Touristes disparus : Etat d’alerte à la frontière algéro-malienne

TOURISTES DISPARUS

Etat d’alerte à la frontière algéro-malienne

Le Quotidien d’Oran, 21 juillet 2003

L’armée et les services de sécurité maliens sont en «état d’alerte» dans le cadre de la prise d’otages sur les frontières algéro-maliennes. Ce déploiement vise, surtout, à traquer et contenir l’émir du GSPC, Mokhtar Belmokhtar, indique des sources de sécurité algériennes.

Une source militaire malien-ne a précisé à l’agence AFP que des forces maliennes ont été déployées dans le nord du pays, dans la région de Kidal. «Après un renfort, nous avons reçu des instructions pour être prêts dans tous les cas de figure», indique-t-elle. Or, cette source militaire ajoute que cette opération a été lancée dans le cadre de l’affaire des 15 otages (10 allemands, 4 suisses et 1 néerlandais) encore détenus par le GSPC.

Cet état d’alerte vient contredire le propre démenti des services de sécurité maliens, soulignant que »les 15 otages européens ne se trouvaient pas en territoire malien. Au jour d’aujourd’hui, je puis vous affirmer que, sur notre territoire, il n’y a ni les otages ni leurs ravisseurs». Et ceci contredisant une autre source malienne faisant état de leur présence en territoire malien, rapportée par la chaîne allemande ZDF !

Ce cafouillage au sein de l’appareil de sécurité malien ne peut occulter le fait que cet état d’alerte a été déclenché dans un objectif précis qui ne serait pas celui des otages. »On a récemment signalé la présence de Mokhtar Belmokhtar dans cette zone. Ce déploiement de forces lui est apparemment destiné», a indiqué au Quotidien d’Oran une source des services de sécurité algériens. Selon cette source, Belmokhtar, alias Khaled Abou El-Abbès, alias Laouar (le borgne), émir de la zone 9 du GSPC (Sud), est «entré et sorti plusieurs fois du Mali ces dernières semaines». Ce fait n’étant pas nouveau, puisque les services du DRS avaient alerté leurs homologues maliens sur la localisation de cet émir avec son groupe dans le nord du Mali (région d’El-Khallil), mais sans que les Maliens ne prennent en charge la traque de ce terroriste, qui est soupçonné d’être le cerveau du rapt des otages européens et l’un des contacts d’Al-Qaïda dans la région du Sahel.

Selon cette source qui évoque une «gesticulation» malienne, ce déploiement pourrait obéir à des «considérations externes et un message envoyé aux Européens» quant à l’engagement du Mali dans la lutte antiterroriste.

Car, depuis quelques jours, une certaine effervescence a gagné le Mali. Des journalistes français ont signalé la présence à Bamako d’un diplomate allemand «non identifié» qui s’intéressait beaucoup au sort des touristes enlevés. D’où une pression de plus en plus lourde sur les épaules des militaires maliens qui acceptent, finalement, de réagir. Car, pour les experts algériens, la thèse d’un déploiement de forces pour rechercher les otages et les ravisseurs est «peu plausible». Les dernières indications situent toujours la présence des 15 otages et d’une vingtaine de ravisseurs dans les grottes de Tamelrick, où des témoignages font état du survol régulier de drones de l’armée allemande. Pour ces experts, si le GSPC acceptait les termes d’une négociation qui verrait la libération des otages sans coup de force militaire, qui est «exclu», la destination retenue demeure encore la Libye et non le Mali.

Cette dernière destination implique que le groupe des ravisseurs et leurs otages traversent en largeur une zone de 1.200 km où il fait plus de 50°.

Les otages, précisent des sources informées, demeurent toutefois «en bonne santé et régulièrement alimentés», puisque les premières étapes des négociations ont permis de fournir de la nourriture et de l’eau aux otages et à leurs ravisseurs comme signe de bonne volonté des militaires algériens, relayés par des membres de la BND allemande présents dans la région d’Illizi.

Ainsi, le déploiement militaire malien vient rendre un peu plus confuse une situation déjà complexe. Pour les experts, le Mali veut sécuriser sa région nord dans la perspective du déplacement du groupe des otages, mais surtout pour repérer, et dans le meilleur des cas, arrêter Belmokhtar. Or, ce dernier possède de solides complicités au sein de tribus nomades de la région d’El-Khallil qui plongent jusqu’à la province de Gao, fief des Azaweds maliens.

Une partie de son groupe qui avait commis l’attentat de Sali, à Adrar, tuant un douanier et en en kidnappant deux autres, serait également sur les lieux. Ce groupe, qui a volé 3 véhicules 4×4, dont celui du président de l’APC de Timiaouine, avait enterré le cadavre du douanier algérien à 60 km du lieu du faux barrage et relâché les deux autres otages douaniers retenus deux jours. Les Salafistes, au nombre de 12 éléments, sont, depuis, repartis vers le Mali, selon les témoignages de contrebandiers, emportant 2 Kalachnikov, 1 PA, une paire de jumelles et les 3 tenues des douaniers. Leur déplacement sur la «piste Marlboro», qui fait remonter les semi-remorques vers le nord, indique qu’ils pourraient se trouver à la lisière du Mali. Et si Mokhtar Belmokhtar est à leur tête, la prise serait un coup d’éclat pour les services maliens.

Mounir B.

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TOURISTES DISPARUS / Levée d’une partie du dispositif militaire

El Watan, 21 juillet 2003

Aucun fait nouveau concernant l’affaire des touristes détenus par des terroristes au nord d’Illizi depuis plus de 5 mois, si ce n’est la diminution sensible des effectifs militaires autour de la région encerclée, a-t-on appris de source sécuritaire. Celle-ci a estimé que cette mesure «est un gage de bonne volonté des autorités à laisser partir les ravisseurs vers la frontière la plus proche sans qu’ils soient poursuivis, à la condition qu’ils libèrent les otages sains et saufs».

Pour l’instant, les autorités militaires qui gèrent cette affaire ne savent pas si les terroristes vont quitter les lieux en abandonnant les touristes sur place, ou vont-ils les emmener avec eux pour servir de gage à leur liberté une fois de l’autre côté de la frontière. «Toute la question est là. Pour l’instant, nous savons que les ravisseurs ne cherchent qu’à s’assurer une issue en comptant sur la garantie donnée par les autorités pour les laisser quitter le territoire national vers un des pays frontaliers le plus proche. Comment vont-ils faire ? Quel sera leur réaction vis-à-vis des otages ? Nous n’en savons rien. Nous suivons de près la situation, et tout indique qu’il y aura du nouveau dans les prochains jours. Nous leur donnons le temps de rejoindre la destination qu’ils auront choisie», ont révélé nos interlocuteurs, sans pour autant être capables de dire combien de temps cette situation va durer. Pour eux, le choix éventuel de la Libye comme pays de refuge s’explique par deux faits importants. Le premier est lié à la proximité de ce pays par rapport aux montagnes rocheuses de Tamelrik, situées au nord d’Illizi, et où sont détenus les 15 touristes occidentaux depuis le mois de février dernier. Le deuxième paramètre concerne les garanties exprimées publiquement par les autorités libyennes, pour servir d’intermédiaires dans le dénouement de cette affaire et offrir le refuge aux ravisseurs en contrepartie de la libération des otages. «Les terroristes sont aujourd’hui face à une situation des plus difficiles. Coupés du monde extérieur, ils n’ont d’autres solutions que de négocier leur sort. Ils ont compris que du côté des autorités algériennes, il existe une volonté d’en finir avec cette affaire rapidement et sans effusion de sang, et veulent, bien sûr, avoir le maximum de garanties…», ont précisé les mêmes sources. Ainsi, à en croire ces dernières, il est fort probable que cette tragique affaire puisse connaître son épilogue le plus rapidement possible. Cela fait plus de cinq mois que les troupes de l’ANP ont été engagées sur le terrain entre les wilayas de Tamanrasset et d’Illizi, dans le plateau du Tassili, à la recherche des 32 touristes portés disparus dès le 22 février 2003. D’impressionnants moyens humains et matériels ont été déployés dans cette opération, d’autant que les autorités militaires ont découvert que les touristes avaient été enlevés par un groupe de terroristes appartenant au GSPC. Les otages ont été divisés en deux groupes, l’un détenu au nord de Tamanrasset, sur la route d’Ameguide, et le second, au nord d’Illizi, dans les montagnes rocheuses de Tamelrik. Le 13 mai dernier, les forces spéciales de l’ANP ont réussi à libérer le premier groupe, composé de 17 otages, au nord d’Illizi, à l’issue d’une offensive militaire qui s’est soldée par l’élimination de plusieurs terroristes et a causé la mort de deux militaires et des blessures à 10 autres, dont certains étaient grièvement atteints. Après cette opération, tous les regards étaient figés sur le sort du deuxième groupe d’otages détenu à Illizi. Dans ces lieux, les militaires ont écarté toute intervention militaire du fait des risques qu’elle pouvait engendrer pour la vie des otages et des troupes de l’ANP. Les traces retrouvées par les guides locaux montraient que les touristes étaient divisés en deux ou trois groupes dispersés dans la montagne. Ce qui a compliqué davantage la situation. Les conditions climatiques assez rudes, avec une température dépassant les 40 °C, ont rendu les équipements techniques des drones, ces avions espions sans pilotes, inefficaces pour localiser les otages. Leurs traces ont été perdues. Il y a quelques jours, les autorités militaires ont lancé à partir des hélicoptères des tracts sur lesquels des messages écrits ont été adressés aux terroristes. Les militaires ont exprimé leur volonté de laisser partir les terroristes si ces derniers libéraient sains et saufs les otages. Quelque temps plus tard, les ravisseurs ont accepté l’offre en demandant plus de garanties aux autorités dans un message écrit et transmis par l’intermédiaire d’un nomade de la région. Le dispositif militaire déployé autour de Tamelrik et d’Illizi a été en grande partie levé. Les autorités s’attendent à ce que la fin de cette affaire intervienne le plus vite possible.

Par Salima Tlemçani