Berlin sollicite l’aide des Touaregs maliens

AFFAIRE DES 15 OTAGES EUROPEENS

Berlin sollicite l’aide des Touaregs maliens

Le Quotidien d’Oran, 26 juillet 2003

Berlin est «pratiquement certaine» que les 15 otages européens sont sur le territoire malien. C’est ce qu’a indiqué un diplomate allemand alors que Bamako se dit «très sceptique» sur leur présence dans le Nord du Mali.

«Des éléments en notre possession m’autorisent à dire que nous sommes presque certains que les otages sont sur le territoire malien», a déclaré à l’AFP ce diplomate, qui a requis l’anonymat, citant un témoignage de nomades de la région de Kidal qui indique que «des effets personnels des otages auraient notamment été aperçus abandonnés dans le Nord du Mali». Immédiatement, Berlin a décidé de dépêcher des éléments des services secrets de la BND dans la région afin d’entrer en contact avec des notabilités de la région de Kidal et retrouver les otages qui ont quitté le territoire algérien. Les agents allemands veulent obtenir l’aide d’anciens dirigeants des Touaregs maliens (Azawed) qui contrôlent une partie du Nord-Est malien où sont supposés être les otages européens. Bamako a vivement réagi à ce déploiement allemand indiquant qu’elle est en train de tenter de recouper les renseignements sur une éventuelle présence des touristes – et des ravisseurs – sur le territoire malien: «Nous n’avons rien contre le départ dans le Nord d’agents allemands. Mais il faut arrêter des modalités pratiques qui sont en cours. Cette histoire devient un véritable casse-tête, on voit les otages partout», a souligné une source malienne qui évoque des «certitudes en demi-teinte».

Le forcing diplomatique allemand s’est manifesté par la rencontre du secrétaire d’Etat allemand aux Affaires étrangères, Juergen Chroborg, qui a rencontré le président malien Amadou Toumani Touré afin que le Mali déploie des forces dans la région et entame des recherches. Bamako a répondu favorablement à cette requête en indiquant qu’elle «soutiendrait les recherches» et ceci après avoir déployé des unités militaires dans la région nord-est et décrété l’état d’alerte aux frontières algéro-maliennes.

La tension est telle que même le gouvernement suisse est convaincu de la présence des otages (dont 4 Suisses) au Mali et ne manque pas de le faire savoir. Ainsi, l’ambassadeur suisse Pierre Godet a indiqué à l’agence ATS que les 15 touristes européens se trouvent «vraisemblablement» au Mali ajoutant que «des indices laissent penser qu’ils sont retenus au Mali». Berlin et Berne ont décidé de mettre en place un quartier général à Bamako afin de localiser les touristes et vérifier leur présence au Mali. Aux agents allemands de la BND, des policiers de l’Office fédéral de police (OFP) suisse seront envoyés dans la région. Reste que les conditions du repli du commando du GSPC et des 15 otages de Tamelghik vers l’Adrar Ifoghas sont encore inexpliquées. Les observateurs s’interrogent comment ont-ils pu traverser les 1.100 km du nord d’Illizi vers le Kidal malien sans être inquiétés ? La réponse se trouve dans les déclarations du président Bouteflika qui avait assuré à Vienne, à la mi-juin, que l’Algérie était disposée à laisser une «porte de sortie» aux ravisseurs. Ça devait être la Libye et ce fut le Mali pour des raisons logiques. C’est dans cette région, balayée par les satellites de la NSA, que les regards se tournent. Fief des Touaregs Azawed, tribus fortement islamisées, point de départ des caravanes de contrebandiers et nouvel eldorado des terroristes recherchés, c’est dans cette zone que le DRS algérien avait localisé l’émir Mokhtar Belmokhtar et sollicité l’aide du Mali. Mais le cerveau présumé de l’enlèvement des touristes est demeuré introuvable car disposant de puissants liens avec les tribus autochtones avec lesquelles il se livre à des trafics en tout genre.

En tout cas, même en laissant filer les ravisseurs vers le Mali après avoir tenté diverses tractations, les autorités algériennes ont rassuré Berlin sur la disponibilité des forces armées d’intervenir dans une quelconque médiation avec les tribus maliennes du fait que les Azawed étaient, au début des années 90, proches d’Alger. Leurs chefs historiques habitaient d’ailleurs à Tamanrasset. Berlin compte sur ces notables pour négocier les termes de la rançon et la libération des otages dans les jours qui arrivent. Sans toutefois avoir de garantie de succès.

Mounir B.