Des éléments du GSPC arrêtés en Libye

El-Para a-t-il été relâché par les rebelles tchadiens?

Des éléments du GSPC arrêtés en Libye

Le Quotidien d’Oran, 5 juillet 2004

L’otage du MJDT tchadien, Abderrazak El-Para, alias Amari Saïfi, du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), semble avoir changé de mains.

Selon l’hebdomadaire dominical français, «Le Journal du Dimanche», un groupe d’une dizaine d’éléments du GSPC aurait été intercepté, il y a une dizaine de jours, par les services de sécurité libyens.

L’hebdomadaire qui cite une source proche d’un service de contre-espionnage européen ne donne, cependant, pas de détail sur le sort du terroriste du GSPC, le plus recherché.

Selon des informations, confirmées par le porte-parole du département d’Etat américain, Richard Boucher, le mouvement indépendantiste tchadien voulait «vendre El-Para aux enchères», dans la perspective, vraisemblablement, de l’échanger contre une rançon. Par ailleurs, les tentatives menées dans diverses directions pour l’exfiltrer n’ont pas abouti puisque le MJDT n’a pas réussi à le livrer à un pays dans cette opération dont l’objectif était principalement, au-delà de l’aspect financier, de se faire une «légitimité» et une reconnaissance internationale. Motif pour lequel les pays sollicités, l’Algérie et l’Allemagne entre autres, avaient refusé «le marché». Les autorités algériennes avaient catégoriquement refusé d’intervenir sur le sol tchadien au risque de froisser N’djaména. D’autres sources diplomatiques avaient fait état d’un transfert de tous les membres du groupe vers la frontière avec le Niger où devait avoir lieu «l’exfiltration».

Paradoxalement, l’information du JDD continue d’entretenir l’énigme sur le sort d’El-Para et de son groupe en le donnant libre mais sur l’autre frontière, avec la Libye. Est-il réellement libéré par le MJDT qui a échoué à l’échanger dans les conditions qu’il voulait? La question est d’autant plus pertinente que la Libye, depuis la normalisation de ses relations avec les Etats-Unis, a officiellement renoncé au soutien aux groupes terroristes. Intégrant la nouvelle alliance antiterroriste, la Libye s’est engagée à rejoindre «l’axe du Bien», selon la perception américaine.

Selon la source de renseignements occidentale, citée par le JDD, la libération de Amari Saïfi est à considérer comme une nouvelle stratégie du MJDT d’alliance avec la mouvance islamiste affiliée à l’organisation El-Qaeda. D’autant que le chef islamiste a enrôlé et incorporé des islamistes de la région sahélo-sahélienne dans son groupe comme en témoigne l’identité des membres abattus par les forces tchadiennes avant que le reste des éléments du GSPC ne se déplace vers le Tibesti. Sauf que dans son dernier communiqué, daté de la fin juin, le MJDT dément l’information et réaffirme son attachement «nationaliste», à la «démocratie» et à la ligne de son combat uniquement contre le régime de N’djaména. D’ailleurs, la source d’information du JDD évoque un nombre plus important que celui capturé par le MJDT, et qui serait «en train de préparer des attentats».

Quel rôle alors pour la Libye? La nouvelle doctrine de Kadhafi dicte une autre attitude, plus ferme avec les terroristes, toutefois son silence pourrait bien être vu sous l’angle de la sous-traitance pour un pays tiers.

Pour l’heure ni Tripoli et encore moins le mouvement rebelle tchadien n’ont réagi à l’information. Et l’énigme El-Para reste entière. Le sort du n°2 du GSPC revient sur la scène médiatique alors que le groupe salafiste a été décapité par les forces de l’ANP dans la région de Béjaïa. Paradoxalement, au moment où, à la recherche sans doute d’un coup médiatique, ce qui reste du GSPC a revendiqué l’attentat de la semaine dernière contre la centrale électrique du Hamma, El-Para est donné vivant et libre entre le Tchad et la Libye dans des conditions qui entretiennent un secret, quant à sa véritable situation.

Par ailleurs, l’opération de ratissage et de recherche sous le commandement du général Bey en Kabylie se poursuit, a-t-on constaté. Les monts forestiers sont encore encerclés par les forces combinées, ce qui renseigne sur la volonté de l’ANP d’anéantir le groupe salafiste.

Djilali B.