Illizi : sur les traces des touristes disparus

L’affaire reste une énigme

Illizi : sur les traces des touristes disparus

Par Samia Lokmane, Liberté, 16 avril 2003

Samia Lokmane s’est rendue à Illizi sur les traces des 31 touristes disparus. Des militaires, des guides, des voyagistes et des journalistes étrangers rencontrés par notre reporter privilégient la piste terroriste.

Illizi, lundi, 14 avril, 6 heures. Assommée par la chaleur, la ville dort encore. À sa sortie, quelques poids lourds seulement écrasent leurs pneus contre le bitume mangé par le sable. Tanguant comme des outres pleines, ils accélèrent péniblement la cadence. Sur l’asphalte qui fondra bientôt sous le soleil, chaque kilomètre devient une épreuve pour les chauffeurs emmitouflés dans leurs chèches. Au bout de la route, sur le dernier mètre de goudron, des soldats, réveillés également à l’aube, doivent affronter une épreuve autrement plus éreintante. Enfoncés dans leurs godasses, les bidasses s’apprêtent comme chaque matin, depuis plus d’un mois, à labourer de leurs pas le désert cahoteux. Il est 6 heures, un convoi militaire, escorté par des véhicules de la Gendarmerie nationale s’ébranle vers les frontières de l’inconnu. Aux portes du Tassili, des barrages sont improvisés pour contrôler l’accès au parc immense. À l’intérieur du territoire illustre des Touareg, les hommes au treillis vert entament, dans une sorte de rituel forcé, leur progression sur les pistes rocailleuses. Abandonnant les véhicules tout-terrain, ils sillonnent à pied la vaste étendue périlleuse. Ils escaladent les dunes, grimpent sur les pics de granit noir, fouillent dans les canyons… Dans le ciel, des hélicoptères qui viennent de décoller de l’aéroport civil d’Illizi se joignent aux recherches. D’un bout à l’autre de l’horizon, sur une superficie totale de 200 000 kilomètres carrés, ils ratissent le parc, en quête d’une trace de vie humaine. Des vies, on en compte au total trente et une en suspens quelque part dans le Sahara infini. Il y eut d’abord des Allemands, puis des Suisses, encore des Allemands, puis des Autrichiens, d’autres Allemands et d’autres Autrichiens, un Hollandais et un Suédois, disparus, les uns après les autres, sur une période de plus d’un mois entre le 23 février et le 2 avril dans le Sahara algérien. Partis à l’aventure dans le Tassili et le Hoggar, ils ne reviendront pas. De leur passage, très peu d’empreintes, sinon une nuit dans un camping pour les uns, un tour au bureau de change pour d’autres, un dernier coup de téléphone aux familles et aux amis restés au pays et ces innombrables traces anonymes de roues sur le chemin de l’aventure. Où sont-ils, en Algérie ou ailleurs au-delà des frontières ? Sont-ils morts ou vivants ? Se sont-ils égarés, prisonniers des dunes vertigineuses ou pris pour cibles par quelque réseau de contrebande qui les a détroussés et abandonnés à leur sort dans un océan de sable de plus de deux millions de kilomètres carrés ? Peut-être sont-ils tombés entre les mains d’un groupe terroriste, si puissant au point d’étendre ses tentacules sur une superficie aussi vaste qu’un pays ? “Tout est possible”, se contente à dire le chef de la brigade de la gendarmerie d’Illizi. Exhibant une chemise jaune portant la mention “dossier des touristes disparus”, l’officier affiche une mine abattue. “C’est une situation catastrophique”, avouera-t-il un peu plus tard dans un élan sincère. Vite rappelé à son devoir de réserve, il se montrera, cependant, tout aussi franc. “Même si j’avais l’autorisation de m’exprimer, je ne saurais quoi vous dire”, a-t-il confié circonspect. Véritable écheveau, l’affaire semble, en effet, inextricable. Où sont donc passés les touristes ? Avec ses hommes, notre brigadier révèle parcourir plus de 40 kilomètres à pied presque quotidiennement pour retrouver leurs traces. Sur une superficie totale de 200 000 kilomètres carrés, à sa charge, le vaste territoire pris en tenailles entre un ciel peu clément et une nature hostile est impénétrable. Dardé par les rayons de soleil et muré par des monts vertigineux, il se laisse uniquement apprivoiser par les limiers targuis. Capables de reconnaître leur chemin même durant une tempête de sable, dessinant la carte du désert dans les étoiles, orientés par le souffle du vent… les Hommes bleus peuvent mieux que quiconque se mouvoir dans le vaste territoire ocre. Aussi, sont-ils tout naturellement désignés pour guider les militaires dans leurs recherches. Ancien caravanier, converti en agent de voyage, El-Hadj Zegri a participé aux opérations de ratissage à bord d’un hélicoptère de l’ANP. Lui et son fidèle ami Oua-Oua ont arpenté plus de 100 kilomètres jusqu’à la frontière avec la Libye en quête des touristes. Sur le plan strictement militaire, le dispositif mis en place depuis la signalisation des premières disparitions implique aussi bien la 4e Région militaire que le 4e Groupement de la gendarmerie basés tous deux à Ouargla ainsi que les gardes-frontières et les agents du DRS. Directement concernés, les Allemands ont dépêché dans le Sahara leurs forces de sécurité, les fameuses unités antiterrorisme (GSG 9) et la police fédérale du BKA. En termes d’équipements, les hélicoptères sont, dit-on, munis d’appareils de vision nocturne pour leur permettre de patrouiller sans interruption… En somme, tout est entrepris pour percer le mystère des touristes évanouis dans le désert, presque simultanément. Où sont-ils donc passés ? Jusqu’à l’heure, seules des hypothèses sont avancées comme des pistes d’enquêtes. Pourtant, un fait, du moins une déclaration, fait office de révélation importante, d’une bombe.

Al-Qaïda, une piste, des interrogations
Bien qu’invraisemblable, la thèse terroriste semble pourtant bénéficier d’un crédit certain, du moins auprès des pays d’origine des disparus. Venue tout spécialement s’enquérir du sort de ses concitoyens, la ministre des Affaires étrangères d’Autriche s’est entendu dire par son homologue algérien que les touristes étaient encore vivants le 8 avril dernier. Quel est cet indice, tu intra-muros, qui permet à Belkhadem d’assurer aux autorités de Vienne que leurs ressortissants sont encore de ce monde. Une telle information implique que les disparus ont donné signe de vie, du moins qu’ils ont été localisés quelque part dans le désert. Si tel est le cas, pourquoi toute l’armada déployée pour les retrouver et leur prêter secours n’est pas intervenue ? En fait, les propos rassurants du chef de la diplomatie algérienne, loin d’apaiser les esprits, suscitent les pires appréhensions. À Vienne, comme à Berlin et hier encore à Amsterdam, les gouvernements ont tôt fait de conclure à un rapt perpétré par des terroristes. Les médias de ces pays-là imputent l’enlèvement à un groupe d’Al-Qaïda qui a élu domicile dans le Sud algérien. Qu’en est-t-il réellement ? Sur quelles informations Belkhadem s’est-il appuyé pour affirmer que les touristes sont encore en vie et laisser suggérer qu’ils sont retenus en otage ?
À 600 kilomètres au nord de Illizi et à 900 km d’In Salah existe une région très inhospitalière appelée Tamghight. Véritable no man’s land où même les nomades ne s’aventurent point, elle fut affublée par l’armée coloniale du sobriquet épouvantable de “la route des tombeaux”. Cernée par des monts et creusée par des canyons et des précipices, elle constitue une véritable souricière pour quiconque oserait s’y aventurer. Or, pour les besoins des recherches, les pisteurs ont dû pousser leurs investigations jusque dans cette région. Ils y feront une découverte surprenante. Au fond d’un canyon, les caravaniers trouveront des vivres dissimulées dans la rocaille ainsi qu’un véhicule tout-terrain de type Station. À qui appartiendrait le butin alors que la zone est réputée être infréquentable ? Le doute qui jaillit est amplifié puis conforté par une preuve sérieuse sur la présence de vie à Tamghight. Une communication téléphonique satellitaire émanant de cet endroit est interceptée par les forces de sécurité. S’agit-il de terroristes ? Des sources proches des militaires évoquent l’existence de deux groupes. L’un serait embusqué quelque part sur la route des tombeaux et retiendrait les touristes et l’autre ailleurs. Si les ravisseurs sont ainsi localisés, pourquoi aucune action n’a-t-elle pas encore été menée pour libérer leurs otages ? Toujours selon des sources, la stratégie adoptée consiste à attendre jusqu’à épuisement des vivres des terroristes pour les contraindre à quitter leur retraite et les encercler. On évoque aussi des négociations en cours avec eux. Est-ce de l’intox, de l’affabulation ou du sérieux ? Au cœur de toutes ces interrogations, il est important de savoir quel est par exemple ce groupe si puissant qui commet des enlèvements à des endroits très éloignés. En effet, avant de disparaître, les touristes se trouvaient pour les uns à proximité de Tamanrasset, de Djanet ou d’IIlizi. Or chacune de ces villes est distante des autres d’au moins 400 km. Et puis, quel est donc cette logistique qui permet aux ravisseurs d’entretenir 31 personnes. Enfin, les ravisseurs finissent toujours par se manifester et demandent une rançon. Pourquoi pas ceux-là ? Si ce sont des terroristes, ils auraient tué leurs victimes et revendiqué les meurtres. Rien de cela n’a été fait… Bizarre ! S’agit-il de nouveaux plans d’actions d’un groupe aux méthodes insaisissables ? À l’évocation de la thèse de l’enlèvement terroriste, le nom du tristement célèbre Belaouer a été exhumé. Figure emblématique du GIA qui sévissait dans la région de Métlili, Belaouer serait pourtant hors de cause. En exil au Burkina Faso depuis trois ans, il aurait renoncé au rêve de la république islamique. À la place, ce sont des fidèles de la fameuse légion arabe de Ben Laden qui auraient pris le contrôle de la région. On les soupçonne d’avoir transité par les frontières du Niger, du Mali et de la Libye. Pourtant, il y a six mois, le pays d’El-Kadhafi s’est illustré en prenant la décision étrange de fermer le point frontalier qui relie Illizi à la première ville libyenne. Il aurait invoqué le trafic de drogue comme principal motif de cette mesure. Écumant les frontières, les narco-trafiquants et les contrebandiers pourraient-ils s’en prendre à des touristes ?

Les contrebandiers ont peur des touristes
“Les contrebandiers n’aiment pas être vus par des touristes. Ils craignent d’être dénoncés aux gardes-frontières”,
nous confie-t-on. D’autres assertions confortent l’idée selon laquelle les trafiquants, en tout genre, ne s’attaquent jamais aux étrangers en quête d’aventure dans le désert. “Ils ont pour habitude de voler les véhicules de Sonatrach mais jamais ceux des touristes”, soutient-on encore. Dans cette affaire où tout semble surréaliste, les contrebandiers, notamment les réseaux impliqués dans le trafic des cigarettes Marlboro, à la frontière avec le Niger, ont été, a contrario, mis à contribution pour savoir si les touristes n’étaient pas partis chez le voisin nigérien. La réponse à cette question est venue des autorités de ce pays qui ont fermement récusé cette probabilité. Du côté libyen, les gardes-frontières ont également soutenu qu’aucun des disparus n’a passée la frontière. Sont-ils alors en Algérie, peut-être égarés ?

Égarement collectif, une première
Un téléphone satellitaire défaillant, un périple sur des hors pistes, inexistantes sur les cartes routières de type Michelin, des tempêtes de sable… autant d’hypothèses qui confortent l’idée selon laquelle les touristes auraient pu se perdre entre le Hoggar et le Tassili. “Il est arrivé, en effet, que des touristes se soient perdus pour ces raisons-là mais souvent, ils croisent des nomades qui leur indiquent le bon chemin. Même morts, leurs corps sont finalement retrouvés”, explique M. Zegri. Ce dernier raconte l‘histoire tragique de ces routiers portés disparus sur la route entre Illizi et Djanet, il y a quelques mois. “Tout le mode croyait qu’ils avaient été attaqués par des contrebandiers car même leur camion s’était évanoui dans la nature. Or, au bout de deux semaines de recherches, ce sont des vautours qui ont attiré l’attention des pisteurs vers l’endroit où ils se trouvaient. Leur camion était tombé dans un ravin et ils y sont morts”, confie notre interlocuteur. S’agissant des groupes de touristes européens, beaucoup ne s’expliquent pas ces disparitions successives, dans une période d’un mois. Le triangle Illizi, Djanet, Tamanrasset serait-il les “Bermudes” du Tassili ? À moins que les touristes aient disparu volontairement ?!

Touristes suspects ?
Venus seuls, hors des circuits organisés, les touristes disparus étaient tous motorisés. Ils ont rallié l’Afrique en bateau jusqu’en Tunisie puis sont entrés en Algérie sur leurs motos ou leurs Land-Rover. On en compte dans tous les âges. Le plus âgé est Cristian Grune, un Allemand de 65 ans, les plus jeunes, deux de ses compatriotes, Silja Stahli et Sybile Graf.
Généralement, ces séjours sont organisés via Internet.
Les adeptes de ce genre de périples se connaissent. Mais, ils leur arrivent d’accepter des inconnus dans leurs groupes pour partager les frais de séjour. Jusque-là rien de répréhensible. Or, il se trouve que des groupes, sévissant sur Internet, soient motivés par des desseins autrement plus mercantiles. Spécialisés dans le trafic d’objets archéologiques, ils s’organisent en réseaux de contrebande. “Souvent, ils repartent dans leurs pays chargés de richesse. Au poste frontalier algéro-tunisien, ils ne sont guère inquiétés. Sommés de ne pas importuner les touristes, les douaniers algériens ne les soumettent presque jamais à la fouille”, confie un voyagiste de Djanet. Si c’est le cas, les touristes disparus, même impliqués dans des affaires aussi scabreuses, n’avaient point besoin d’une telle mise en
scène pour masquer leurs agissements. Qui aurait donc intérêt à les faire disparaître ?

Une opération de sape
D’aucuns s’accordent à dire que la saison touristique dans le Sahara était faste cette année. D’octobre à janvier en effet, près de 10 000 touristes ont séjourné dans le Tassili. “Plus que le désert marocain ou tunisien, le nôtre, eu égard à sa diversité et son immensité, attire de plus en plus d’Européens”, affirme M. Zegri. Comme beaucoup d’opérateurs touristiques de la région, il croit savoir que les autorités tunisiennes ne sont guère contentes de voir des touristes transiter sur leur territoire, direction l’Algérie alors que le produit touristique tunisien est en déclin depuis l’attentat de la synagogue de Djerba. Jaloux, nos voisins auraient-ils commis un acte aussi grave pour endiguer le flux des aventuriers ?
Très grave, cette accusation des voyagistes d’Illizi est sans preuve. “Si, la police des frontières tunisiennes était la première à signaler la disparition de deux Autrichiens qui devaient embarquer sur un bateau pour l’Europe la semaine dernière”, rétorque M. Zegri…
Où sont les 31 touristes disparus ? Des plus farfelues aux plus sérieuses, les différentes thèses continuent à alimenter les folles rumeurs.
Pendant ce temps, les officiels continuent à se murer dans un silence embarrassé. De l’image de l’Algérie qu’ils doivent défendre, il ne reste rien, sinon cette empreinte indélébile d’un terrorisme endémique que Vienne et Berlin se sont empressées de désigner comme le responsable de ces disparitions.

S. L.

Chronologie des disparitions

9 mars : la disparition de trois Allemands et d’un Hollandais est signalée à la police. Ces derniers n’avaient pas donné signe de vie depuis le 23 février. Ce jour-là, ils sont passés par la banque d’Illizi où ils ont échangé des devises. Le 28 février, ils devaient prendre le bateau de la Tunisie pour l’Europe.
9 mars : quatre Suisses, deux hommes et deux femmes, disparaissent à leur tour. Ils ont passé la nuit du 20 février dans un camping d’Illizi. Eux aussi devaient prendre le bateau le 28 février.
13 mars : trois motards allemands ne donnent plus signe de vie. Leurs familles contactent les autorités qui interpellent les pouvoirs algériens. M. Zegri confie avoir eu au téléphone le ministre allemand des Affaires étrangères.
27 mars : cinq Allemands et un Suédois répartis dans trois voitures tout-terrain sont portés disparus. Le 17 mars, ils ont appelé de Tamanrasset leurs parents.
30 mars : quatre Allemands, embarqués dans des voitures de type Evico, s’évanouissent à leur tour dans le désert. Le 27 mars, ils ont appelé leurs parents de Djanet. Ils devaient rallier Tamanrasset le 29 mars
2 avril : 8 Autrichiens disparaissent du côté de Touggourt. Ils seraient quelques jours auparavant passés par Tamanrasset
9 avril : deux alpinistes autrichiens qui devaient prendre le bateau en Tunisie manquent à l’appel.

S. L.

Ils ont enfreint la réglementation
“Ce sont des hors-la-loi”

Dans les textes instituant le Parc national du Tassili, il n’est permis à personne de fouler le sol de ce musée grandeur nature sans l’autorisation de la direction du parc. Chaque touriste doit au préalable s’acquitter d’une somme symbolique de 100 dinars. Or, dans la réalité, les touristes qui viennent en solitaire se passent de ce genre de formalités. Passibles de poursuites, ils ne seront guère inquiétés pour deux raisons précises. D’abord, une fois dans le parc, les gardiens ne peuvent pas s’apercevoir de leur présence. En nombre très réduit — seulement 200 sur une superficie de 120 000 km2, les misérables sentinelles manquent par ailleurs de moyens logistiques. “Le téléphone satellitaire, ils ne connaissent pas ce que c’est”, soutient un voyagiste de Djanet. Aussi, lorsque les aventuriers inconscients se risquent sur des hors-pistes, ils n’ont aucune possibilité de les dissuader ou de les chasser hors du parc. Même pourvus en matériels, la tâche serait tout aussi aléatoire. Et pour cause, à la Direction du tourisme de la wilaya, le premier responsable, M. Dahadj Abderahmane, explique à demi-mots toute la difficulté qu’il a à faire respecter la loi aux étrangers. Manne touristique tarie durant les années de feu, les touristes de retour au Sahara sont choyés. De leur regain d’intérêt pour la destination Sud dépend, selon notre interlocuteur, le sursaut de toute une région en jachère. Résultat, bien qu’il considère les touristes disparus comme “des hors-la-loi”, à l’assaut du désert sans guide ni autorisation, jamais il n’aurait entrepris quelque chose contre eux.

Répercussions sur la saison touristique
Les réservations annulées

El-Hadj Zegri a ouvert son agence de voyages Mezrirene Adventure en 1981, avant même la création de la wilaya d’Illizi. Depuis, les affaires ont marché tant bien que mal, mais jamais aussi mal. Il devait recevoir six groupes de touristes, ces derniers jours. Or, un seul, composé de trois Français, est venu. “Un vent de panique a soufflé sur l’Europe par la faute de personnes qui s’aventurent seules dans le désert, les voyagistes doivent payer un prix fort. Pourtant, aucun des touristes disparus n’est venu dans le cadre d’un voyage organisé !”, s’est-il exclamé, outré par la tournure de la situation. À Djanet, Bendahan Baba, de l’agence de voyages Tamrit, est presque nostalgique de l’arrière-saison. Il compte réjouir les 4 500 touristes qui ont visité l’Oasis féerique.
Depuis l’enregistrement des premières disparitions, leur nombre s’est réduit comme une peau de chagrin. Suivant le conseil des autorités de leur pays, beaucoup ont annulé leur séjour. Ceux qui étaient déjà au Tassili l’ont quitté précipitamment. Des policiers allemands sont venus spécialement convoyer des touristes du Niger en Tunisie. De tous les autres voyageurs venus en solo à Djanet, il ne reste qu’un Suisse.

S. L.