Le GSPC décapité

APRES LA MORT DE L’EMIR N. SAHRAOUI

Le GSPC décapité

El Watan, 21 juin 2004

Quelques mois à peine après sa désignation à la tête du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), en remplacement de Hassen Hattab, déchu de son poste, Nabil Sahraoui, dit Mustapha Abou Ibrahim, a été abattu par les forces de sécurité à El Kseur, wilaya de Béjaïa, avec trois de ses plus proches et importants collaborateurs.

C’est ce qu’a annoncé hier le commandement de l’ANP, précisant qu’il s’agit de Abbi Abdelaziz, alias Okacha Le Para, ancien membre d’un groupe d’élite ayant déserté les rangs de l’ANP, Khatab Mourad, alias Abdelber Abou Omar, chargé de l’information et mufti du GSPC, Droukdel Abdelmalek, alias Abou Mossaâb Abdelouadoud, responsable de l’atelier de fabrication des explosifs, mais également chef de la plus haute instance du GSPC, à savoir Ahl Akd oual Hal, et dont la mission est de désigner l’émir national et de décider de toute action qui engage l’organisation ou qui entre dans sa stratégie militaire. C’est dire qu’aujourd’hui le GSPC se trouve totalement dépourvu de sa direction militaire, politique et religieuse. Selon des sources militaires, l’opération qui se poursuit dure depuis plus de quinze jours après de l’embuscade meurtrière tendue le 4 juin dernier à Toudja contre un convoi de militaires et qui a coûté la vie à 12 d’entre eux et causé des blessures à 26 autres. Selon nos interlocuteurs, le déploiement des unités de l’ANP dans la région a été fatal à la direction du GSPC, notamment à Nabil Sahraoui. N’étant pas de la région, il s’est retrouvé piégé dans un terrain qu’il ne connaissait pas et d’où il ne pouvait s’échapper. Né en 1966 à Batna, Nabil Sahraoui, universitaire et ancien militant du parti dissous, a rejoint les maquis en 1992 et a été désigné par Cherif Gousmi, alors chef suprême du GIA, au poste d’émir du GIA pour la région de Batna en guise de «promotion» à la suite de l’opération qu’il a dirigée pour faire évader plus d’un millier de détenus de la prison de Tazoult (ex-Lambeze) en mai 1994. Une année plus tard, Djamel Zitouni, qui a succédé à Gousmi, l’a désigné en tant qu’émir de la zone V qui englobe plusieurs wilayas de l’est du pays. Il rejoindra le GSPC vers la fin de 1997, en tant qu’émir de cette zone, jusqu’à ce que Abderrazak Le Para l’écarte de cette direction pour lui succéder. Sahraoui est mis au vert pendant des années, jusqu’à ce que Abderrazak le Para quitte la région pour le nord du Mali, avec les touristes qu’il a pris en otages au début de l’année 2003. De graves dissidences opposent alors Hassan Hattab à son bras droit Okacha et Abou Omar qui lui ont reproché son «laxisme» dans sa façon de mener le «djihad». Hattab est alors déchu de son poste d’émir pour être remplacé par Nabil Sahraoui, en novembre 2003 lors de la réunion des membres de l’instance Ahl el Akd oual Hal. Cette nomination a poussé Hattab à s’isoler avec une vingtaine de ses proches éléments dans les massifs de Sidi Ali Bounab à Tizi Ouzou. La première sortie médiatique de Sahraoui a été en décembre 2003, lorsqu’il a annoncé son installation à la tête du GSPC et sa dernière a été le communiqué qu’il a signé il y a quelques jours pour menacer les étrangers installés en Algérie, notamment ceux exerçant dans les bases pétrolières dans le Sud. Sa présence est signalée à El Kseur avec ses plus proches collaborateurs, et en possession d’armements subtilisés aux militaires et gendarmes tués à Toudja lors des deux embuscades meurtrières tendues au mois de mai et juin derniers. La question qui reste posée aujourd’hui est de savoir qui prendra les commandes de ce qui reste du GSPC après sa décapitation à El Kseur ? Est-ce que cette situation favorisera le retour de Hassan Hattab ou constituera-t-elle le début de la déconfiture du GSPC surtout dans sa base arrière située dans les massifs de la Kabylie comme cela a été le cas dans les monts Babor à l’Est, après l’offensive militaire en ce début de l’année. Durant ces dernières quarante-huit heures, les forces de sécurité ont récupéré un véritable arsenal de guerre à Tiaret à la suite de l’arrestation de deux importants terroristes recherchés depuis des années. Toujours selon des sources militaires, la première arrestation a permis la récupération de sept kalachnikovs et de cinq fusils de chasse, alors que la seconde s’est soldée par la saisie de 3 kalachnikovs, deux fusils automatiques, deux fusils semi-automatiques, deux fusils à pompe, trois fusils de chasse, une carabine à canon scié et une batterie de radio, dissimulés dans une casemate dans la forêt de Timixti. Un revers de plus à une organisation classée sur la liste des groupes terroristes internationaux liés à Al Qaîda et ciblée par la guerre lancée par les USA depuis les attentats du 11 septembre. A ce titre, il est important de noter la déclaration du porte-parole du département d’Etat, Richard Boucher, lors d’un point de presse tenu le 17 juin dernier, selon laquelle : «Le Para et ses complices doivent être remis aux autorités algériennes dans les meilleurs délais afin d’être jugés sur la base des charges qui pèsent contre eux.»

Par Salima Tlemçani