Dossier sur le projet africain sur la lutte contre le terrorisme

Il a présidé la seconde réunion intergouvernementale sur la prévention et la lutte contre le terrorisme en Afrique

Messahel estime que l’Afrique est passée à «l’opérationnel»

Par Younes Hamidouche, La Tribune, 16 octobre 2004

«Nous sommes passés à un stade opérationnel dans la mise en œuvre de nos décisions», a relevé le président des travaux de la seconde réunion intergouvernementale sur la prévention et la lutte contre le terrorisme en Afrique. Le président de cette réunion, Abdelkader Messahel, ministre délégué chargé des Affaires maghrébines et africaines, estime donc que le continent africain est passé dorénavant dans «l’opérationnel» avec les résultats et les décisions de cette conférence abritée par Alger qualifiée d’«extrêmement appréciable» par notamment la «qualité des représentants», la «diversité de la représentation» et le «niveau de la représentation». Et aussi, «résultats appréciables dans les décisions que nous venons de prendre», ajoute le ministre algérien.Cela à travers essentiellement «le lancement du Centre africain d’étude et de recherche d’Alger qui a été définitivement lancé par le président de la République et qui va déjà commencer ses activités en attendant bien sûr que le Conseil exécutif prenne en charge les aspects, je dirais techniques, des structures et l’activité provisoire de ce Centre».Le président des travaux de la réunion intergouvernementale d’Alger relève, comme il l’a souligné dans une déclaration à la presse faite jeudi soir, qu’une «motivation très grande» est «constatée chez l’Afrique d’être partie prenante, d’abord pour elle, à la prévention et la lutte contre le terrorisme, mais également d’être partie prenante dans la stratégie mondiale d’éradication de ce phénomène». Les pays membres de l’Union africaine ont proposé et adopté des «mesures concrètes qui rendent beaucoup plus opérationnelles les décisions prises par les chefs d’Etat africains pour que l’Afrique, d’abord dans le cadre d’une coopération sans faille, s’engage résolument, en mobilisant son potentiel, en prenant compte des expériences vécues, à mener des actions de coopération pour éradiquer le terrorisme sur le continent», a souligné, à ce propos, M. Messahel en présidant les travaux. L’Afrique est résolue à lutter jusqu’à «l’éradication du terrorisme». D’autant plus, note le ministre algérien, qu’«aujourd’hui, il y a une grande convergence entre nos partenaires et nous-mêmes».Selon M. Messahel, le deuxième constat notable est lié donc à la qualité de la représentation des partenaires étrangers. «Nous avons constaté la présence de tous les Etats européens membres de l’UE, la présence du représentant chargé des questions terroristes de l’Union européenne, nous avons eu la participation d’une délégation des Etats-Unis d’Amérique conduite par le responsable du département de la question du terrorisme, nous avons eu la participation du représentant du Canada, du Mexique, d’Argentine et de nombreux autres pays», rappelle-t-il sans omettre l’appréciable représentation du système des Nations unies via notamment le directeur exécutif du CTC ainsi que de nombreuses autres organisations présentes à Alger. Toutes ont marqué leur disposition et leur disponibilité à accompagner l’Afrique, non seulement continent et Etat par Etat, mais accompagner le centre africain d’Alger dans ses missions, selon le président de la réunion intergouvernementale. Abdelkader Messahel met en avant des «engagements très fermes» par rapport aux attentes africaines en ce qui concerne, en priorité, l’assistance technique. «Le Centre aura des missions très précises, particulières, donc dans chacun des domaines, nous avons trouvé une offre très concrète», et c’est le cas en illustration dans le domaine de la formation puisque ce Centre est appelé à former. «Ce sera une école», explique le ministre. Souvent, peut-être, ce Centre à Mohammadia (banlieue est d’Alger) «fera appel à des experts dans des positions très pointues», affirme M. Messahel en citant «par exemple le représentant de la Banque mondiale qui avait dit que son organisation, sa banque, était prête à envoyer des experts au niveau du Centre pour former dans tout ce qui touche à l’acte financier de la lutte contre le terrorisme». Selon le même orateur, d’autres partenaires, Américains, Européens, sont prêts à accompagner les Africains dans la Convention et dans l’assistance matérielle de ce Centre. «Je crois que l’Afrique a marqué sa volonté et sa détermination à prendre en charge elle-même les activités de ce Centre et que l’Afrique a le contexte, a le moyen et, surtout, certains pays africains ont l’expérience pour le faire», résume le ministre algérien chargé des Affaires maghrébines et africaines. A propos du volet décisionnel, lors de la réunion intergouvernementale d’Alger, le président des travaux met l’accent sur la définition du terrorisme et la conférence internationale attendue pour porter sur ce même fléau. Si celle de la définition du concept «a été définitivement tranchée par les Africains», avec la déclaration «très claire, concernant donc le droit des peuples à l’autodétermination qui est un principe incontournable, la défense de la souveraineté qui est un principe incontournable, et qu’en aucun cas nous devons faire l’amalgame entre le droit à l’autodétermination des peuples et le terrorisme», il reste que la prise en considération par la conférence intergouvernementale des recommandations faites par le président de la République au cours de son discours d’ouverture surtout lorsqu’il a appelé à ce qu’il y ait une conférence internationale pour essayer de prendre en charge notamment cette question particulière de prévention et de lutte contre le terrorisme, ne débouche pas nécessairement sur la tenue immédiate d’une conférence internationale à l’échelle planétaire. Cependant, et en ce qui la concerne, l’Afrique vient de réitérer son appui à la fois «à l’idée de la Convention et à la convocation d’une conférence internationale sur le terrorisme». Par ailleurs, le continent africain devrait, annonce le président de la réunion intergouvernementale, se doter de sa propre liste des organisations terroristes en Afrique. «Nous avons senti le besoin en tant qu’Africains de dresser une liste, d’avoir un registre, des organisations terroristes au plan africain» et ce «travail, nous l’avons demandé à l’Union africaine» à l’instar de ce qui se fait ailleurs (les Etats-Unis ont leur liste, idem pour l’Union européenne…). L’UA devra tenir compte néanmoins, explique Abdelkader Messahel, des «procédures en cours dans la détermination de qui est et de qui n’est pas organisation terroriste».

Y. H.

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L’Algérie assure l’intérim de la direction du Centre africain d’Alger

Par Younes Hamidouche, La Tribune, 16 octobre 2004

Les membres africains ayant pris part à la réunion intergouvernementale de haut niveau sur la prévention et la lutte contre le terrorisme ont décidé d’accorder à l’Algérie l’intérim de la direction du Centre africain d’étude et de recherche sur le terrorisme (CAERT) dont le siège a été inauguré mercredi matin à Alger par le président de la République, Abdelaziz Bouteflika. Cet intérim devrait durer jusqu’à ce que l’Union africaine (UA) puisse enfin roder et huiler ses institutions ainsi que les mécanismes de direction et de présidence tel que défini dans les textes fondateurs et de fonctionnement de l’Union.Par ailleurs, il est fort probable que la troisième réunion intergouvernementale de haut niveau sur la prévention et la lutte contre le terrorisme se tienne, dans deux ans, à Addis-Abeba (Ethiopie) où se trouve le siège de l’Union africaine, a-t-on appris jeudi soir auprès des instances du cadre continental successeur de l’OUA.

Y. H.

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En marge des travaux

Recommandations de la réunion inter-services

Par Younes Hamidouche, La Tribune, 16 octobre 2004

Parmi les recommandations notables auxquelles sont parvenus les participants à la réunion inter-services, tenue en marge de la deuxième rencontre intergouvernementale sur la prévention et la lutte contre le terrorisme, dont les travaux se sont achevés jeudi soir, figure notamment la nécessité de «renforcement de la coopération aux plans bilatéral, interrégional et international» à même de permettre de «lutter efficacement contre le terrorisme». A ce propos, ils considèrent que le Centre africain d’étude et de recherche sur le terrorisme (CAERT) qu’abrite Alger «constitue un cadre de coopération approprié». Accroître chez les membres de l’Union africaine des «échanges d’informations, d’expériences et d’expertises entre les différents services» est également prévu par les participants à cette réunion, selon les termes du communiqué qu’ils ont rendu public jeudi à la fin de la conférence intergouvernementale. Un Centre qui vient «combler un vide en matière d’étude, de recherche, de formation et d’alerte au niveau africain» et dont le démarrage «permettra de renforcer les capacités internationales de lutte contre le terrorisme». D’où la recommandation capitale relative à l’impératif soutien à apporter aux activités de ce Centre au plan financier, technique et de la formation. Toujours dans le cadre de l’appui continu à la «Convention africaine» de 1999 (sommet OUA d’Alger) et au «Plan d’action» établi dans la même ville, il est recommandé également la «création de centres régionaux» qui, outre les missions qui leur seront dévolues, devraient servir de «points de contact au Centre d’Alger» tel que prévu par ledit Plan d’action. Aussi, la consultation inter-services africains met en évidence des «efforts particuliers» à porter sur la «lutte contre le financement du terrorisme et le crime organisé transnational, notamment les trafics d’armes, de drogues et de documents». Bien évidemment, et dans le partage des préoccupations mondiales à ce sujet, les Africains «attirent enfin l’attention sur le danger que des groupes terroristes puissent aujourd’hui obtenir et utiliser des moyens de destruction non conventionnels». Ce qui explique alors le souci africain exprimé à Alger pour que cette question «fasse l’objet d’une coopération accrue».

Y. H.

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Pour la définition commune du concept

L’Afrique appelle à une conférence internationale sur le terrorisme

Par Hasna Yacoub, La Tribune, 16 octobre 2004

Les participants à la deuxième réunion intergouvernementale de l’Union africaine (UA) d’Alger sur la prévention et la lutte contre le terrorisme, qui a pris fin jeudi dernier, ont adopté une déclaration finale dans laquelle ils ont appelé à la tenue d’une conférence internationale sur la lutte contre le terrorisme. Selon la déclaration adoptée, cette conférence devrait «permettre la préparation d’un code de conduite sur la lutte contre le terrorisme au niveau international».En fait, les Etats membres de l’UA, qui se sont réunis à Alger en présence des partenaires de l’Afrique et d’autres membres de la communauté internationale, ont adopté comme document de base de leurs travaux, tenus à huis clos, l’allocution d’ouverture du président de la République qui avait insisté sur l’importance d’une définition commune du terrorisme pour toute la communauté internationale. Ainsi, les participants ont souligné qu’il est «nécessaire de faire la distinction entre les luttes légitimes des peuples pour leur libération, autodétermination, liberté et indépendance, telles que reconnues par le droit international, et le terrorisme». Les Etats membres de l’UA ont, par ailleurs, exprimé leur «profonde préoccupation» du fait de la persistance du terrorisme, qui «n’a pas reculé» ni en Afrique ni au niveau international. Une situation qui nécessite des mesures «plus draconiennes et une coopération internationale plus intense», affirment les participants qui lancent un appel aux partenaires de l’Afrique, y compris les organisations internationales, aux institutions et aux centres similaires à travers le monde pour qu’ils accordent un appui sans faille au Centre africain d’étude et de recherche sur le terrorisme d’Alger et mettent en place des réseaux d’échanges d’informations, de formation, de recherche et d’autres activités conjointes». Tout en appelant de nouveau les Etats membres de l’UA à signer et ratifier rapidement le Protocole à la Convention de l’OUA de 1999, les participants ont mis en exergue l’importance des stratégies, proposées par la Commission de l’UA, dans le Plan d’action pour la mise en œuvre de la Convention de l’OUA. Il s’agit de stratégies adoptées en 2002 et qui sont relatives aux domaines de la police, du contrôle des frontières, des mesures législatives et judiciaires, de la suppression du financement du terrorisme, de l’échange d’informations et de la coordination aux niveaux régional, continental et international. Deux ans après l’adoption de ce plan d’action, les Etats membres de l’UA demandent à la Commission de «tracer une feuille de route indiquant les priorités et les échéances dans la mise en œuvre du Plan d’action». Mieux encore, dans leur déclaration finale, les participants invitent «instamment les Etats membres à mettre pleinement en œuvre les dispositions et recommandations contenues dans le Plan d’action». Par ailleurs, la déclaration adoptée jeudi dernier à Alger a également recommandé à l’UA d’établir une liste unique d’entités et d’organisations terroristes africaines, à l’instar des autres organisations internationales comme l’Union européenne (UE) et l’ONU. Elle lui a également indiqué que la mobilisation des Etats africains va aller en se renforçant et que cette mobilisation se concrétisera par la tenue de réunions périodiques pour renforcer efficacement le processus et la stratégie antiterroriste, en donnant rendez-vous aux délégués africains à unetroisième réunion intergouvernementale en 2006 à Addis-Abeba.

H. Y.

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Comme réitéré lors de la réunion intergouvernementale de l’UA abritée par Alger

L’Afrique intensifie sa lutte antiterroriste

 

Par Younes Hamidouche, La Tribune, 18 octobre 2004

L’OUA fut. L’UA fait. C’est dans une conjoncture de transition maintenant dépassée que le continent africain passe en revue les dossiers épineux qui se posent devant ses Etats membres en particulier et au monde en général. La question du terrorisme et de la lutte contre ce fléau est, à ce propos, l’un des dossiers d’importance capitale que la jeune Union africaine a, aujourd’hui comme demain, l’obligation historique de bien gérer pour éviter que le ciel africain n’enregistre son 11 septembre new-yorkais où alors son sol constituer une voie de passage tout aussi destructeur comme l’a été le 11 mars madrilène. La tenue tout récemment à Alger de la deuxième conférence intergouvernementale d’experts de haut niveau de l’Union africaine sur ce même dossier témoigne d’une place axiale de l’Algérie au sein de la communauté internationale, davantage en ce qui est lié à cette déterminante question de la lutte contre le terrorisme. Le coordonnateur américain du contre-terrorisme, J. Cofer Black, l’a d’ailleurs mis en exergue dans son intervention à l’ouverture de cette réunion intergouvernementale de haut niveau. «L’Algérie est le chef de file de la lutte contre le terrorisme en Afrique», avait-il dit en exprimant la «reconnaissance des Etats-Unis» et en relevant la nécessité de «travailler ensemble» car «personne ne peut lutter seul et éliminer le terrorisme». Autre axe majeur dans son intervention : le social et l’économique. «En améliorant les conditions de vie, l’impact du terrorisme est réduit», a notamment déclaré M. Black. Aussi, la visite en Algérie –la veille de cette conférence- d’un ministre de l’Intérieur d’une des puissances mondiales et membre du G8, la France en l’occurrence, se veut également un appui européen et, plus globalement, mondial aux efforts d’Alger dans cette lutte acharnée contre le fléau du siècle. L’Union européenne et les Américains ont réaffirmé, à la dernière réunion en date du G8 -Sea Island en Georgie (USA)-, leur engagement à soutenir l’effort africain de maintien de la paix et appuyer ce continent dans sa volonté de contribuer dans la lutte mondiale contre le fléau du terrorisme.

Lutte commune

Comme le résume à Alger le coordonnateur de la lutte contre le terrorisme de l’Union européenne, Guy Devries, «il faut, en luttant contre ce fléau, respecter scrupuleusement les règles internationales telles qu’établies par les Nations unies». C’est cette vision qui prédominait avant le 11 septembre 2001, au seuil même de l’exclusif. Aujourd’hui, et pour le cas d’un pays africain, l’Algérie par exemple, et l’UE, M. Dervies n’a pas manqué de souligner que «nous travaillons déjà ensemble en ce qui concerne la protection des frontières et la coopération policière», volets auxquels s’ajoute aussi «la lutte contre le financement du terrorisme» et «s’il y a d’autres demandes, on peut évidemment les étudier», en réponse à une question portant sur l’acquisition de moyens de lutte antiterroristes plus efficaces et plus modernes et dotés des technologies les plus avancées pour sortir de la lutte obsolète avec des moyens dépassés, comme l’a relevé l’Algérie par la voix de son président Abdelaziz Bouteflika, ainsi que l’ensemble des participants à la réunion intergouvernementale africaine d’Alger sur la prévention et la lutte contre le terrorisme. Cela d’autant que le fléau, qui est transnational, peut frapper n’importe où. «La menace au sein de l’Europe reste tout à fait sérieuse et réelle», rappelle Guy Devries en soulignant la nécessité de «maintenir notre garde en tant qu’Européens mais aussi avec nos partenaires» car, ajoutera-t-il, «le fait que, heureusement, il n’y a pas un attentat majeur depuis les attentats à Madrid le 11 mars ne veut pas dire, du tout, que la menace a disparu». Forts de leur détermination et de leur volonté d’apporter leur contribution à la lutte internationale contre le terrorisme et à la stabilité dans le monde, les chefs d’Etat et de gouvernement de la cinquantaine de pays membres de l’Union africaine réunis du 6 au 9 juillet dernier à Addis-Abeba pour leur sommet annuel ont eu à examiner les premiers pas du Conseil de paix et de sécurité, officiellement mis sur pied près de deux mois auparavant (25 mai 2004), soit le jour anniversaire de l’Afrique à l’ONU. Le directeur exécutif des Nations unies pour la lutte contre le terrorisme, Javier Ruperez, également présent à Alger, met l’accent sur la batterie de textes, d’engagements et de traités ratifiés en ce qui concerne la lutte contre le terrorisme et la criminalité et remarque la «pleine disponibilité», le «plein engagement» et la «pleine volonté» affichés par le continent africain dans le cadre de l’ONU à œuvrer dans cette lutte commune.

Alger, le long combat

Dans ce cadre, l’ouverture dans la capitale algérienne d’un Centre africain de lutte antiterroriste auquel est attribuée principalement la mission de priver les groupes armés de leurs sources de financement, de prévenir les attentats et d’avertir les pays du continent africain sur d’éventuels actes de terrorisme en préparation, entre dans le prolongement de la stratégie algérienne de lutte contre un fléau que le pays a eu à subir longtemps seul, n’ayant été accompagné le plus souvent que de l’indifférence généralisée avant que ne se réveille enfin le monde à la suite de la multiplication et de la densification des effets néfastes du terrorisme sur l’ensemble de la planète. Car, si l’Afrique œuvre à sa sécurité, il n’en reste pas moins que le reste du monde, à commencer par la toute proche Europe, a besoin de cette stabilité africaine qui est apte à apporter sa part d’assurance d’une quiétude européenne. Idem pour les Amériques, l’Eurasie ou n’importe quelle autre région du monde. En contrepartie, le monde, celui des riches précisément, a le devoir de se pencher sur les initiatives africaines en matière de paix et de sécurité, appuyées par des plans de développement socio-économique du genre Nepad. Contre les conflits, contre la violence armée empoisonnant la vie de 60% des pays africains, l’atténuation du drame africain ne surviendra que lorsque l’on luttera efficacement contre la prolifération des armes dans le monde. La bonne gouvernance découlera en bon remède. Contre le terrorisme, la coopération constitue l’essentiel d’une lutte efficace. Contre la famine et la pauvreté n’y a-t-il pas exigence de production et de développement ? Le mécanisme d’évaluation par les pairs (intra-africains) des performances accomplies, un des principes adoptés dans le cadre du Nepad, semble se traduire concrètement du fait qu’une vingtaine de pays membres de l’UA déclarent se soumettre déjà à cet examen visant à asseoir l’adoption de politiques et de pratiques propices à la stabilité politique, la croissance économique, la responsabilisation, la bonne gouvernance et la démocratie. Et les propos résumés sont du secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, lui-même.

L’Afrique en acteur mondial

En somme, il y a lieu de parvenir à ce que l’effet des principaux bailleurs de fonds de ceux qui luttent contre le terrorisme sur le continent soient plus forts et plus nombreux que ceux qui tiennent et alimentent les réseaux mafieux et terroristes dans une Afrique lasse de subir et de continuer à subir. Le continent, après le tournant de la décennie 90 et la chute du mur de Berlin, a sans doute été secoué plus que d’autres au vu de la teneur dans les changements, positifs et négatifs, qui s’y sont déroulés. Et les armes ont proliféré sur le continent noir assombri par une multiplication de la violence sous toutes ses formes. Et les attentats terroristes perpétrés à Jijel, Taba, Casablanca, Djerba, Naïrobi ou alors à Dar Essalam en font partie. Il est donc évident que, dans l’exemple du trafic d’armes, il est nécessaire de tracer les contours et de connaître les acteurs des filières de transfert d’armes pour mieux les contrôler et les combattre. A titre illustratif, le Centre d’Alger, inauguré il y a quelques jours, aura à prouver son efficacité notamment si tous les Africains s’engagent à œuvrer en faveur de leur Union et de leur propre stabilité et paix. L’importance de ce dossier de la lutte contre le terrorisme n’est plus à démontrer. Encore faudra-t-il parvenir à un consensus inter-étatique concernant la définition exacte du concept. N’est-ce pas ce dossier là qui, au lendemain des bouleversements induits par les attentats du 11 septembre 2001, a mené la Maison-Blanche à assimiler les actions palestiniennes à celles mises en ligne de mire par «la lutte contre le terrorisme» conduite par les Etats-Unis ? D’où alors la persistance de cet appel africain à ce que le terrorisme soit clairement cerné. «Les objectifs de la stratégie globale de lutte contre le terrorisme qui a été mise en œuvre dans le cadre de l’Organisation des Nations unies ne peuvent se réaliser que s’ils sont inscrits dans une démarche qui dépasse le traitement symptomatique du phénomène pour appréhender les causes sous-jacentes qui l’alimentent. Pour cela, la stratégie globale de prévention et de lutte contre le terrorisme ne doit pas porter atteinte au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et à leur lutte légitime contre l’occupation coloniale ou étrangère.» Ce passage, l’amorce d’une déclaration du représentant de l’Algérie à l’ONU, Abdallah Baali, faite il y a une année à New York, condense l’état d’esprit africain relativement à la définition du terrorisme comme cela est renouvelé dans le texte final de la deuxième réunion de haut niveau sur la prévention et la lutte contre le terrorisme abrité mercredi et jeudi derniers par Alger. Les fondements de l’éveil africain sur ce volet, bâti sur la Convention d’Alger (1999) et sur le Plan d’action l’affermissant en 2002, repères auxquels viennent s’ajouter les efforts du continent en ce mois d’octobre 2004 (réunion et lancement du Centre d’étude et de recherche sur le terrorisme), toujours dans la capitale algérienne, appellent cependant une vision globale que seule la tenue d’une conférence mondiale sur ce fléau planétaire peut mettre en place.

Y. H.

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Il est Commissaire africain pour la paix et la sécurité

Saïd Djennit : «Bâtir des capacités africaines»

Par Younes Hamidouche, La Tribune, 18 octobre 2004

Le Commissaire pour la paix et la sécurité en Afrique, l’Algérien Saïd Djennit, avant même l’entame des travaux de fond au deuxième jour de cette réunion intergouvernementale de haut niveau sur la prévention et la lutte contre le terrorisme sur le continent, a bien voulu situer le contexte et la portée de cet important rendez-vous à Alger regroupant les pays membres de l’Union africaine (UA) et des partenaires d’autres continents. Dans les propos que nous avons recueillis auprès de lui ressort son attachement à «bâtir des capacités africaines» capables de permettre au continent de rattraper les retards qu’il a par rapport notamment au trio Etats-Unis, Europe et Asie qui disposent tous d’outils de prévention et de lutte contre le terrorisme via notamment leurs centres respectifs sis à New York, Vienne et Kuala Lumpur.M. Djennit, en véritable cheville ouvrière et en stratège en paix et sécurité au sein de la Commission de l’UA avec son conseil lancée depuis mars dernier, a pour vision «une Afrique et un monde en paix». Dans un anglais parfait, il a, à la clôture de la réunion intergouvernementale abritée par Alger, signifié que les Africains ont «tous les instruments pour mettre en œuvre la Convention et le Plan d’action» d’Alger (respectivement établis en 1999 et en 2002). Outre l’immédiateté de l’entrée en vigueur du travail du Centre inauguré le 13 octobre 2004 à Alger, le Commissaire africain pour la paix et la sécurité estime devant les Etats membres de l’UA et les autres participants que «nous allons nous renforcer».A l’entame des travaux de la réunion déjà, le Commissaire africain pour la paix et la sécurité soulignait le résultat majeur et l’attente première d’un tel rendez-vous capital pour le continent : «Il y a un début de mise en œuvre» en ce qui est de la prévention et de la lutte contre le terrorisme. «Il faut dire que les choses se mettent en place avec un certain nombre d’actions soulevées dans le rapport qui a été présenté par la Commission», relevait-il en mentionnant que «nous avons dix rapports des Etats, ce qui est très encourageant».De son avis, il est nécessaire pour l’Afrique de «bâtir sur ces résultats pour aller de l’avant», en expliquant qu’il y a un certain nombre d’actions pour la ratification, pour la relation avec les partenaires qui ont été entreprises depuis deux ans. «Le fait qu’on ait mis cet instrument va nous permettre d’aller de l’avant», tonne-t-il.Ce processus de ratification est «assez avancé» car «très peu, deux ou trois pays, n’ont signé ni ratifié». Et il s’agit, en somme, de «pays qui ont quelques problèmes comme la Somalie…». La réunion d’Alger s’est voulue aussi une occasion de «mobiliser» les pays membres car «c’est souvent dû à des problèmes de communication et de bureaucratie», note M. Djennit.

Collaboration et coopération

Quel est l’apport international dans la foulée des efforts de l’Afrique ? Le Commissaire africain pour la paix et la sécurité explique que la participation de haut niveau des partenaires, qu’ils soient bilatéraux ou multilatéraux, -et si l’Union européenne et les Nations unies, avec leurs institutions respectives, sont venues au plus haut niveau- marque vraiment l’importance qu’ils accordent à l’Afrique, aux institutions et aux stratégies que l’Afrique met en place pour lutter efficacement contre le terrorisme. Ils ont dit très clairement leur disposition à soutenir le continent africain et les institutions africaines, notamment le Centre d’Alger évidemment mais également travailler avec et renforcer les moyens de la Commission de l’Union africaine elle-même, selon M. Djennit. «Vous savez que le Centre est un instrument de la Commission, rattaché donc à la Commission, et les structures de la Commission qui doivent s’occuper du terrorisme doivent être également renforcées», ajoutera-t-il.En ce qui concerne le degré d’avancée de la coopération avec les trois blocs que sont l’Europe, les Etats-Unis d’Amérique et le continent asiatique sur cette question précise de la lutte contre le terrorisme, le Commissaire africain établi à Addis-Abeba précise d’emblée que le contact et le rapport ont déjà été établis. «Ces relations seront fournies lorsque nos capacités seront le plus à même de soutenir cette coopération. Donc, il faut d’abord essayer de bâtir un minimum de capacités pour pouvoir être en relation avec les centres et les autres institutions similaires aussi bien en Amérique qu’en Asie effectivement et, notamment, nos partenaires traditionnels l’Europe, les Etats-Unis et les autres». Quant au concept de terrorisme qui ne semble pas encore parvenu à une définition partagée par l’ensemble de la communauté internationale, Saïd Djennit indique que «l’Union africaine a pris une position très claire sur la définition, notamment par rapport au problème des mouvements de libération qui agissent dans le cadre de la légalité internationale et du droit international». Du point de vue de l’Afrique, comme d’ailleurs l’avait souligné le président Bouteflika mercredi matin, le terrorisme ne saurait se justifier sous quelque prétexte que ce soit, religieux, culturel… mais, pour l’Afrique, la plupart des Etats savent quels sont les résultats des mouvements de libération qui ont été entrepris dans le cadre de leurs droits légitimes et dans le cadre du respect du droit international et de la légalité internationale, évidemment dans le respect de ces principes, note en substance le Commissaire africain pour la paix et la sécurité.A propos de l’amalgame concernant le terrorisme et les coups d’Etat, il est rappelé que ce genre de procédés n’est pas intégré dans les actions terroristes. «Cependant, l’Union africaine, ici à Alger et à Lomé, a pris position contre les coups d’Etat militaires. Depuis, l’Union africaine n’a jamais reconnu un gouvernement installé dans l’illégalité», met en exergue M. Djennit pour qui la première appréciation sur la récente réunion d’Alger, avant même d’être entrée dans le détail des discussions, relevait, sur la base du rapport de la Commission de l’UA, qu’«il y a un début de mise en œuvre des décisions contenues dans le Plan d’action d’Alger». Cependant, la réunion d’Alger souhaite pouvoir aider et contribuer au renforcement de la coopération entre les pays africains et les partenaires internationaux pour aller de l’avant et mettre en œuvre les décisions contenues dans le Plan d’action d’Alger. «Nous pensons que l’inauguration du Centre d’Alger sur l’étude et les recherches contre le terrorisme vont nous donner un instrument pour concrétiser cette coopération. En d’autres termes, nous avons commencé la mise en œuvre, mais évidemment nous avons des problèmes de moyens et de capacités. C’est pour ça que nous avons invité nos partenaires ici pour qu’ils voient et se rendent compte de la détermination et de l’engagement des pays africains et de l’Union africaine pour aller dans le cadre des efforts pour la prévention et la lutte contre le terrorisme, mais aussi pour qu’ils réalisent la nécessité de soutenir les efforts africains», nous a précisé M. Djennit. Toujours selon lui, il y a lieu, outre le renforcement de la coopération interafricaine, de bâtir un partenariat avec les pays développés qui ont les moyens techniques et l’expérience pour assister les capacités africaines.

Y. H.

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Jouko Lempiainen (Organisation mondiale des douanes) à la Tribune

«Pour une coopération efficace et étroite»

Par Younes Hamidouche, La Tribune, 18 octobre 2004

Rencontré à la fin de semaine dernière, à l’occasion de la deuxième réunion intergouvernementale de haut niveau sur la prévention et la lutte contre le terrorisme, le directeur contrôle et facilitation de l’Organisation mondiale des douanes (OMD ou WCO), Jouko Lempiainen, dresse pour les lecteurs de la Tribune la vision de cette organisation en ce qui concerne la lutte contre le terrorisme et le crime organisé d’autant que les services des douanes sont directement concernés par la lutte contre les trafics d’armes, de drogues et de tout autre type de contrebande nourrissante, de façon ou d’une autre, du fléau terroriste.

LA TRIBUNE : Votre présence ici à Alger, à l’occasion de la réunion intergouvernementale sur la prévention et la lutte contre le terrorisme en Afrique, comment la situez-vous ?

Jouko Lempiainen : Je trouve très bonne l’initiative algérienne de tenir cette réunion sur un sujet qui est tellement important pour tout le monde, surtout pour le continent africain. Je suis très content d’être ici et d’avoir assisté à ce qui a été dit à l’ouverture des travaux. Le président Bouteflika nous a donné un bon esprit de continuer le travail de façon plus concrète.

Vous n’êtes pas sans savoir l’apport négatif de tout type de trafic, comme les trafics d’armes et de drogues. En tant qu’Organisation mondiale des douanes, comment espérez-vous coopérer et collaborer avec l’Afrique, particulièrement avec le Centre d’étude et de recherche sur le terrorisme ?

Bien entendu, la réponse globale contre le terrorisme demande une coopération efficace et étroite avec toutes les parties pour qu’il puisse se produire quelque chose de positif. La douane, comme vous le soulignez, se préoccupe du trafic et la contrebande de drogues et d’armes, mais le terrorisme, c’est aussi la contrebande d’armement de destruction massive, de l’armement conventionnel et aussi le blanchiment d’argent et la contrebande liée à la drogue qui peut être utilisée pour le financement du terrorisme. Il est absolument nécessaire que l’Organisation mondiale des douanes coordonne ses activités avec les autres organisations internationales.

Est-ce que vous avez tracé avec cette nouvelle institution africaine le type de coordination possible ?

On travaille avec l’Union africaine. Nous avons déjà organisé ici à Alger avec l’UA et l’OMD une conférence portant sur le sujet de la sécurisation. Cette conférence s’est tenue en février dernier. Nous avons organisé une réunion continentale pour toutes les organisations de douanes d’Afrique et on a discuté avec l’Union africaine comment continuer le travail à l’avenir.

Aviez-vous abordé le point relatif au terrorisme ?

On a discuté du terrorisme mais c’était surtout la sécurisation de la logistique entière et de la facilitation d’échanges. Ce sont les deux sujets de la réunion car on ne peut pas séparer la sécurisation et la facilitation qui est tellement importante pour le développement économique des nations. Il faut donc voir les considérations en même temps : sécurisation et facilitation.

Selon vous, la mise sur pied d’un Centre africain d’étude et de recherche sur le terrorisme va-t-elle permettre une meilleure lutte contre le terrorisme à l’échelle du continent ?

Moi, je pense que l’ouverture de ce Centre est un développement tellement positif. De retour à Bruxelles, je vais réfléchir comment on peut continuer la coopération plus étroitement. Bien entendu, la sécurisation est l’un des dossiers, sinon je peux dire, le dossier le plus important pour mon organisation.

Y. H.

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Selon un responsable de l’OTAN

Le Centre africain d’Alger est «une contribution efficace»

Par Younes Hamidouche, La Tribune, 18 octobre 2004

L’engagement, en cette mi-octobre 2004, de l’OTAN et de la Russie à intensifier leur coopération antiterroriste et à redoubler d’efforts, notamment en Méditerranée avec une participation attendue dans les semaines à venir de deux navires russes à l’opération navale de surveillance maritime menée par l’Alliance Atlantique dans les eaux méditerranéennes et le détroit de Gibraltar, témoigne de toute la crainte contre d’éventuelles menaces en provenance du sud du Bassin méditerranéen ou alors de sa partie orientale avec l’intégration de Moscou via la mer Noire. Une Russie encore sous le choc des horreurs de la tragique prise d’otages de Beslan (Ossétie du Nord). Au sud du Bassin, l’Afrique. Au-delà de cette opération navale lancée dans le cadre des mesures antiterroristes décidées au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 contre les Etats-Unis, l’OTAN a-t-elle un regard sur le continent noir et des efforts de lutte antiterroriste qui y sont fournis ? L’Alliance et son cher concept d’interopérabilité peut-il trouver écho sur le continent africain ? La Tribune a tenté d’en savoir plus en approchant un responsable de l’OTAN. Sous le couvert de l’anonymat, ce responsable de l’Alliance souligne que l’OTAN n’a «pas de coopération formelle avec l’Union africaine». «On a plutôt une coopération avec des pays africains», précise-t-il. «Pas vraiment de coopération institutionnelle avec l’Union africaine même si cela n’est pas exclu dans le futur», relève-t-il. Dans le cas de l’Algérie, il indique que cette coopération est «étroite avec les autorités algériennes dans le cadre du dialogue formel qu’est le dialogue méditerranéen».Les relations institutionnelles entre l’Afrique et l’OTAN sont établies à travers cinq pays du continent, tous dans sa partie nord (Algérie, Egypte, Maroc, Tunisie et Mauritanie). C’est une coopération qui porte «notamment sur le contre-terrorisme». Les activités, dans ce cadre-là, touchent «aussi bien à l’échange d’informations qu’à une coopération plus factuelle», notamment dans le cadre de l’opération «Active Endeavour» qui est une opération maritime qui «se déroule dans le Bassin méditerranéen» et qui «par le biais d’une présence militaire aussi bien avec des forces navales que des moyens aériens permet de dissuader des activités terroristes». Interrogé sur son appréciation relative à la création à Alger d’un Centre africain d’étude et de recherche sur le terrorisme, ce responsable de l’OTAN estime que cela répond à un besoin qui, à travers le partage d’informations, la mise en place d’une banque de données, l’échange de bonnes pratiques, de bonnes expériences et de formations de fonctionnaires de pays de l’UA, trouvera en la mise en place de structures communes une aide certaine. Mais la menace terroriste n’a pas de frontières et l’Afrique est aux portes de l’Europe. Que préconiser face à cette menace globale dépassant tout cadre géographique ? «Dès lors, même si l’OTAN n’est pas un acteur africain, elle étudie et elle connaît des coopérations avec d’autres pays au-delà du cadre traditionnel, je dirais, d’intervention de l’Alliance Atlantique», note le représentant de l’Organisation dont le commandement est basé à Bruxelles.Situation quasi identique en ce qui concerne la partie orientale du Bassin avec l’autre composante du dialogue méditerranéen de l’OTAN. Ce dialogue «par lequel nous avons des contacts avec l’Afrique regroupe également des pays du Machrek avec en l’occurrence Israël, la Jordanie et l’Egypte» mais également avec d’autres pays «comme la Grèce et la Turquie» alors que dans le cas du Liban et de la Syrie «contrairement au Processus de Barcelone, il n’y a pas encore de coopération» avec ces pays-là. Du moins, «ce n’est pas encore le cas même si cela pourrait évoluer un jour», précise-t-il. Quoi qu’il en soit, et pour revenir à l’Afrique, plus particulièrement à la création du Centre africain d’étude et de recherche sur le terrorisme, le responsable de l’OTAN pense que «ça peut certainement contribuer à la mise en place d’une capacité régionale et puis également contribuer à la formation d’outils au niveau des différents Etats qui composent l’Union africaine et les aider eux à mettre en place des structures nationales». «Donc, la mise en place de structures régionales est souvent un outil efficace», ajoute-t-il avant de relever que le Centre africain d’Alger est «une contribution efficace». Contribution qu’apporte chacun des partenaires dans le monde, comme l’est celle de l’OTAN à la lutte internationale contre le terrorisme.

Y. H.

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Hani Mohamed, représentant égyptien, à la Tribune

«L’Egypte adopte une politique ferme»

 

Par Hasna Yacoub, La Tribune, 18 octobre 2004

Hani Mohamed, chef de la délégation égyptienne à la réunion intergouvernementale abritée par Alger, est conseiller du vice-président de la Cour de cassation égyptienne. Dans cet entretien, il donne le point de vue de son pays sur la réunion de l’Union africaine et sur les développements récents de la situation en Egypte.

LA TRIBUNE : Deux ans après la tenue de la première réunion intergouvernementale de haut niveau et l’adoption du plan d’action relatif à la prévention et à la lutte contre le terrorisme en Afrique (septembre 2002), quelle évaluation faites-vous de la situation en Afrique ?

Hani Mohamed : La situation en Afrique et après certaines évolutions est particulière mais l’Union africaine a fait d’énormes progrès en matière de lutte antiterroriste, et cela depuis l’entrée en vigueur de la Convention de l’OUA en 1999, passant par l’adoption du Plan d’action en septembre 2002 jusqu’à l’inauguration aujourd’hui en Algérie du Centre africain de la lutte antiterroriste. Je rappelle à ce sujet que l’Egypte a joué un rôle important dans la rédaction des chapitres du Protocole à la convention de l’OUA de 1999.

Le dernier attentat terroriste de Taba ne remet-il pas en cause toutes les stratégies conçues par la commission de l’UA ?

Il s’agit de stratégies qui vont permettre à l’Afrique de mieux se prémunir à l’avenir contre les attaques terroristes. Pour l’Egypte, la stratégie dans la lutte antiterroriste a toujours été constante et inaltérable. Mon pays a été l’un des premiers à attirer l’attention sur le danger du terrorisme international. Depuis, l’Egypte a décidé d’adopter une politique ferme pour lutter contre ce phénomène et c’est connu. Notre participation aujourd’hui à cette rencontre, quelques jours seulement après l’attentat de Taba, démontre encore une fois l’attachement de l’Egypte à s’associer à toutes les initiatives, à un niveau régional, continental ou international, visant à lutter contre le terrorisme.

Certains médias ont rapporté qu’il s’agit d’un attentat du Mossad. Quelle piste privilégient les enquêteurs égyptiens ?

L’enquête est en cours. Il est encore trop tôt pour dire qu’il s’agit d’un attentat d’Al Qaïda, des taliban ou d’Israël. Les plus hautes autorités égyptiennes suivent de près l’évolution de l’enquête. Un gage de l’Egypte à éradiquer le terrorisme et à retrouver une totale stabilité. C’est aussi pour l’Egypte, une manière de respecter toutes les conventions internationales de lutte contre le terrorisme ratifiées.

Le président Abdelaziz Bouteflika a évoqué la nécessité d’une définition claire et sans équivoque du terrorisme. Partagez-vous ce point de vue ?

Les pouvoirs égyptiens ont également lancé un appel à définir les actes terroristes. Le président Moubarak a appelé depuis 1986 déjà, avant même que le terrorisme n’ait une forte assise, dans de nombreuses interventions, à la tenue d’un congrès mondial pour tracer une politique commune, claire et définie pour la lutte contre le terrorisme.

Pensez-vous que la rencontre des pays africains autour de la lutte contre le terrorisme permettra à certains d’entre eux de dépasser leurs différends ?

Sans aucun doute. Il est clair que le Centre de lutte contre le terrorisme va participer amplement dans l’instauration d’une coopération entre les pays du moins en ce qui concerne le dossier de la lutte contre le terrorisme.

H. Y.

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Sans une aide technique tangible de la part de la communauté internationale

Les pays africains ne pourraient pas lutter efficacement contre le terrorisme

 

Par Hasna Yacoub, La Tribune, 18 octobre 2004

La deuxième réunion intergouvernementale «de haut niveau sur la prévention et la lutte contre le terrorisme en Afrique» a clôturé ses travaux, de deux jours, jeudi dernier à Alger. Elle a regroupé de nombreuses organisations africaines et internationales ainsi que plus de 300 experts venus des quatre coins du monde. Son objectif est clair, le président Abdelaziz Bouteflika l’a rappelé lors de son allocution d’ouverture en affirmant : «Aujourd’hui, le pouvoir de nuisance des organisations terroristes, à travers l’usage de la violence aveugle et meurtrière, est toujours manifeste dans la plupart des régions du monde. […] Il ne faut pas se cacher que notre continent demeure exposé au terrorisme, et à plus d’un titre.» Mais cette réunion a-t-elle réussi à atteindre ses objectifs ? Après deux jours de travaux à huis clos, de débats, d’exposés faits sur le Plan de mise en œuvre d’une convention adoptée en 1999. Après, également, la lecture d’un compte rendu sur le travail d’une commission et des correctifs apportés au projet de déclaration, les représentants des pays africains se sont, enfin, mis d’accord pour adopter une déclaration finale de leur rencontre. Dans cette dernière sont transcrits des appels et des souhaits dont, à titre d’exemple, «nous lançons un appel à la Commission de l’Union africaine pour qu’elle convoque régulièrement la réunion intergouvernementale de haut niveau sur la prévention et la lutte contre le terrorisme». Ou encore : «Nous demandons à la commission de l’UA de tracer une feuille de route indiquant les priorités et les échéances dans la mise en œuvre du Plan d’action.» Cinq ans après l’adoption de la convention de l’OUA en 1999, les Etats qui ont signé et ratifié cette convention pour lutter contre le terrorisme semblent être toujours au stade de la recherche d’une feuille de route pour mettre en œuvre un plan d’action (adopté en 2002) qui actionnera les chapitres de la convention ! D’ici à l’application, le chemin à parcourir reste long. Il paraît clair donc que le seul «gain» engendré d’une telle rencontre est la réaffirmation des pays africains devant la communauté internationale de leur «profonde préoccupation du fait que le terrorisme n’a pas reculé [et de] la nécessité impérative pour les Etats membres de faire montre de détermination et de renforcer leur coopération dans tous les secteurs de la prévention et de la lutte contre le terrorisme». Pourtant, le danger est réel et le président Bouteflika a tenté encore une fois de tirer la sonnette d’alarme : «Le terrorisme a déjà frappé sur notre continent, il peut y reconstituer ses réseaux, profitant en cela de la circulation illicite des armes provenant de zones de conflits, de l’étendue et de la perméabilité des frontières et de situations de misère et de détresse humaine […]». Il est donc plus que nécessaire que la lutte antiterroriste soit conçue dans un cadre global d’une politique de développement, de bien-être social et de plein exercice des libertés individuelles au sein d’Etats démocratiques. Les pays africains doivent s’atteler à s’assurer des partenariats pour aller vers le développement de leur continent. Ils doivent également s’assurer d’une meilleure aide des organisations internationales des pays développés, seule façon de pouvoir mettre d’une manière effective leur plan d’action et cela pour améliorer leurs capacités techniques et scientifiques ainsi que pour obtenir le matériel technique nécessaire au renforcement de la sécurité au sein des pays, notamment pour ce qui est des domaines de la police et du contrôle des frontières. Rappelons à ce sujet qu’entre 2002 et 2004, presque tous les pays africains ont pris part à des programmes d’assistance technique ou en ont bénéficié directement ou indirectement. Mais une grande partie de l’assistance technique accordée aux pays africains était sous forme de programmesconsultatifs ou de renforcement de capacités. Sans cette aide technique, «la coopération internationale dans la lutte contre le terrorisme», citée dans la déclaration finale des Etats membres de l’UA, se résumera pour les pays africains en l’adaptation de leurs législations et l’harmonisation de leurs procédures et pratiques juridiques ainsi qu’en l’échange d’informations sur les mouvements des groupes terroristes. Les pays africains ne pourront ainsi pas lutter efficacement contre les autres formes de criminalité (circulation illicite d’armes, trafic de drogue, corruption et collecte de fonds destinés au financement des actes terroristes) qui constituent cependant l’essence du terrorisme.

H. Y.

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Fiche technique du Centre africain d’étude et de recherche sur le terrorisme

 

Par Hasna Yacoub, La Tribune, 18 octobre 2004

Le Centre africain d’étude et de recherche sur le terrorisme (CAERT) est le premier instrument juridique africain dans le domaine de la prévention et de la lutte contre le terrorisme. C’est après l’adoption du plan d’action d’Alger par le conseil exécutif de l’Union africaine (UA), en mars 2003, puis par le sommet de Maputo (Mozambique), en juillet 2003, que l’une des stratégies de la commission de l’UA, à savoir la mise en place du CAERT, a vu le jour. Ce centre se destinait, depuis sa conception, à être un organe de l’Union africaine. Avec une domiciliation dévolue à l’Algérie, le CAERT est placé sous le contrôle de la commission de l’UA, et du commissaire de cette dernière chargée de la paix et de la sécurité. Les missions du centre sont directement inspirées par la convention de l’OUA (Alger 1999) et les dispositions du plan d’action d’Alger (2002). Elles consistent à centraliser et à diffuser des informations, des études, des évaluations et des analyses sur le terrorisme. Elles consistent aussi à développer, avec l’appui de partenaires internationaux, des programmes de formation au profit des Etats membres de l’UA. Le centre doit assurer, par ailleurs, le rôle d’outil de veille et d’alerte en intégrant dans sa démarche le concept de gestion préventive des situations. Le CAERT s’appuiera dans l’accomplissement de ses missions sur les 53 points focaux qui seront désignés par les Etats membres de l’Union africaine. Inauguré mercredi dernier à Alger par le président Abdelaziz Bouteflika, peu avant l’ouverture de la deuxième réunion intergouvernementale de «haut niveau» sur le terrorisme, organisée sous l’égide de l’UA, ce centre comprend une vingtaine d’experts et sera financé par l’UA avec l’aide de l’Union européenne (UE), des Etats-Unis et de l’ONU. Ses structures sont équipées en moyens informatiques modernes et sont adaptées à ses besoins et ses missions. Le CAERT est constitué de deux blocs destinés à l’administration et à l’enseignement training, et des laboratoires et un troisième consacré aux recherches et à la documentation. En fait, un bloc principal (R + 2) abritant la direction du centre, la division banque de données et documentation et la division alerte et prévention. Un bloc (1 niveau) abritant la division formation et dotation de l’unité administrative. Un bloc (1 niveau) abritant le centre de conférences et les salles de cours. La superficie restante (32 000 m²) offre la possibilité d’aménager toutes les infrastructures voulues, notamment des salles de cours, des laboratoires, des sites d’entraînement et d’exercice, des lieux d’hébergement.Il occupe une superficie de 4 000 m² sur une assiette totale de 36 000 m². Le coût des travaux de rénovation s’est élevé à 80 millions de dinars, celui des équipements a atteint 40 millions de dinars. Un total de 120 millions de dinars équivalant à 1,7 million de dollars.

H. Y.