Démenti équivoque d’AQMI sur la mort d’Abou Zeid

Paris restera au Mali et exigera le désarmement du MNLA

Démenti équivoque d’AQMI sur la mort d’Abou Zeid

par Salem Ferdi, Le Quotidien d’Oran, 7 avril 2013

L’émir Abou Zeid n’est pas mort ! Un communiqué d’Al Qaïda au Maghreb Islamique d’une formulation assez alambiquée diffusé par le site Sahara Médias, laisse entendre, sans le citer nommément, qu’Abou Zeid n’a pas été tué. Démenti réel ou guerre psychologique ?

Toutes les interprétations sont ouvertes car le communiqué dément la mort de «l’émir de la région du grand Sahara» sans citer de nom mais prend soin de dire que Yahia Abou El Hamam (Djamel Okacha, présenté dans la presse comme ayant été désigné après la mort d’Abou Zeid), est en fait l’émir du grand Sahara, depuis huit mois. Sa désignation, affirme le communiqué, est intervenue après le décès de Abil Abou Alqama, de son vrai nom Nabil Makhloufi, le 9 septembre 2012 dans un accident de voiture survenu dans le nord du Mali, à environ 200 kilomètres de Gao, alors qu’il se rendait à un rassemblement des groupes islamistes de la région. Le communiqué reste totalement ambigu puisqu’on ne comprend pas si le démenti de la mort concerne Abou Zeid ou Yahia Abou Al Hamam. Le communiqué se contente d’insister sur le fait que ce dernier est le chef d’Aqmi pour le grand Sahara depuis des mois et s’abstient d’évoquer les informations sur la mort d’Abdelhamid Abou Zeid. «Devant ces contrevérités françaises, nous rassurons notre oumma islamique et annonçons à l’opinion publique mondiale la fausseté totale de l’information sur la mort de l’émir de la région du grand Sahara et nous promettons au président français Hollande des «jours noirs » dans le nord et l’ouest de l’Afrique musulman sous les mains des «cavaliers de l’Islam» parmi les Arabes, les Touaregs, Haoussa, Bambara… Selon la traduction de l’organisation américaine SITE, le communiqué porte des considérations sur la situation politique française. «C’est une erreur flagrante commise par le président français [François] Hollande, dont la popularité est faible et dont le parti est pris dans des scandales financiers et moraux, afin de faire croire à l’opinion publique française et mondiale au succès d’une victoire qui rétablirait leur confiance perdue, tant au niveau intérieur qu’à l’étranger». La présidence française, se basant sur des échantillons ADN disponibles en Algérie, a indiqué le 23 mars dernier, la confirmation de «manière certaine de la mort d’Abdelhamid Abou Zeïd survenue lors des combats menés par l’armée française dans l’Adrar des Ifoghas au nord du Mali, à la fin du mois de février». Le communiqué de l’Elysée soulignait que cette «disparition de l’un des principaux chefs d’Aqmi marque une étape importante dans la lutte contre le terrorisme au Sahel».

UN MILLIER DE SOLDATS FRANÇAIS RESTERONT AU MALI

Le communiqué à la rédaction équivoque d’Aqmi ne permet pas d’infirmer cette disparition. Ce n’est probablement pas son vrai objectif. L’essentiel pour AQMI est d’affirmer qu’il est toujours présent alors que la France dresse un bilan très positif de ses opérations militaires et tente d’organiser le retrait fin avril des trois quart de ses troupes engagées au Mali. C’était le sujet majeur de la visite du chef de la diplomatie française, Laurent Fabius à Bamako, vendredi dernier, où il a obtenu l’engagement du gouvernement malien d’organiser des élections en juillet 2013. Le Premier ministre malien Diango Cissoko a affirmé que c’était «un pari, mais c’est un engagement fort du gouvernement malien». Alors que beaucoup sont sceptiques, y compris au sein des experts de l’Onu, Laurent Fabius a affirmé qu’il était «techniquement et politiquement faisable» d’avoir un «président légalement élu en juillet». Le ministre français a rassuré ses interlocuteurs maliens en annonçant qu’un millier de soldats français resteront de façon permanente au Mali. «La France a proposé aux Nations unies et au gouvernement malien d’avoir une force d’appui française d’un millier d’hommes, qui sera permanente, qui sera au Mali, et qui sera équipée pour lutter contre le terrorisme».

LE MNLA «CANTONNE ET DESARME»

Autre message qui a fait plaisir aux dirigeants de Bamako, l’affirmation par M.Fabius que le Mouvement national de Libération de l’Azawad (MNLA) devra «le moment venu accepter d’être cantonné et renoncer à ses armes». «Le moment venu, il faudra que tout groupe – ça vaut pour le MNLA comme pour tout autre groupe armé – accepte d’être cantonné et de renoncer à ses armes», a-t-il déclaré en affirmant que dans «un pays démocratique, il ne peut pas y avoir deux armées». Fabius a parlé d’une situation «spécifique» à Kidal. «Il y a une situation spécifique liée au fait que le MNLA est présent (à Kidal) et que des forces françaises sont là, il n’y a aucune connexion entre les deux. La question qui se pose est : comment arriver à une situation normalisée ? Nous pensons (…) qu’il faut qu’il y ait un dialogue. Il faut qu’entre gens de bonne volonté, on puisse se parler». «Le maximum doit être fait afin que Kidal retrouve la normalité», a indiqué le ministre français. Le MNLA n’avait pas encore réagi, hier. Il est peu probable qu’il accepte de se désarmer sans des garanties solides d’autant plus nécessaires que la remontée des troupes maliennes s’est accompagnée d’exactions contre les populations du Nord.