Mokhtar Belmokhtar « porté disparu »

Mokhtar Belmokhtar « porté disparu »

El Watan, 19 avril 2015

Les services de renseignements de trois pays pensent que Mokhtar Belmokhtar, à l’origine de la prise d’otages de Tinguentourine en janvier 2013, n’est plus en vie. Mais faute de preuves, le chef djihadiste le plus recherché d’Afrique du nord est pour l’instant « porté disparu ».

Alors que les rumeurs sur sa mort –par empoisonnement– circulent depuis plusieurs semaines, les services de renseignements algériens, nigériens et maliens ont répertorié Mokhtar Belmokhtar, émir du groupe terroriste Al Mourabitoune, comme « disparu ». « Nous avons de fortes présomptions sur sa mort mais nous ne pouvons pas l’affirmer tant que nous n’avons pas vu le corps ou tant que nous n’obtenons pas au moins trois témoignages qui corroborent les faits, explique une source sécuritaire. Pour nous, un terroriste est soit ‘’abattu’’, soit ‘’recherché vivant’’, soit ‘’disparu’’. »

Sur quoi pèsent les soupçons de la mort du djihadiste algérien ? « Même si nous ne savons pas où un terroriste se trouve, il y a toujours des témoignages de proches qui racontent l’avoir vu. En l’occurrence, aucun membres des tribus barabiches n’ont fait de signalement depuis la mi-mars », poursuit la source. En l’absence de preuve, personne ne peut dire si Le Borgne, que les services croient dans le sud libyen, est encore vivant. « Ce n’est pas un débutant, il se sait surveillé, il se cache peut-être encore », poursuit encore un proche du dossier.

Dans ce contexte, la revendication, le 7 mars dernier, de l’attaque contre la Minusma à Bamako dans laquelle 5 personnes ont trouvé la mort, par le groupe Al Mourabitoune, pourrait paraître surprenante. En fin de journée, le site mauritanien Al Akhbar, affirmait avoir reçu un appel du groupe islamiste, dirigé par Mokhtar Belmokhtar depuis 2013 suite à la fusion entre son groupe, celui des Signataires par le sang, avec le Mouvement pour l’unité et le Djihad en Afrique de l’ouest.

Dans ce message, le groupe qualifie l’attentat de Bamako d’opération de représailles, menée par Ibrahim Al-Ansari,après la mort en décembre dernier d’Ahmed al-Tilemsi, un des leaders d’Al Mourabitoune et de la katiba Tarek Ibn Ziyad, ou encore contre la participation de Mahamadou Youssoufou à la marche pour Charlie Hebdo, et revendique le tir de roquettes sur Gao le 5 avril.

Mais pour une source du DRS, cela n’a rien d’étonnant, surtout depuis la dissidence au sein du mouvement entre Mokhtar Belmokhtar, qui s’est officiellement rallié à AymanAl Zawahiri (Al Qaida) et Ahmed Ould Mohamed El Khayiri, qui a souhaité suivre Abou Bakr Al-Baghdadi, l’émir de l’organisation de l’Etat islamique. « La voix du message audio n’est pas celle de Belmokhtar, on entend bien que ce n’est pas un Algérien qui parle. Par ailleurs, si c’était lui, il se serait présenté. Or c’est signé de la Commission des médias du groupe Al Mourabitoune », poursuit un spécialiste des mouvements djihadistes.

Selon le général Pierre de Villiers, le chef d’état-major des armées françaises, Mokhtar Belmokhtar est le dernier chef en vie des huit qui ont mené l’opération de Tinguentourine en janvier 2013. «Sur les huit chefs, nous avons neutralisé sept d’entre eux. Il n’en reste plus qu’un et nous l’aurons», avait-il déclaré en octobre dernier.
Aziz. M et Mél. M