Extradition d' »el-para »: « L’Algérie entend respecter le droit international»

EXTRADITION D’«ABDERREZAK LE PARA»

« L’Algérie entend respecter le droit international»

L’Expression, 14 juin 2004

Le flou qui a entouré l’affaire renseigne qu’il y a eu désinformation à grande échelle.

Trois mois après l’annonce par le Mouvement pour la démocratie et la justice au Tchad (Mdjt) de la capture d’«Abderrezak le Para», ainsi que certains de ses compagnons du Gspc, «au nombre de seize», précise le mouvement d’opposition armé tchadien, l’extradition de l’homme le plus recherché d’Afrique pose toujours problème. Bien que les contacts entrepris, depuis un mois, semblent sur le point de concrétiser cette extradition, sur le terrain, les choses «coincent», traînent et semblent tourner en rond, alimentant de fait, les commentaires les plus saugrenus. Un responsable du mouvement a même menacé de relâcher les otages si «aucune initiative politique sérieuse n’est entreprise prochainement», ce qui a fait dire à Jean-Phillipe Rémy du Monde que le Para serait devenu «encombrant» pour tout le monde, au point que «personne n’en veut». Recherché par l’Algérie, mais aussi par l’Allemagne, le Mali, le Niger et le Tchad officiel, le Para a été étrangement capturé par un non-Etat, un mouvement politique et armé rebelle qui combat le régime Deby et prétend vouloir restaurer un régime démocratique et juste à la place de celui totalitaire de Deby. Un combat qui ressemble à bien des égards à celui du Gspc, qui, lui aussi, prétend combattre contre un «Etat renégat et apostat qui s’impose par la force contre la volonté du peuple». «Le problème qui se pose à l’Algérie relève du droit international», précise une source sécuritaire proche du dossier, «car n’oublions pas qu’il s’agit d’otages retenus au Tchad non pas par l’Etat tchadien, mais par un mouvement d’opposition armé. Traiter directement avec le mouvement équivaut à lui reconnaître une légitimité politique tout en piétinant celle, reconnue au plan international, du régime Deby». Le Mdjt détient en réalité une très grande occasion pour la laisser s’échapper, et entend surtout monnayer politiquement la libération de ses otages, contre une reconnaissance tacite de leur guerre contre les autorités tchadiennes. Si le Mdjt a fait l’effort nécessaire de les extrader, les 17 otages, dont «le Para» seraient à Alger depuis longtemps. «Vous devinez aisément la mine de renseignements que peut constituer pour nous, la capture du n°2 du Gspc», précise notre source. Le Mdjt contrôle une partie au Tibesti et l’armée régulière tchadienne contrôle la partie du désert limitrophe au Niger. Nous avons donc affaire à trois entités militaires qui, toutes, entendent tirer profit de cet imbroglio. Pour l’Algérie, la meilleure manière d’agir est celle d’attendre, de se référer au droit international, de bénéficier de l’appui des chefs militaires américains, déjà présents sur la bande du Sahel et surtout de faire en sorte de ménager les parties en conflit au Tchad. Ce qui est déjà énorme, même si cela ne constitue pas la façon d’agir la plus prompte.
Cet intermède peut profiter au «Para», qui, jusque-là, a bénéficié d’une incroyable baraka, en parcourant une distance exceptionnelle couvant près de 10.000 km du Sahara et du Sahel, et qui l’a mené d’Illizi à Tamanrasset, puis à Kidal, au Mali, à Tessalit et au Niger, puis enfin, au Tibesti, au Tchad. A chaque fois, il avait pu échapper au maillage militaire très rigoureux et sortir indemne des pires situations. Qu’en sera-t-il cette fois-ci?

Fayçal OUKACI