Un deuxième émissaire autrichien au Mali pour négocier la libération des deux otages

Présenté comme «un spécialiste des dossiers sensibles»

Un deuxième émissaire autrichien au Mali pour négocier la libération des deux otages

Par Hasna Yacoub, La Tribune, 20 Mars 2008

Un deuxième haut fonctionnaire autrichien est arrivé mardi dernier à Bamako pour participer aux pourparlers en vue de la libération des deux otages enlevés le 22 février en Tunisie par la branche d’Al Qaïda au Maghreb. Présenté comme «un spécialiste des dossiers sensibles», ce responsable, dont l’identité n’a pas été révélée, devrait rencontrer aujourd’hui des responsables maliens. Un premier émissaire, l’ancien ambassadeur d’Autriche à Paris, Anton Prohaska, était arrivé samedi dernier dans la capitale malienne pour une «mission d’information» sur les deux otages, Andrea Kloiber, 44 ans, et Wolfgang Ebner, 51 ans. Il avait rencontré, le lendemain de son arrivée, le président Amadou Toumani Touré. L’arrivée du deuxième émissaire intervient après que la Libye eut établi un contact dans la nuit de lundi à mardi derniers avec les ravisseurs des deux Autrichiens, selon un diplomate s’exprimant à Bamako sous couvert de l’anonymat. «Je viens d’apprendre que la Libye a pu, par des intermédiaires, établir le contact avec les ravisseurs des deux otages», avait-il indiqué à l’AFP, précisant que «les négociations se poursuivront» et que «les otages se portent bien». Selon des sources proches du dossier, la fondation Kadhafi est chargée de l’affaire des otages autrichiens. Cette association caritative dirigée par un fils de Mouammar Kadhafi, Seif Al Islam, a pour objectif affiché de défendre les droits de l’Homme. Selon le quotidien autrichien Kronen Zeitung, le leader autrichien d’extrême droite et gouverneur de Carinthie, Jörg Haider, participe aux efforts entrepris par Vienne pour obtenir la libération des deux otages. «Le gouverneur de Carinthie veut faire libérer les otages de Salzbourg avec le fils de Kadhafi, Seif Al Islam», selon l’édition électronique du journal datée d’hier, qui rappelle que Jörg Haider et le fils du dirigeant libyen sont «de grands amis».

La branche d’Al Qaïda au Maghreb a, pour sa part, prolongé au dimanche 23 mars à minuit son ultimatum mais a menacé de tuer les otages en cas de tentative de les libérer par la force. «Les moudjahidine ont décidé de donner à l’Autriche un délai supplémentaire d’une semaine, à compter de dimanche [16 mars] à minuit», affirment les ravisseurs dans un communiqué publié lundi sur un site Internet utilisé généralement par Al Qaïda et son chef, Oussama Ben Laden.

La prolongation de l’ultimatum «répond à une demande du négociateur», ajoute la branche d’Al Qaïda au Maghreb sans donner de précisions sur ce «négociateur». Rappelons que, selon certaines informations, les ravisseurs et leurs otages se trouvent dans le nord du Mali, mais les autorités de Bamako n’ont officiellement pas confirmé leur présence. Les ravisseurs exigent la libération de leurs acolytes détenus en Algérie et en Tunisie, mais aussi le versement d’une rançon. Le journal autrichien Kurier a avancé la somme de cinq millions d’euros pour la rançon. L’Autriche avait officiellement annoncé son refus de négocier pour obtenir la libération de ses deux ressortissants, mais avec son appel à l’aide à la fondation Kadhafi, il paraît aujourd’hui que ce pays a accepté les négociations et que l’option de payer la rançon n’est pas à écarter. Il suffit de rappeler justement le rôle joué par la fondation Kadhafi en 2003, lors de sa participation aux négociations ayant abouti à la libération de plusieurs otages européens, enlevés par le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), rebaptisé depuis Branche d’Al Qaïda au Maghreb islamique (BAQMI) dans le Sahara algérien. Lors de cette affaire, el Para, l’auteur du kidnapping des touristes en Algérie, aurait perçu une rançon de 5 millions d’euros.

H. Y.