux enregistrement fabriqué par l’émir Droukdel Abdelouadoud.

Le 12 septembre 2002, Imad Abdelwaahed Ahmed Alwane, plus connu dans les cercles d’Al-Qaïda sous le nom de Abou Ahmed «le Yéménite», a été abattu par des éléments de l’armée algérienne lors d’une fusillade à Merouana, dans la wilaya de Batna. Il était venu en «mission d’inspection» pour le compte du chef militaire d’Al-Qaïda, Mohamed Attaf (tué lors des bombardements de Tora Bora en Afghanistan) pour prendre contact avec le GSPC et évaluer leurs méthodes d’action. Le 9 octobre 2004, le GSPC diffuse une cassette attribuée à ce Yéménite dans laquelle il donne la caution d’Al-Qaïda aux Salafistes algériens: «J’avais dans l’idée en venant en Algérie de trouver des membres de Takfir Ouel Hijra et des éléments des services de renseignements, en croyant que les Salafistes représentaient une minorité qui est traquée dans les montagnes à partir de ce qui se diffuse comme propagande sur les Salafistes algériens (…) mais lorsque notre cheikh Oussama Ben Laden verra la réalité et les nouvelles que je lui apporte, il aura une image plus claire du Djihad en Algérie», indique la voix enregistrée.

Selon deux terroristes du GSPC arrêtés récemment et un repenti, cet enregistrement serait un faux grossier fabriqué par la cellule audiovisuelle de Abdelouadoud afin d’accréditer l’idée qu’Al-Qaïda a donné sa caution aux Salafistes algériens. Depuis les différentes Fatwas des oulémas de la péninsule Arabique tels que Al Outheimine, Ibn Al Baz et Al Karadaoui en 2000, condamnant le Djihad en Algérie, les Salafistes algériens avaient multiplié les contacts avec les relais d’Al-Qaïda en Angleterre notamment, dont Abou Qotada Al Falestini, pour avoir l’aval «religieux» de Ayman Al Zawahiry, le numéro deux d’Al-Qaïda.

 Mais la mission organisée par l’organisation de Ben Laden avait tourné court après l’élimination de Abou Mohamed «le Yéménite». Ce dernier, 37 ans à sa mort, avait traversé l’Ethiopie, le Soudan et le Niger pour être pris en charge à la frontière sud-est par le groupe de Mokhtar Belmokhtar: «Déjà, au premier jour de la traversée dans le désert vers El-Oued, le convoi s’était arrêté pour bivouaquer. Les hommes de Belmokhtar avaient tué une gazelle pour préparer un festin au Yéménite. Il a mal pris la chose et leur a dit que, selon les recommandations du Djihad, il ne faut pas tuer de créatures qui pourraient appartenir à une autre personne. C’était le début du conflit», raconte un rescapé de ce groupe.

Le Yéménite ne sera pas au bout de ses surprises puisque, reçu par Abderezak Al Para dans un maquis de la région de Biskra, il allait vite déchanter face au discours de l’ancien émir de la zone 5 actuellement détenu au Tibesti par le MDJT tchadien: «Il lui a dit qu’Al-Qaïda est juste bonne à se faire manipuler par les Américains et que le véritable Djihad se fait sur les terres d’Algérie», poursuit ce témoin qui date les faits à l’avant-11 septembre aux Etats-Unis. Le Yéménite restera plus de 8 mois avec le groupe Belmokhtar en attendant d’être reçu par Hassan Hattab, qui était alors émir national du GSPC et il sera intercepté du côté de Merouana lors d’un ratissage de l’ANP dans la région.

En trafiquant un enregistrement posthume de cet émissaire, mort sans avoir pu transmettre la réalité des maquis salafistes à Ben Laden, le GSPC espère convaincre les cercles religieux et les oulémas liés à Al-Qaïda que le GSPC est partie prenante dans le mouvement djihadiste international avec ce que cela implique en assistance logistique, soutiens financiers et stratégie coordonnée.

 Le GSPC, et avant lui le GIA, qui ont toujours suscité la méfiance de «l’état-major» d’Al-Qaïda du fait qu’ils ne comprenaient pas comment étaient arrêtés les critères de sélection pour devenir émir en Algérie où il y avait toujours eu des chefs mécaniciens, tôliers, maçons ou vendeurs de poulet, analphabètes et par conséquent incultes en théologie et en connaissances religieuses. En voulant s’arrimer à Al-Qaïda à travers cet enregistrement bidon, le GSPC veut faire changer d’avis Al-Qaïda pour les intégrer dans le terrorisme international.

Mounir B.