Le sort des 31 touristes: Le mystère s’épaissit

Après les 31 touristes, des nomades portés disparus dans le Sud algérien
Le mystère s’épaissit

De notre envoyée spéciale à Illizi, Saïda Azzouz, Le Matin, 14 avril 2003

Un groupe de nomades est porté disparu depuis samedi dernier dans la wilaya d’Illizi, a-t-on appris dimanche auprès d’une source proche des services de sécurité ayant « l’exclusivité » de la gestion du dossier de la disparition des touristes dans le Sud algérien.
Cette information, que n’avons pu confirmer auprès des responsables locaux, qui se sont contentés d’un « no comment », inquiète certains notables de la ville qu’il nous a été donné l’occasion de rencontrer. L’anxiété est visible chez plus d’un. « D’autant plus qu’au sujet de cette disparition, un officier supérieur de l’armée venu de Ouargla était ce dimanche matin chez le wali », souligne un ancien élu qui fait remarquer que dans la région, la « disparition de nomades ne passera pas inaperçue » et qui s’interroge sur les motifs qui font que les autorités locales passent sous silence le fait qu’« une dizaine de nomades sont portés disparus ». Une disparition qui vient épaissir, même si la thèse de l’enlèvement paraît aujourd’hui crédible, le mystère de « l’évaporation » de 31 touristes étrangers dans le désert algérien.
Le black-out qui entoure la gestion de ce dossier, qui, nous dit-on, « est géré directement par le Président de la République », les propos contradictoires de ceux que nous avons rencontrés, les témoignages de guides, de gérants d’agences de voyages, de la population, les déclarations d’un officier des services de sécurité qui requiert l’anonymat, ainsi que les diverses pistes avancées et vite démenties laissent supposer que les touristes, que l’on qualifie « d’aventuriers », ont été kidnappés et que le lieu où ils sont détenus n’est en fait un mystère pour personne. Cela même si les officiels et certains relais ne cessent de répéter « que le désert algérien est immense ». Par qui et dans quel but ? La question demeure entière, même si la piste terroriste est évoquée en Allemagne et en Autriche. Une hypothèse qu’écarte d’emblée le commandement de groupement de gendarmerie que nous avons vu dimanche matin au siège de la brigade.
Notre interlocuteur, qui rappelle que les autorités « n’ont été alertées que le 10 mars par les ambassades » alors que les disparitions remontent au 22 février, déclare que des recherches
« terrestres et aériennes se font 24 heures sur 24 » et qu’elles concernent les wilayas de Tamanrasset, d’El Oued, de Ghardaïa, de Ouargla (où se trouve le commandement de la 4e Région militaire, siège de la cellule de crise) et d’Ilizi. Pour cette dernière ville, l’officier de gendarmerie nous précise qu’en plus des importants moyens militaires mobilisés pour l’opération de recherches, les autorités locales sont venues en renfort « en prenant en charge les volontaires».
« Faux ! Pourquoi mobiliserions-nous ces moyens alors que nous ne sommes même pas sûrs que ces aventuriers ont transité par notre wilaya », nous affirme, le jour même, un cadre de la wilaya, qui a consenti à nous répondre, avant de se raviser ou à défaut requérir l’anonymat. Des volontaires pris en charge par la wilaya, nous en chercherons en vain. La veille, un des guides qui a pris part aux opérations de recherches depuis l’annonce de la disparition des touristes étrangers nous a assurés que le directeur de l’administration locale lui avait délivré un bon de commande pour couvrir les frais de sa mobilisation.
Recherches qu’il a fini par abandonner car elles se sont avérées inutiles. « A moins qu’ils se soient volatilisés dans la nature, il n’y aucune trace du passage des étrangers vers la frontière libyenne ou vers une autre zone accessible pour nous. » Cet habitué du Tassili n’Ajjer souligne que les touristes, qui sont passés par des agences et qui sont sortis avec des guides, n’ont « jamais eu de problèmes ». Ceux qui s’égarent sont ceux qui visitent le Sahara en se basant sur leur cartes Michelin, qui, selon lui, n’ont jamais été actualisées, ou sur leur appareil GPS. « Ces aventuriers ont certainement été menés vers des zones que nous évitons. » L’endroit en question s’appelle Samen et se situe à environ 180 kilomètres du chef-lieu de wilaya, après l’Oued Jarat, au-delà duquel personne ne s’aventure depuis le début des attentats terroristes. En 1997, nous raconte un des fils de la région, le secrétaire général de la wilaya et le commissaire de police ont été enlevés par le groupe de Benmokhtar, dit l’« émir » Belaouar.
« Avec des militaires, un groupe de volontaires, à leur tête le wali de l’époque, sont allés les libérer ». Selon une source militaire, il y a quelques semaines, bien avant la disparition des touristes, les montagnes en question, très difficiles d’accès, ont fait l’objet d’une opération de ratissage.
En dépit de tous ces indices, la population, qui ne voit pas un « autre endroit que Samen » où pourraient être retenus les 31 touristes et éventuellement des nomades, ne croit pas à la piste terroriste. Pour eux, il ne fait aucun doute : les kidnappeurs ont d’autres revendications et les personnes enlevées constituent un moyen de pression. La question, nous l’avons posée au commandant de gendarmerie qui nous a affirmé qu’« il n’ y a aucun indice qui va dans ce sens ».
S. A.