Otages autrichiens: Fin de l’ultimatum aujourd’hui à minuit

Touristes autrichiens enlevés par Al-Qaïda

Fin de l’ultimatum aujourd’hui à minuit

par A. Babès, Le Quotidien d’Oran, 16 mars 2008

L’affaire des deux touristes autrichiens, enlevés par un groupe proche de la branche d’Al-Qaïda au Maghreb, a pris une autre tournure hier samedi avec la retransmission d’une cassette vidéo de la famille de l’un des deux otages, Andrea Kloiber, demandant aux ravisseurs sa libération ainsi que celle de sa campagne. La nouveauté de la journée dans cette triste affaire est que le groupe des ravisseurs aurait été localisé.

Les deux otages autrichiens d’Al-Qaïda au Maghreb se trouvent actuellement au Mali, où leurs ravisseurs exigent toujours la libération d’islamistes détenus en Tunisie et en Algérie. L’ultimatum expire aujourd’hui dimanche à minuit.

Selon des sources proches des services de sécurité occidentaux, les ravisseurs sont installés depuis le début de la semaine dans une zone désertique à 150 km de Kidal, dans le Nord du Mali. Le QG du chef de la zone Sahara Sahel d’Al-Qaïda au Maghreb islamique, Yahia Abou Ammar, y est également implanté. Les autorités autrichiennes refusent toujours d’accéder aux revendications des terroristes, qui exigent notamment le paiement d’une rançon et la libération des prisonniers terroristes, dont Amar Saïfi, «El Para». Mais, si officiellement Vienne refuse toute négociation, ou toute satisfaction des revendications financières de la branche d’Al-Qaïda au Maghreb, ses services de sécurité, ainsi que les services secrets de la France et de l’Allemagne, au moins, seraient actuellement sur le dossier.

Les Américains, qui contrôlent toute cette région par satellite depuis l’affaire des otages allemands, suivent également de très près l’évolution de la situation. De son côté, Burkhard Vouk, le chef de la police antiterroriste de Salzbourg d’où sont originaires les otages, avait néanmoins précisé vendredi que des «contacts avaient été établis» avec les ravisseurs, alors qu’un émissaire du gouvernement autrichien est arrivé samedi à Bamako où il aurait entamé des négociations avec les ravisseurs» de Andrea Kloiber, 44 ans, et Wolfgang Ebner, 51 ans, enlevés le 22 février dans le Sud tunisien et transférés ensuite vers le Nord du Mali.

La zone de Kidal, où les otages ont été transférés, semble-t-il, depuis une semaine, est contrôlée par les tribus Touareg «barabiche», hostiles au pouvoir central malien et vivant de contrebande. Les «barabiche» avaient joué un rôle dans la libération des 32 touristes suisses, allemands et néerlandais, enlevés en 2003 dans le Sud du pays par le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), depuis rallié à Al-Qaïda. «El Para», dont la libération est revendiquée par le groupe de ravisseurs des deux Autrichiens, a été arrêté dans des conditions presque burlesques au Tchad par des groupes armés opposés au pouvoir à N’Djamena. Il avait failli, peu avant sa capture, mourir dans le Tibesti. Son procès, qui devait se dérouler à Biskra, est à maintes reprises reporté.

D’autre part, selon plusieurs sources, les ravisseurs ont également demandé la libération de Bouderbal Fatah, alias Abdelfattah Abou Bassir, «émir» de la brigade spécialisée dans les attentats-suicides à Alger, arrêté en octobre 2007 dans la capitale. Donné pour mort dans une opération de l’armée algérienne en avril 2007, il n’aurait été en fait que grièvement blessé.

A Bruxelles, l’affaire est suivie de près. La présidence actuelle de l’UE, assurée par la Slovénie, a demandé l’aide et l’intervention de tous les pays qui peuvent contribuer au dénouement heureux de cette affaire. Le dossier, on le devine, est sensible, et chaque pays directement ou indirectement concerné tente de faire le maximum pour trouver une issue positive à cette affaire. D’autant que les ravisseurs ont donné jusqu’à dimanche à minuit aux autorités autrichiennes pour satisfaire leurs exigences.

Kidal, dans le Nord du Mali, focalise actuellement l’attention de beaucoup de monde, à commencer par les agences spécialisées dans la lutte antiterroriste, mais surtout celles du renseignement.

Les contacts avec les tribus touarègues de la région se sont, par ailleurs, densifiés pour tenter de localiser exactement le lieu où s’est retranché le groupe, alors que les contacts (en cours selon certaines sources) avec les ravisseurs devraient donner au moins un répit aux otages, sinon reporter la libération des terroristes emprisonnés et focaliser les négociations sur une rançon.

Les autorités autrichiennes auraient demandé à l’Algérie et à la Tunisie de ne pas intervenir militairement contre les terroristes, pour préserver la vie des deux otages. Et, jusqu’à présent, toutes les options restent ouvertes à ce stade de l’évolution de ce dossier. Même les manipulations médiatiques pour ne pas faire paniquer les ravisseurs, qui peuvent mettre à exécution leur menace de tuer les deux touristes autrichiens.


Belkhadem «Ni les otages, ni les ravisseurs ne sont en Algérie»

par Z. Mehdaoui

Après plusieurs jours de supputations et de spéculations autour de l’enlèvement des deux touristes autrichiens, les autorités, par la voix du chef du gouvernement Abdelaziz Belkhadem, ont officiellement démenti les «informations» selon lesquelles les victimes auraient été enlevées sur le territoire national ou sur ses frontières avec la Tunisie. Intervenant hier, en marge des travaux du congrès de l’Organisation nationale des enfants de Chouhadas (ONEC), le chef du gouvernement a tenu à affirmer que l’enlèvement du couple d’Autrichiens, le 22 février dernier, par des terroristes se revendiquant de la branche armée d’»El Qaida au Maghreb islamique», a eu lieu «dans un autre pays», sans autres précisions. Belkhadem qui soulignera, en outre, que l’Algérie est disposée à coopérer avec tous les pays dans la lutte contre le terrorisme, dira clairement que notre pays n’est pas concerné par le rapt des deux touristes autrichiens détenus dans un endroit qui reste, pour l’heure, inconnu.

«Ni les otages, ni les ravisseurs ne sont en Algérie» a déclaré le chef du gouvernement en conseillant de diriger les recherches dans un pays qu’il a évité de nommer.

Depuis l’annonce du kidnapping, les autorités algériennes, faut-il le souligner, étaient restées «prudentes», malgré tout ce qui a été dit notamment à travers certaines chaînes satellitaires qui ont développé les scénarios les plus fantaisistes à propos de cette affaire.

D’ailleurs interpellé, mercredi dernier, par les journalistes, le ministre de la Communication Abderrachid Boukarzaza avait montré la même prudence en soulignant que les autorités compétentes suivent de près cette affaire, sans aucune autre précision.

Il faut rappeler que les terroristes avaient fixé un ultimatum qui devrait expirer ce soir à minuit pour l’élargissement de «militants islamistes» détenus en Algérie et en Tunisie en contrepartie de la libération des deux otages.

Le gouvernement autrichien, quant à lui, a, dès vendredi passé, annoncé qu’il n’engagerait jamais des négociations avec les ravisseurs et a demandé expressément la libération sans conditions des deux otages.

La crise reste ainsi ouverte, à moins de retrouver les traces du groupe à l’origine de cet enlèvement.