Bouteflika interpelle les grandes puissances

Bouteflika interpelle les grandes puissances

Des armes contre le terrorisme

Le Quotidien d’Oran, 14 octobre 2004

Au-delà du fait que le chef de l’Etat a appelé, hier, à une étroite coopération entre la communauté internationale et l’Afrique pour lutter contre le terrorisme, il n’a pas manqué de revendiquer une impérative définition universelle du fléau en question ainsi que la livraison par les puissances mondiales de moyens technologiques aux pays qui en ont besoin. Des délégations de haut niveau d’Europe, d’Amérique et d’Asie ainsi que des responsables et représentants d’importantes organisations et institutions spécialisées dans la lutte antiterroriste et son interconnexion avec les autres crimes, se trouvent, depuis hier, à Alger, pour assister à la deuxième réunion inter-gouvernementale de haut niveau de l’Union Africaine sur la prévention et la lutte contre le terrorisme. L’ouverture en a été faite par le chef de l’Etat après qu’il ait inauguré le Centre africain d’études et de recherche sur le terrorisme dans le quartier de Mohammadia, à l’Est d’Alger.

D’entrée de jeu, le chef de l’Etat affiche les revendications de l’Algérie et celles de l’Afrique en matière de lutte antiterroriste. Il pointe du doigt l’absence de définition universelle du fléau qui, pourtant, est redouté par l’ensemble de la communauté internationale. Il rappelle, à cet effet, qu’en 1999, date de la convention de l’OUA sur la prévention et la lutte contre le terrorisme «nous avions retenu une définition du terrorisme, qui précise clairement que l’acte terroriste ne peut nullement être justifié par des considérations d’ordre politique, philosophique, idéologique, racial, ethnique, religieux ou autres». Cette définition, dit-il «établit dans le même temps une distinction, sans équivoque, entre la lutte des peuples, menées conformément au droit international, pour leur libération ou leur autodétermination, et le terrorisme».

Et c’est pour cette définition que l’Algérie et l’Afrique, en général, cherche à arracher un consensus à la communauté internationale. «J’estime que cette position africaine est une contribution importante à la recherche d’un consensus international sur la définition du terrorisme et une référence utile aux travaux des Nations unies, dans le cadre de l’examen du projet de Convention globale sur la prévention et la lutte contre le terrorisme». Il semble que la communauté internationale s’intéresse de très près aux propositions de l’Etat algérien dans ce domaine quand on sait qu’une réunion du Conseil de sécurité sur ce sujet a été reportée pour permettre aux différentes parties de se déplacer à Alger et assister à la réunion du Palais des Nations. Bouteflika plaide pour une stratégie africaine de lutte antiterroriste «dirigée en priorité vers la prévention». Mais il est convaincu que cette lutte ne peut se concevoir «valablement que dans le cadre global d’une politique de développement, de bien-être social, de plein exercice des libertés individuelles, au sein d’Etats démocratiques». Des axes qu’il qualifie comme priorités du Nepad et comme éléments «sur lesquels repose la politique que nous menons en Algérie, et qui repose d’abord sur l’adhésion du peuple algérien». Concorde civile, concorde nationale, réconciliation des Algériens avec eux-mêmes et avec leur histoire seront évoqués dans ce cadre par le chef de l’Etat. L’Afrique est appelée, selon lui, à déployer un effort «conséquent et soutenu» afin de «réduire la marge d’action des groupes terroristes, les empêcher d’établir des sanctuaires, tarir leurs sources de financement et démanteler leurs réseaux de soutien». Il demande à ce propos une mise en oeuvre «pleine et rigoureuse de la convention et du plan d’action d’Alger sur la prévention et la lutte contre le terrorisme. Echange régulier d’informations et d’expériences, assistance mutuelle, mobilisation des ressources de coopération technique, adaptation des législations et harmonisation des procédures et pratiques juridiques, actions coordonnées de surveillance des frontières sont entre autres actions que le président de la République a énumérées «pour contenir et éliminer la menace terroriste». Bref, le plan d’action d’Alger est présenté par Bouteflika comme étant «opérationnel, réaliste et concret» mais «c’est également l’expression de la volonté de l’Afrique de conjuguer ses efforts avec ceux de la communauté internationale dans le cadre d’un véritable partenariat pour lutter contre ce fléau». Il demandera d’une manière solennelle aux puissances mondiales de coopérer avec les pays africains en leur envoyant des matériels technologiques performants «pour lutter efficacement contre le terrorisme parce que nous l’avons fait jusqu’à maintenant avec des moyens archaïques».

Des propos que les observateurs considèrent comme étant un véritable clin d’oeil aux Etats occidentaux qui avaient refusé de livrer à l’Algérie, à sa demande, des moyens technologiques qui lui auraient permis d’atténuer, durant la décennie passée, des effets désastreux du terrorisme. Un refus qu’elle avait essuyé au nom, lui avait-on dit, «des droits de l’Homme» et «de la liberté d’expression».

Ghania Oukazi