Le GSPC se déploie au Sahel

L’EMIR MOKHTAR BELMOKHTAR REFAIT SURFACE AU MALI

Le GSPC se déploie au Sahel

 Le Quotidien d’Oran, 27 octobre 2004

L’ancien émir de la zone VI du GSPC, Mokhtar Belmokhtar, alias Belaouer (le borgne), refait surface au Sahel. Selon des sources sécuritaires maliennes, il a été vu et identifié dans la ville de Taoudenit, au nord du Mali.

«Nos témoignages sont absolument fiables. Belmokhtar a été aperçu à la tête d’un convoi de six véhicules dans la zone de Taoudenit», ville située au nord de la région de Tombouctou (nord), a déclaré un haut gradé militaire de la région à l’AFP Bamako. Optimiste, le militaire malien ajoutera que cette information a été immédiatement répercutée sur Bamako et que «l’individu sera automatiquement arrêté s’il croise une patrouille malienne». L’aveu des militaires maliens sur la présence de Belmokhtar au Mali est daté de la nuit du samedi à dimanche 24 octobre. Pourtant, la présence de l’émir Belmokhtar dans la région remonte au 28 août dernier lorsque le groupe qu’il dirige, d’une quarantaine d’éléments, selon des sources bien informées, a été signalé près de l’oued de Tadhelok situé à 80 km de la localité malienne d’Abeibara, à la frontière algéro-malienne, par des nomades de la région qui avaient alerté les autorités locales maliennes.

Déjà, en mars 2004, alors que l’essentiel du groupe de Abderezak El Para se faisait accrocher par l’armée tchadienne au nord du Tibesti, une partie des salafistes dont des Algériens, des Nigériens, des Maliens, des Tchadiens, des Mauritaniens et des Burkinabés, soit 35 éléments, se sont repliés au Mali, via le Niger, pour se réfugier. Leur sort est inconnu et il est fort probable qu’il s’agisse du groupe qui entoure Belmokhtar actuellement. Mais ce que les militaires maliens ne disent pas est la présence d’un autre groupe composé de Pakistanais qui a été signalé dans la région de Gao, près de la localité d’Ansongo. Ce groupe nouveau, dont on ne connaît pas le degré d’implication avec Al-Qaïda, aurait pris attache avec Belaouer en vue de former un groupe salafiste du Sahel le long des frontières algéro-maliennes. Leur plan serait de cibler les équipes algériennes de lutte antiacridienne, qui se trouvent au nord du Mali pour prêter main-forte aux agriculteurs maliens, afin de les dépouiller des véhicules 4×4 et des camions-citernes. Belmokhtar n’est pas à son premier coup en la matière. Il avait déjà réussi à voler 17 véhicules Nissan à Sonatrach dans le Sud algérien et quelques camions, entre semi-remorques et camions-citernes, qu’il a utilisés, par la suite, dans l’acheminement de tonnes de cigarettes de contrebande vers le Nord.

Pourtant, si les Maliens se rendent compte qu’ils n’ont pas définitivement mis fin à la présence salafiste sur leur territoire, ils n’ont pas cessé de multiplier les déclarations rassurantes. En juin 2004, le président Amadou Toumani Touré a même fait savoir à la presse locale «qu’aucun terroriste islamiste armé du GSPC, avéré ou non, ne se trouve sur notre territoire» en citant des rapports militaires qui faisaient également état de démantèlement de caches d’armes des salafistes. Un armement destiné à des groupes rebelles mauritaniens, tchadiens et nigériens ainsi qu’aux maquis du GSPC dans le Nord algérien. C’est dans le désert de Taoudenni que Belmokhtar a ainsi choisi de revenir hanter le Sahel. A 32 ans, ce terroriste originaire de Ghardaïa, qui a contracté une dizaine de mariages avec les filles de chefs de tribus maliens dans le Nord, est redevenu aussi puissant que par le passé lorsqu’il a réussi, par deux fois, à dérouter le Rallye Paris-Dakar. La situation lui est d’autant plus favorable que son ancien compagnon, Abderezak El Para est détenu par le MDJT tchadien et devient inopérationnel. En reprenant la main, Belmokhtar envoie trois messages. D’abord, qu’il ne se rendra pas après que des contacts avec des commerçants de la région de Tamanrasset eurent pu faire croire qu’il était disposé à se repentir et à se livrer en février 2004. Ensuite, que l’accrocher actuellement relève de la science-fiction du moment qu’en février et avril derniers, au Niger, les militaires qui ont tenté de l’intercepter se sont fait allumer par une puissance de feu salafiste largement supérieure aux armées sahéliennes. Enfin, que la présence du GSPC dans l’Afrique subsaharienne n’est pas seulement déterminée par le sort de Abderezak El Para.

Mounir B.

 

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