L’énigmatique Aberrezak El-Para

Le Ben Laden du Sahara pour aider les Américains à s’implanter au Maghreb

L’énigmatique Aberrezak El-Para

La Nouvelle République, 28 février 2005

L’analyse faite par le journaliste de Canal +, Jean Baptiste Rivoire (2) et Salima Mellah (animatrice du site Algeria-watch.de) se fonde essentiellement sur des recoupements relevés dans la presse, des témoignages d’otages allemands enlevés en février 2003 et la déclaration d’un membre du Mouvement pour la Démocratie et la Justice au Tchad (MDJT). En fait, des éléments trop pauvres pour accréditer une thèse aussi péremptoire tendant à faire accroire qu’El-Para, infiltré par les services secrets algériens dans les rangs terroristes, a été utilisé au moment opportun pour apporter un soutien politique à l’implantation des Américains en Afrique du Nord et au Sahel.
Autrement, l’article n’apporte rien de nouveau si ce n’est les déclarations de trois représentants de la rébellion tchadienne qui auraient été invités en Algérie et qui auraient rencontré le général Mohamed Médiène. L’un d’eux, Mohamed Mehdi, vice-président du MDJT à l’étranger, souligne que les services secrets algériens avaient le numéro de téléphone satellite d’El-Para. Un élément suffisant pour Rivoire et Mellah pour arrêter El-Para.
Au delà, on évoque d’éventuelles ventes d’armes américaines à l’armée algérienne (une assertion rapportée par la presse algérienne vite rectifiée par les officiels américains qui soutiennent que ce sont des moyens de vision nocturne et des pièces de rechange, et l’Algérie s’est équipée en hélicoptères français pour la police et la Protection civile). Quant à Abderezzak El-Para, il est entre les mains des autorités algériennes par l’entremise des Libyens alors qu’une mission de récupération d’El-Para envoyée depuis Alger avait échouée après un accident de la route. Le MDJT qui voulait négocier au plus offrant El-Para s’était rendu compte de l’inanité de l’opération alors que les Allemands n’en voulaient plus contre paiement d’une nouvelle contrepartie financière et les Algériens ont, comme on le sait, toujours refuser de payer des rançons.

De prétendues armes américaines
Par ailleurs, si des moyens de lutte militaires appropriés seront vendus à l’Algérie, ce sera la France qui devrait les fournir, notamment les images satellites (3).
Sinon Rivoire et Mellah reviennent aux anciennes thèses de l’implication des autorités algérienne dans le rapt notamment des agents consulaires français en 1993. On sait depuis que c’était le signal du GIA à l’adresse des Français pour quitter le pays avant qu’ils ne leur arrivent malheur. Pour rappel, le nombre de Français morts en Algérie tués par les terroristes n’a rien d’une vue de l’esprit (4).
L’épisode crucial pour la reconnaissance d’El-Para comme l’élément des services de sécurité algériens serait bien entendu le rapt des touristes européens dans le Sud algérien en février 2003. Pour rappel, un premier groupe avait été libéré par l’armée algérienne alors que le second groupe a été libéré au Mali après remise d’une rançon aux ravisseurs.
Les témoignages des otages publiés juste après leur libération soutenaient que les mêmes ravisseurs étaient des gens convaincus de la justesse de leur cause et qui n’ont pas voulu mettre en péril la vie des otages (…). Quelles parties des interviewés est la plus vraisemblable? A cette question, Rivoire et Mellah ne répondent pas.
Il est intéressant de noter que l’article relève un empiètement américain sur une chasse-gardée française (Tchad, Angola, Gabon, etc.).
Cependant, il est des déclarations non référencées par les auteurs qui laissent pantois, notamment celle de Washington qui voit l’Algérie comme le pays le plus démocratique du monde arabe. Pour rappel, il y eu un malencontreux discours de Bush qui avait surtout noter les avancées démocratiques notables au Maroc devenu allié majeur non Otan des Etats-Unis.
Selon l’analyse publiée dans le monde diplomatique on relève aussi que l’Algérie serait promue à un avenir prometteur dans sa coopération avec le Etats-Unis en devenant un des Etats pivots dans le cadre du Grand Moyen-Orient. Un programme dont on a du mal à en préciser les contours.
Quant à El-Para, selon Rivoire qui se réfère à la presse algérienne, celui-ci depuis ses geôles, soutiendrait l’amnistie générale dont les contours comme on le sait ne sont pas encore précisés.
Amine Esseghir

1- On avait dit que le numéro du Monde Diplomatique en question avait été censuré, mais il a été tout de même reçu par les abonnés (sic). D’autre part, le numéro est disponible sur le site Internet un mois après sa sortie en kiosque. Si l’article n’a qu’une valeur conjoncturelle, il chute tout de même sur «selon le quotidien l’Expression, le contrebandier Mokhtar Belmokhtar et ses hommes – présentés de longue date comme liés au GSPC – seraient dorénavant dans le collimateur des
autorités : «Depuis l’affaire de l’enlèvement des touristes européens dans le Grand Sud algérien, ce groupe est devenu la bête noire de tous les services secrets occidentaux. » affaire à suivre…
2- Jean Baptiste Rivoire soutient, à travers nombre de ses écrits et œuvres télévisuelles entre autres, que les moines de Tibhirine ont été tués par les services de sécurité, et les attentats de Paris de 1995 ont été fomentés par les services de sécurité algériens. Dans le premier cas, on sait depuis le témoignage d’un des moines qui a échappé à l’enlèvement, les enregistrements des communications téléphoniques entre l’ambassade de France à Alger avec le ravisseurs et le récit du terroriste repenti Ali Benhadjar, que les moines ont été enlevés par un groupe du GIA sur ordre de Djamel Zitouni. Quant aux attentats de Paris, les témoignages des proches de Zitouni (notamment Omar Chikhi, un des fondateurs du GIA) ne laissent planer aucun doute quant au désir du maître du GIA de l’époque à mener la guerre en France pour contraindre Paris à ne plus soutenir Alger.
3 – C’est du moins le point essentiel relevé après la visite de la ministre française de la Défense en Algérie, Michèle Alliot Marie, en juillet 2004.
4 -Il y a eu plus de 100 étrangers tués en Algérie durant les violences terroristes dont un grand nombre de Français.